au frais des mots
C'est une paire de gants au fond d'un coffre de voiture pour ramasser la dépouille des chats qui n'ont pas su rentrer à l'heure
Ce sont des colères sans nom qui font se terrer la petite qui est encore tapie au plus profond d'elle-même
De grands éclats de rire qui le font se plier en deux et rajeunir de vingt ans
Un profil d'acteur des années soixante-dix, un peu hidalgo, un peu métèque
Celui qui offrait les jours d'anniversaire des minis Davidoff -quand elle était encore de l'autre bord – des Camel – le reste du temps
Celui qui savait tresser les cheveux en longues nattes brunes et coudre à petits pieds actifs sur l'antique machine à coudre familiale
L'éternel colérique qui ne sait jamais montrer comment il aime et ce qu'il aime
Celui qui glissait un « Pascal » dans le porte monnaie quand devenue adulte elle traversait les jours de dèche et de souffrance
Celui qui riait de choquer lorsqu'il l'acompagnait pour choisir ses premiers soutiens-gorges
Mais c'est aussi celui qui ne savait ni câliner, ni embrasser, ni prendre dans les bras
Elle n'a que de vagues souvenirs sur son passé
Intransigeance, indépendance, pur reflet d'elle-même
Rien ni personne ne pourrait lui commander
Et il a en horreur d'attendre où que ce soit, qui que ce soit
C'est celui qui offre son vin, son pain au premier venu, mais qui répugne à lui laisser une clé ou un permis de visite
Depuis longtemps le silence entre eux
Et elle attend.