J’ai du retard. Elle en a aussi. Ça tombe bien. Un jour, une autre fois, une autre histoire. Le ciel est bleu et haut, clair et précieux. Dans l’azur liquide, les bras blancs des statues crèvent les yeux. Il fait un froid de canard. Je rejoins rapidement le bassin. Peu de monde. Les chaises dans lesquelles on s’allonge parfois pour faire semblant de lire sont là. J’en tire une sans peine. J’ai longtemps cherché où je pourrais m’en procurer de semblables. Inclinées, juste ce qu’il faut pour permettre au lecteur de se glisser dans son texte, juste un peu engourdi par le confort, suffisamment en éveil pour ne pas s’endormir ou disparaître derrière l’ouvrage. Je m’installe. Et puis je me lève. Non, décidément, je ne pourrai pas lire. Et puis si elle arrivait sans que je la voie, j’aurais sûrement l’air cruche à ainsi essayer de m’extirper de mon fauteuil de métal. Je reprends ma marche. Je dois avoir l’air de quelqu’une qui ne sait pas quoi faire de ses deux jambes. Mon cœur bat un peu plus vite.

Et si elle apparaissait avant que je n’aie trouvé une attitude propice à notre rencontre ? Les chaises élémentaires ne me conviennent pas. Je repère un autre modèle. Un à accoudoirs. Oui, c’est ça, exactement cela qu’il me faut. Un peu confortable, mais pas trop et surtout à hauteur d’homme. Non, de femme. Je traine ma chaise-fauteuil près d’une chaise droite. Je me dis que si je laisse mon siège pour aller en chercher un identique, je risque bien de tout perdre. Qui va à la chasse... etc. Je m’assieds. Je m’installe. Cinq minutes et me voilà encore à me dire que je ne dois pas lui tourner le dos. Je me lève et déplace une nouvelle fois la chaise. ..........

 Je suis en planque. Je me dois d’avoir l’angle le plus large qu’il soit possible d'obtenir. Allez, je prends un air décidé. Soudain, je la sens. Sans mentir. Pas besoin. Mon regard balaie les jardins. Il voit tout ou presque tout. Il me suffit de battre des cils. Elle n’a pas le temps d’approcher du bassin que je l’ai déjà repérée. Longue silhouette. Cheveux de soie. Tout désormais devient facile. Je m’avance. Elle ne m’a pas encore aperçue. J’agite ma main, gant rouge, main chatoyante dans le gris du sol, dans le bleu du ciel. Comme si je l’avais toujours connue. Elle sourit. C’est une gamine dans un corps de femme. Manteau de clown et baskets de travailleuse, diseuse de mots, agitatrice de textes. Je la prends dans mes bras. Qu’aurais-je pu faire d’autre ? Comme c’est bon de sentir quelque chose, là, entre nous après tant de mois à se chatouiller de la plume.


à  suivre....
Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /Nov /2009 15:00

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