au frais des mots

Alors qu’Alexandre continuait de bricoler dans la cuisine, Adrianne ouvrit la porte de la chambre, envoya valdinguer son sac et s’effondra de tout son long sur le lit.

C’était un meuble en bois brut, un peu grossier, très bas, placé parallèlement à la baie vitrée qui donnait dans le jardin. Le matin, elle avait fermé les stores et la lumière entrait par endroits, là où les lamelles se révélaient un peu fanées.

S’abandonnant à la rêverie, elle promena ses yeux sur chaque infime trace disséminée dans le plafond. Quelques minutes de paix, un semblant de chaleur. Dans un effort, elle se redressa et s’empara du sac afin de récupérer ses cigarettes. Elle farfouilla un bout de temps avant de dégager enfin son paquet. Au moment où elle repoussait le sac et allumait la cigarette, elle vit qu’une liste en était tombée. Des bouts de phrases, entourés de trèfles à quatre feuilles coloriés en vert foncé. Elle les contempla sans les lire.

- Destinée a une nouvelle fois disparu

- Le chien n’était pas là quand j’ai ouvert la porte d’entrée

- Alexandre semble fatigué, sa peau se relâche

- J’aimerais bien disparaître

- Ma chaussure droite est gondolée

- La mort me poursuit, je la hais

- Le jardin a besoin qu’on s’occupe des arbres

- C’était quand la dernière fois où j’ai été excitante pour un homme

- J’achète des choses que je n’utilise pas

- J’ai croisé quelqu’un qui me plaît.

24 mai 09 Paris

Adrianne ne dépassait jamais les dix affirmations. C’était une règle qu’elle s’était fixée. Ça l’obligeait à être imaginative et concise. Peu importait que la liste comportât des points communs. Elle devait simplement se contenter de révéler son état d’esprit à un moment et dans un lieu donnés.

[...]

Mar 15 sep 2009 3 commentaires
La liste des constats et des "à faire", que la chance ou la malchance allonge
hervé pizon - le 15/09/2009 à 17h50
fantaisie oblige... fantaisie... la liberté est d'y mettre ce qu'on veut, vrai ou pas vrai. projections.
Soleildebrousse
Adrianne est une base dix. C'est mieux qu'une base militaire, mais le butoir lui permet-il l'envol qui dépasse le mur du son ?
le babel - le 21/09/2009 à 19h28
Adrianne une base dix. Il faudrait que tu m'expliques. Adrianne, se meurt de froid.
Soleildebrousse
C'est simple. Nous avons la base dix comme base usuelle pour compter. On va jusqu'à dix ça fait une pile, et on recommence. Il reste dans le décompte du temps, la trace d'une antique base soixante, et dans les mots tels que quatre vingts une autre base vingt. L'unité décimale n'est pas universelle. Les aztèques comptaient sur tous les doigts, donc 20 avec leurs pieds. Il restent des peuples qui n'ont comme nombres que les mots "un", "deux", "main" et "plus" ou "moins". Adrianne a une base dix, mais elle n'ose pas s'en servir : passer de la dizaine connue à l'inconnue du onze, porte franchie dans l'aventure de penser au-delà du décompte de base. Adrianne est une fusée sans moteur. Prisonnière de sa base de décompte sans rebours.
le babel - le 28/09/2009 à 10h29
Complexe.
Soleildebrousse