au frais des mots
L’homme mastiqua une dernière fois son chewing-gum et le colla fermement à la queue de son putois apprivoisé après l’avoir aspergé de produit anti-moustique afin d'en atténuer l'odeur nauséabonde.
Puis d’une main ferme, il y pressa le caoutchouc de la chambre à air qu’il avait auparavant découpé en fines lanières à
l’aide de son couteau suisse. Les lanières avaient été solidement nouées l’une à l’autre et retenaient le
ballon gonflé à l’hélium. Le putois entama sa lente progression vers la pirogue pendant qu’il le guidait à l’aide de petits couinements suraigus et qu’il balançait aux crocodiles (en guise de
leurre) - une par une - ses dernières pastilles micro-pure©.
Les monstres, affamés, se bousculaient et leurs têtes se heurtaient au bruit saccadé des mâchoires qui claquaient dans le vide. Quelques minutes plus tard…la petite bête atteignit enfin son objectif et se hissa à l’aide de ses dix griffes acérées au rebord de la lourde embarcation avant de s’y laisser couler. Très intelligente, elle décolla ensuite d’un tortillement savant le chewing-gum qui retenait le ballon et le recolla d’un rapide et habile coup de flanc contre la paroi rugueuse.
Ensuite ce fut un jeu d’enfant. Tout se déroula comme il l’avait prévu. Porté par
les vents favorables, le ballon entama sa course aérienne et la pirogue se désenglua doucement de la rive se dirigeant lentement vers lui.
Il n’eut plus qu’à embarquer et rejoindre sa femme (en quelques coups de machette en guise de pagaie), la tête protégée par son dernier journal.
Voilà ça c'est typiquement ce que je peux écrire et que je ne veux pas écrire.