au frais des mots
Toutes mes histoires ont toujours eu un goût d’inachevé. Inutile de me le dire, je le sais. Elles s’apparentent la plupart du temps à une odeur qu’on aurait eu à peine le temps d’identifier dans l’air d’un matin d’été. Elles semblent abandonnées, livrées à elles-mêmes.
Je ne finis jamais rien. Mes personnages apparaissaient puis disparaissaient d’eux-mêmes. Je les vois s’effacer sans rien pouvoir y faire. C’est plus fort que moi. D’aucuns pensent que c’est une excuse facile pour ne pas terminer mon travail... de ces sortes de justifications que les cancres empilent les unes au-dessus des autres sans réaliser qu’à un moment donné, la fragile colonne de mensonges s’écrasera sur leur tête bornée.
J’avoue que je ne suis pas un écrivain. Quand je lis les autres, je me dis que je suis à l’écrivain - ce que le peintre du dimanche est à l’artiste -.
De fait, j’aime beaucoup entendre les définitions que chacun donne au mot "écrivain". A l’instant où on lance le
débat, on voit très vite les positionnements. C’est un peu comme avec les poètes et leur muse-inspiration… il y a ceux qui pensent que si l’écriture ne vous bouffe pas, vous n’en êtes pas… qu’on
naît avec… ceux qui déclarent que répondre qu’on ne peut pas écrire parce qu’"on n’en a pas le temps" (sic) , ce n’est pas en être non plus…
Les écrivains se doivent d'être des barbouilleurs maudits, aux ongles dévorés, à la poubelle débordante, aux nuits blanches.. Qu’importe le reste….
Les amateurs dont je suis haussent parfois les épaules en se disant que s’ils avaient pu, ils en seraient aussi. On repense alors à tous ces bouts de papier accumulés au fond des tiroirs auxquels on n’a pas cru et qui ne nous rongeaient pas suffisamment pour qu’on prenne conscience que ce qu’il y avait là était quelque chose de vital. On est donc allé à l’essentiel sans même pouvoir exploiter ce qui semblait être encore dans l’œuf.
Ensuite, il y a ceux qui s’imaginent (dur comme fer) qu’ils en sont, mais dont l’imagination ou le style restent lettre morte ou conventionnels. A ceux-là, quand on les croise, on ne dit rien, ou pudique on propose quelques arrangements, un peu de ménage dans ce qui nous apparaît absolument imbuvable, et pour nous, et pour les autres.
Savoir lire, c’est donc aussi dans une certaine mesure, savoir détecter chez l’autre ce que soi-même on se révèle incapable de faire (ou ce qu’on n’aime pas forcément lire.. Ceci n’est pas un paradoxe).
Et voici qu’au passage de nos yeux sur les mots agencés noirs sur blanc, nos antennes lumineuses s’éclairent d’une lumière violente alors même qu’on tombe sous le charme.
On en ressent encore plus la grossièreté de ce que soi-même on est capable de faire. Des petites histoires au goût inachevé.
Voilà, c’est une idée qui m’est venue après avoir une fois encore découvert une plume perdue dans la toile.
PS : Et on n’ose pas le dire trop fort de peur qu’on croit à notre volonté de se faire bien voir. On a encore en tête qu’on n’est qu’un bonnet d’âne.
je plaisante bien sûr.
je crois que laisser un goût d'inachevé chez le lecteur, c'est plutôt bon signe, ça signifie qu'il en voulait encore, qu'il est déçu de déjà toucher la fin de l'histoire.
et puis la procrastination est le mal des apprentis auto-proclamés écrivains que nous sommes (oui, je m'inclus dans ce groupe de scribouilleurs qui trempent leur plume dans l'eau-de-boudin).
quoi qu'il en soit, je prends du plaisir à te lire et je continuerai à dire "encore!!" à la fin de chaque article, sans que celà ne remette en cause tes qualités d'écriture.
mais merci pour l'allusion au plaisir.
Un seul regard lui suffit bien. Plus, elle roucoule ! :)
Et se plante.
mais le filet ça peut être un tas de choses... hein, on parle pas des stocks options ici.. c'est pas un blog à ça.. c'est un blog à deux balles... tiens t'as qu'à aller lire "'mon amour à deux balles" et tu comprendras ....
Je suis d'accord avec le commentaire de stipe, le goût d'inachevé chez le lecteur, ça peut être : oh, déjà fini...
Je viens de lire ton article.
Voilà ma vision des choses, elle vaut ce qu'elle vaut vu qu'elle est personnelle ;-)
Lectrice assidue de tes écrits, je ne trouve pas qu'ils aient un goût d'inachevés comme tu le conçois. Peut-être parque j'apprécie qu'un écrit restent en suspend et me laisse l'opportunité de faire fonctionner mon imagination? Parfois, je préfère lire "..." plutôt qu'un tas de phrases "chiadées" et partir là où je le veux plutôt que là où l'auteur voudrait m'emmener.
Les blogs d'écriture sont des sortes d'atelier où on trouve autant des bouts de papier à peu près achevés que des parchemins délicats et c'est super comme cela.
Quant à l'écrivain torturé, l'image m'apparait souvent comme une pose que certain se donne, un cliché auquel il faut se conforter pour pouvoir clamer "qu'on en est" et le faire croire aux autres.
Alors que l'auteur soit scribe professionnel ou amateur, qu'il écrive surtout avec plaisir, pour partager ses visions, par nécessité d'écrire aussi s'il la ressent mais surtout, ce que j'aime, c'est qu'il écrive avec sincérité.
En clair, je préfère un texte imparfait mais vivant qui déborde de vitalité plutôt qu'un Goncourisable, "littérairement correct" mais manquant d'épice...
Bonne soirée!
Sandy
alors en plus...bon... allez... je file...merci encore.
je ne me fais aucun souci pour toi, écriveine !
suis allée faire un tour chez stipe recommandé, merci.
Dans ce cas, chacun selon son mode, apprenons…
J'aime ta plume. J'aime te lire.