au frais des mots




L’homme mastiqua une dernière fois son chewing-gum et le colla fermement à la queue de son putois apprivoisé après l’avoir aspergé de produit anti-moustique afin d'en atténuer l'odeur nauséabonde.

Puis d’une main ferme, il y pressa le caoutchouc de la chambre à air qu’il avait auparavant découpé en fines lanières à l’aide de son couteau suisse. Les lanières avaient été solidement nouées l’une à l’autre et retenaient le ballon gonflé à l’hélium. Le putois entama sa lente progression vers la pirogue pendant qu’il le guidait à l’aide de petits couinements suraigus et qu’il balançait aux crocodiles (en guise de leurre) - une par une - ses dernières pastilles micro-pure©.

Les monstres, affamés, se bousculaient et leurs têtes se heurtaient au bruit saccadé des mâchoires qui claquaient dans le vide. Quelques minutes plus tard…la petite bête atteignit enfin son objectif et se hissa à l’aide de ses dix griffes acérées au rebord de la lourde embarcation avant de s’y laisser couler. Très intelligente, elle décolla ensuite d’un tortillement savant le chewing-gum qui retenait le ballon et le recolla d’un rapide et habile coup de flanc contre la paroi rugueuse.

Ensuite ce fut un jeu d’enfant. Tout se déroula comme il l’avait prévu. Porté par les vents favorables, le ballon entama sa course aérienne et la pirogue se désenglua doucement de la rive se dirigeant  lentement vers lui.

Il n’eut plus qu’à embarquer et rejoindre sa femme (en quelques coups de machette en guise de pagaie), la tête protégée par son dernier journal.



Voilà ça c'est typiquement ce que je peux écrire et que je ne veux pas écrire.







 

Mar 6 jan 2009 3 commentaires
N'avais tu pas inventé une sorte de sac pour mettre ce genre les souvenirs impérissables ? De l'expression " mettre à sac . Voila qui me rappelle un livre de Joffo ( le coiffeur ) dont l'adaptation au cinéma fut tournée dans ma rue en 76 ( mille neuf cent , bien sur )
yellow (prénom ) - le 06/01/2009 à 21h29
Tintin au Congo ... un jour , du métal en trop , j'ai fait la vieille loco avec mes petites mains, comme Nougaro avec ses mots . Comme un enfant s'endort , comme un enfant s'endort ... Je ne sais pas quoi en faire , pas la vendre ... un souvenir impérissable tu crois?
un petit qq chose de jaune . - le 06/01/2009 à 21h42
Le bouquin de Joffo c'est: Le sac de billes .
le soleilbrille ( yellow) - le 09/01/2009 à 21h34