au frais des mots
Depuis des heures, elle est debout derrière son comptoir. Elle s’est déchaussée. Un escarpin à bout pointu git de traviole planqué à ses côtés. Avec méthode, elle se frotte les orteils contre l’arrière de son bas fumé. Tout à l’heure, l’agent commercial de chez N. lui a offert une boîte de chocolats. Elle l’a glissée sous le meuble. Elle attend qu’il y ait un peu moins de clients. Il est gentil M. Martin. Ça fait cinq ans qu’il leur rend visite. Maintenant, elle sait qu’il se rend directement au troisième niveau pour saluer ses vendeuses préférées. Elles sont au rayon coiffure. Il est représentant indépendant en petit matériel, produits et accessoires. Lors de leur première rencontre, elles ont tout de suite vu, Anita et elle qu’il devait être sympa et agréable. Germaine dit qu’il a une classe folle. C’est vrai qu’il porte beau ; une gracieuse mallette en cuir et neuf mois sur douze, il est vêtu d’un trois quarts en velours foncé.
Parfois, elle se demande ce que ça lui ferait de changer d’homme. Si Robert mourait, combien de temps lui faudrait-il avant d’accepter qu’un autre homme ne la prenne dans ses bras, ne se glisse dans son corps ? Ça doit être quand même bizarre de recommencer tout le tintouin. Les crampes dans le ventre et l’envie permanente d’être avec l’autre. Elle ne sait même plus l’effet que ça fait. Il lui en reste juste le souvenir, pas les sensations. Si elle devait subsister sans homme, ça serait comme être enterrée vivante.
L’étage est surchauffé. En ces périodes de fêtes, le chauffage a été monté pour tenter les clients qui se gèlent à l’extérieur. Elle a beau avoir mis un léger tee-shirt de soie noire, elle craint que son fond de teint ne laisse une vilaine trace sans qu’elle s’en aperçoive.
Elle a vraiment besoin de prendre un chocolat, mais le chef de rayon va encore lui tomber dessus c’est certain. Elle a mal aux pieds. Ses talons sont trop hauts, ses escarpins trop étroits. Ce matin, Anita lui a demandé si elle accepterait de sortir avec elle samedi soir. Elle ne sait pas si c’est une bonne idée. De toute façon, ce soir-là, elle ne peut pas, elle doit garder les enfants de sa fille.
Elle s’adosse légèrement au tabouret qui se trouve derrière le comptoir. Les clientes ne le voient pas. Les vendeuses n’ont pas l’autorisation de s’en servir. Le règlement devient de plus en plus strict. Plus personne n’a son mot à dire. Les licenciements ont écrasé les voix les plus tenaces.
Elle, elle est restée. Il a juste fallu qu'elle mémorise les groupes et leur comportement. Stage de formation obligatoire. Mise à niveau. Niveau de quoi, bon dieu ?
En gros, elle a appris à encourager les petits achats fréquents des personnes âgées, et à répondre aux recherches des produits « mode » par les adolescents. La liste est longue. Quand le responsable du rayon leur a fait passer les tests de formation, (alors même qu’elle avait déjà eu ses cinquante ans) il y en a bien eu pour quarante pages. Elle y est allée le cœur noué dans ses tripes, mais tout s’est déroulé correctement.
La semaine précédente, sa fille l’avait préparée et de toute façon elle avait toujours été bonne à l’école.
L’après-midi touche à sa fin.
Même si elle maîtrise désormais la plupart des techniques. Elle sait choisir avec soin sa tenue vestimentaire et son niveau de langage (comme si elle ne l'avait jamais su ...). Mais elle est consciente que son attitude du jour lui vaudra les foudres du chef s’il la surprend déchaussée et encore plus s’il la voit enfourner un énorme chocolat.
Quand même, elle ne va pas les laisser fondre. Elle jette un coup d’œil anxieux au papier mordoré.
[...]
mais je ne sais pas encore comment, ni quand ! mais ...
NDLR : Le tintouin, t'as de ces mots...Ü
mais le tintouin pour l'amour.... alors là, oui, ça me plaît que tu notes ma délicatesse pour ces choses-là ! arf ! arf !
Dans cette scène, les considérations commerciales et disciplinaires me paraissent un peu longues : ça manque de vie et de réalisme dans l'aspect humain. Je ne prétends pas que ce soit faux ou que ça manque de réalisme pour la véracité des faits, mais c'est amené de façon trop didactique, et ça devient vite ennuyeux. Elle a fait ceci, elle l'a fait comme cela, elle devait faire comme ci, elle devait faire comme ça... Au bout d'un moment, on songe qu'on s'en fiche un peu, alors que ce pourrait être au contraire l'occasion d'épaissir le personnage par l'expérience purement humaine qu'elle y a vécu. Le côté règlement, les obligations, la manière des épreuves, c'est du détail en fioriture, sans réelle importance. J'aurais été plus intéressé par l'angoisse du personnage face à ces épreuves, sa frustration d'avoir à se prêter au jeu des chaises musicales, sa lassitude peut-être de devoir en supporter toujours plus, et puis finalement, sa colère rentrée, inexprimée, contre ce système et contre elle-même, de s'y être quand même pliée. Je ne sais pas si j'arrive à exprimer ce que je voudrais dire, mais toute cette part de personnalité, pourtant enrichissante en terme de vérité et de vie dans la personne, passe complètement à la trappe. Je trouve ça dommage.
Des choses plus intensément ressenties, comme par exemple le moment où elle se demande ce que ce serait de refaire sa vie, m'ont plu davantage : on y découvre mieux la personnalité de la vendeuse, on devine un peu ce qu'elle vit, comment elle le ressent, on la "personnalise", si j'ose dire... Elle prend réellement une dimension, et c'est, à mon avis, ce qui vaut le mieux et qui compte le plus pour rendre un personnage attachant, par la réalité qu'on parvient à lui insuffler.
J'espère n'être pas trop désagréable. Je me suis attardé et j'ai dû être un peu long, mais il y avait une si bonne base que j'ai trouvé dommage de ne pas la sublimer, au lieu de la gâcher avec de petits défauts qu'il serait facile de rectifier...
En espérant te relire bientôt...
Bonjour, c'est gentil d'être venu...
Le problème en fait, c'est la longueur et la teneur du commentaire... En haut et à droite de mon blog, il y a une adresse pour me joindre...
….ça m'aurait fait plaisir que la conversation commence par là..
Et puis aussi... que tu en lises un peu plus pour te faire une idée de ce que j’écris et dans quel état d’esprit je le fais…
Or cet énorme et direct commentaire arrive sur ce pauvre texte qui dort depuis dix jours et qui n’a pas avancé d’un pouce et pour moi, il est comme un gros coup de poing dans l’estomac (que j’ai fragile)…Je ne suis pas aveugle non plus et je vois qu’il y a un tas de petites choses sympas dans ce que tu as écrit..
MAIS…
En fait, je dis toujours que le blog c'est un atelier.. (tu pourras retrouver une conversation que j’ai déjà eue avec le grand BOB à ce sujet et au sujet de laquelle nous étions loin d’être
d’accord…) En gros, Bob pense qu’on ne doit pas poster un texte si on n’en est pas content… et moi, je passe mon temps à poster des extraits de textes bancals, non finis et aux tournures lourdes…
mais que je retravaille généralement quelques semaines plus tard…
Je ne sais pas depuis quand tu te donnes la peine de venir.. Mais je retravaille beaucoup et je le fais "en direct".. Je donne rarement un texte fini... c'est exactement le cas des chocolats et
oui, tes remarques sont plus que pertinentes... mais elles n'ont pas lieu d'être en dessous du texte.... ça sent trop le stylo rouge.. Vois-tu. Moi, les stylos rouges... je n'aime pas trop
ça...
Mais j'écoute toujours ce qu'on me dit.. Et j'y réfléchis.
En conclusion je suis à la fois touchée par le mal que tu t’es donné pour me montrer les maladresses de ce texte en gestation et blessée que tu aies pu croire possible de me dire ce que je pourrais en faire…
Il se trouve que j’ai pas mal de mal avec les mots… et que je suis tout à fait conscience de mes faiblesses…donc… si tu veux me parler de l’écriture et de ce que je fabrique avec, ça serait mieux d’utiliser l’adresse email… elle arrive directement dans ma boîte personnelle.
Là, je sens bien que tous mes copains et mes copines de l’espace virtuel…. vont m’attendre au tournant et vont se demander comment je vais pouvoir réagir…
Alors voilà, j’ai dit également en haut du blog que je ne suis pas une fille facile.. et ma réputation n’est pas usurpée…alors… utilise l’adresse email…
Mais autrement, tu fais de merveilleuses étagères (bibliothèques) et moi, j’adore le bois. :)