au frais des mots
Samedi 29 août
Je pars lundi. Je suis dans les rangements. L'été touche à sa fin. Le jardin s’affole. L’herbe est devenue rase. Elle repousse mes pieds nus. Les feuilles dorées jonchent le tour du tilleul, le platane se craquèle et les tomates finiront de rougir sans moi. L’unique melon que j’avais réussi à arracher à la terre fait à peine la taille d’une orange. Les merles me guettent et s’en délecteront bientôt. Tout va me survivre. Inquiète, je taille avant l’heure espérant secrètement ne pas trop faire souffrir les arbres.
Les valises aux gueules ouvertes sont calées aux quatre coins de la maison. Les livres cachés au plus plat pèsent du
plomb. Je ne peux m’empêcher d’en ajouter comme si je ne devais jamais revenir et que mon voyage se tétanisait sur deux rails, pour une éternité. Ça me rappelle un roman de jeunesse dans lequel
les voyageurs montent à bord d’un cargo qui ne s’arrête jamais. Condamnés à tourner sans interruption au plus haut des cieux.
Du coup, j'en entasse un peu plus. Chaque départ est une expédition. Je vais au-devant de nouvelles têtes ne sachant s'il me sera donné de revenir. Mes mains tremblent. Les doigts s’agitent, mais l’écriture se maintient au large. Je ne cherche plus à lutter.
J’ai vécu chaque jour pleinement. J'ai travaillé à l'harmonie. Mon coeur est au calme. En paix.
La vie m’échappe. Je passe des heures détachée, à rêver les yeux ouverts. On me reprend de plus en plus. Je sursaute.
Je n'ai pas bossé un seul truc depuis l’été. Je suis sur le fil du rasoir. Je termine l'unique livre de Lee Harper, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. J'ai lu quasiment d'une traite une merveille de prix Goncourt 2006 de la nouvelle Le bar des Habitudes de Franz Bartelt.
Les autres livres ne valent pas la peine qu’on en parle.
Hier au soir, je suis allée au cinéma, voir Partir... Ce film étrange en ces années 2009 m'a vrillé les tympans. Cette impression fugace que les femmes sont loin d'avoir gagné le combat au droit à la liberté. Je n’arrive pas à croire qu’une femme éduquée puisse encore ne pas posséder le minimum pour prendre sa liberté quand bon lui semble. La réalisatrice semble avoir voulu faire une tragédie d’une simple histoire dramatique et sidérante d'aveuglement. Je pense à celles qui se trouvent autour de moi et qui n’ont pas la volonté d’être autonomes. Il y a de nouveau une féroce urgence à secouer mes filles et à leur dire une fois de plus qu'elles sont seules à décider de leur vie.
En passant mettre à jour mes lectures j’ai lu un commentaire qui me concernait. Me voilà dénommée la groupie solaire de Babel (sic) ! Je ne peux m’empêcher de sourire tout en ne supportant pas cette petite douleur inadaptée qu’on m'impose. Je réagis donc à ma façon.
Je ne suis pas dérangée que l’on ne m’aime pas, mais en fait je réalise que je n'aime pas qu’on me le dise. Je préfère l'indifférence crasse.
C’est amusant d’écrire ce billet pour chasser le tiraillement. Ça me change les idées. J’espère seulement qu’Emma ne sera pas autant troublée que je le suis.
Je n’ai pas pu honorer toutes les visites que j’aurais dû faire, toutes les promesses que j'aurais dû tenir... je n’ai pas lu non plus tout ce que j’aurais aimé lire…Ma boîte mail est restée silencieuse. La maison a été pleine tout le temps.
Ça ira mieux en septembre.
Que le doute captive et enfle
Dis-moi petit miroir, qu'elle est donc cette nouvelle force qui te gonfle?
Méfie toi de mes aiguilles d'acupuncteur contrapuntique, c'est bisou Kiss Cool, le bonbon à double effet :)
http://martello.free.fr/wizz/sanson.jpg
Je ne crois en aucun hasard.
Ce n'est pas une lecture linéaire en pointillé, qui serait une mutilation, un aveuglement. C'est la conjonction de plusieurs de ces espaces soudainement mis en contact inédit. Un peu comme pour "Le secret de la Licorne". Ma culture est éclectique :))) Les réactions qui en découlent ne m'appartiennent pas.
La peinture est une succession de couches sur un support, une multiplication de points de vue. "C'est le regardeur qui fait le tableau" et patati patata. Le choix du centre est un choix qui ne m'appartient pas. Il faut se libérer soi-même pour libérer son geste. La peinture fut de mon chemin. J'ai ensuite fait un ~Livre. La toile est bien plus grande. Ses dimensions encore peu connues puisque les vaillants pionniers colonisent ce monde comme ils partent en vacances. Avec leur bardas de conneries habituelles et leurs aveuglements forcenés venus de leurs habitudes. Ils veulent juste brouter, se gaver si possible. Y a plus malin qu'eux. Ces cons votent pour. Faut pas me dire merci. Parce que je vais te redire merci, et tu vas me dire merci d'avoir dit merci et je vais t'offrir un schadock :)))
Medhi, Eric, pas là pas là et cie.
Alors, je me tais. Je t'écoute. Voilà, pour aujourd'hui, c'est fini.