au frais des mots

 

 

 

 

Le vieillissement n’est pas une bonne chose.

Il n’y a aucune sagesse à accepter de vieillir.

Aucun éclat, aucune gloire, aucun prestige,

 

Tout simplement parce qu’on n’a pas le choix

Avant l’instant où ça arrive, on ne sait ni comment ni dans quel état on va partir

 

Le vieillissement est une recette pour empoisonner l’existence, rien de plus -

Et surtout pas une morphine palliative -.

 

Amincir et plisser la peau comme un vulgaire coupon de tissu abandonné sur un comptoir.

Alourdir et élargir le ventre, relâcher les chairs les plus tendres,

Creuser dans le miroir le blanc jaunissant,

Découdre les paupières afin de faire apparaître

Délicatement

Du bout de l’ongle du pouce

Une paire de yeux hagards - pas certains de se reconnaître,

Assécher jusqu’au point de brisure le corps du cheveu, le décolorer fortement,

Inutile d’utiliser de l’ammoniaque, un soupçon d’usure suffira,

Conserver encore quelque temps dans une main presque froide,

Sans trop remuer pour ne rien perdre de la saveur,

Le souvenir de l’ancienne chevelure épaisse -  

Efforcez-vous d’imaginer une botte de fleurs de juin - , saisie à pleine main

Comme le sexe d’un homme

Mais surtout ne pas insister par crainte de voir le peu qui reste s’éparpiller dans la préparation,

Calculer sur ses doigts, en plaçant chaque main bien en face, le frémissement des bulles,

Picotis de surfaces colorées -  brunes comme les larges aréoles d’une femme enceinte pleine à craquer, laisser crever ou bouillonner à la surface des choses

Le cœur ne peut être atteint

Saupoudrer le tout d’un soupçon de tremblement (mais personne n’est coupable),

Détourner un certain temps le regard voilé de peur

Tout va bien, se détendre, apprécier

Remarquer la débilité du corps, la finesse des os

Au travers de la veine transparente qui mène au cœur,

La raideur des gestes dans l’étirement étroit ce quelque chose qui cherche à se déplier

Ne vous inquiétez pas si ça flotte ou si ça grince tout est normal

Humer l’odeur des chairs déjà pourrissantes,

La savonnette au parfum d’ylang-ylang n’y peut déjà plus rien

Fermez-les yeux, n’ayez crainte, laissez faire encore un peu

Par la force des choses, relever le tout

D’un peu de laurier pour la saveur et l’esprit d’antan

 

Tout le monde ne s’appelle pas Alexandre

Mais chacun peut vouloir en laisser le goût

Laisser vieillir et ne pas trop tarder,

Le tout sera bientôt consommé.

 

Samedi 17 mai  - le soleil était noir.

 

Jeu 22 mai 2008 3 commentaires
"le soleil était noir", et toi si vivante d'avancées sensuelles.
emmanuelle grangé - le 22/05/2008 à 13h48
Bonjour, je viens de découvrir ton blog et je tenais à te dire que j'aime beaucoup ta façon d'écrire... Alors je vais continuer ma visite, au fil des pages.... Au plaisir
Fée - le 22/05/2008 à 16h36
Je savais que c'est ce texte qui avait fait venir Fée à toi.. et à mon tour, je me surprends à le trouver beau ce texte malgré toute la douleur qui peut dégager... Matrouch
Matrouchka - le 25/05/2008 à 12h02