En ouvrant mon courrier électronique, je suis tombée sur cette phrase. « C’est fou comme j’aime l’automne ». Je me suis dit - Tiens, un marronnier !
J’aurais pu le saisir et en profiter pour écrire un petit quelque chose de pas difficile qui plairait au plus grand nombre. J’aurais parlé de la rentrée, de l’odeur des feuilles mortes et du papier frais pressé. Mais étais-je obligée de plaire ?
Dans la presse, on ressort les mêmes papiers chaque année, noyant le poisson de la monotonie des jours ou tout simplement l’idée que nous sommes en train de basculer, une génération après une autre au bout d’un tapis roulant- l’automne apporte son lot annuel de nostalgie.

Et puis, de la même façon que j’avais répondu quelques jours auparavant à une personne qui m’est inconnue mais qui vient parfois sur mes pages, je me suis dit que rien ne m’interdisait de fonctionner par associations d’idées.
Donc, il était dit que j’improviserais sur l’automne et son marronnier.
Je n’étais rien de plus, rien de moins que celui  ou celle qui aimait l’automne et qui avait écrit qu'il (ou elle) l'aimait.
Dans mon jardin, je n’ai pas de marronnier. J’ai un platane. Un immense platane planté bien trop près du mur qui entoure le potager. C’était une vieille promesse du temps passé. Une promesse remontant à l’époque où je n’avais pas d’argent pour m’acheter des fleurs. Il n’y a rien de triste ou de mélancolique là-dedans, c’est un simple constat. Je descendais couper de grandes et larges branches de platane en bas de chez moi, le long de la nationale. Parfois on devait se demander ce que je faisais-là. Avec le bruit et le vent. Et aussi, mon couteau à la main. A cette époque déjà, on s’empressait d’évacuer les grands arbres sous prétexte qu’ils avaient été plantés à une époque où les fous du volants ne dépassaient pas la dizaine au kilomètre et la quatre-vingtaine au compteur. Bref, à une époque où ils ne mouraient pas d’un baiser mortel, amoureusement enroulés une dernière fois autour de la bête majestueuse. J’en empilais donc de larges brassées au creux de mes bras, juste contre le chandail (qui dit « chandail » encore aujourd’hui ?) et ça me picotait le nez quand j’essayais d’introduire la clé dans la porte. Ainsi donc, il se trouve que les seuls marronniers que je connaisse sont donc ceux de mon enfance et encore, je pense que je n’en ai croisé qu’une fois, une année où on m’avait fait intégrer une école religieuse prestigieuse dans laquelle je ne suis restée que trois mois. J’avais tenté de tricher. Un mot, un unique mot recopié sur mon buvard que bien entendu j’avais quasiment mémorisé au moment même où je l’écrivais ! À peine la main du professeur d’anglais soulevait-elle ma copie pour déterminer ce qui s’y cachait, je devins vouée aux enfers et à la damnation éternelle. C’était en automne. Je m’en souviens toujours. C’est mon marronnier personnel. On me retira de l’établissement quelques jours plus tard. Dois-je encore remercier ici mon père de m’avoir évité un terrible avenir ? Je pense qu’au fond de lui il n’était pas très certain d’avoir envie de me voir cramer comme une vulgaire feuille morte, mon temps expiré. Mais on trouvait dans la prestigieuse école pour filles, de vieux marronniers magnifiques et bien qu’ayant sûrement dépassé l’âge (mais il y en a-t-il vraiment un pour cela ?), j’accumulais au fond de mes poches les gros marrons vernis. Il m’en est resté un goût immodéré pour les fruits glacés. Un platane, ça a donc des feuilles qui sentent bon, et le marronnier aussi.
Encore faut-il parfois vivre dans une région qui corresponde à cette vision de l’automne.

Ici, il n’y a ni pluie, ni bottes, ni hérissons à protéger du froid. Septembre est l’équivalent de juin. Parler de l’arrière-saison devient de fait une autre paire de manches à enfiler. Tiens, je vais me faire un thé. J’ai fait une page. C’est largement suffisant pour aujourd’hui.
Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /Sep /2009 19:12

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