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Dans le figuier, un enfant se tient à la croisée de deux grosses branches. Les feuilles du vieil arbre forment comme un treillis étrange sur ses jambes déjà hâlées. Jumelles en mains, il observe le monde qui l’entoure en rêvant d’horizons un peu plus lointains.
Au haut des grands arbres règne l’agitation la plus totale. Ça bazarde à tout va. Le vent essore les rameaux dans de violents souffles. Les ramures ferraillent et grincent sous les à-coups répétés des rafales. Un raclée à droite et puis soudain tout en une seule torsion, une attaque sur le flanc gauche.
Le silence n’existe pas. Sur la route nationale, le vrombissement des moteurs se poursuit, incessant. Dans leur folie bruyante, tous semblent courir vers la même promesse, mais, au jardin, leur moutonnement se contentera de bercer la sieste des petits enfants. Au loin, le temps d’un unique cri, une sirène de pompier entrave le bruit du tourbillon. La maison oscille et se cabre. Elle résiste. Au fil, le linge attend. Le vent a, depuis le matin, mélangé les odeurs. Ça sent le thym et le feuillage déjà sec. Une immense couverture bleu pâle espère qu’on vienne la décrocher et ainsi l’arracher aux doigts de ce vent fou qui ne cesse de vouloir s’en emparer. Ses caresses l’énervent, elle croit défaillir sous tant de sensualité contrariée. Quelques graines détachées des tiges légères s’emmêlent aux fils de coton et se rient de cette fête improvisée. Petits éclats acidulés, les pinces à linge se mettent en tête de contrer le vent licencieux de cette fin de matinée. Elles s’accrochent et alignent quelques plis sévères. Derrière les volets clos, les adultes poursuivent leur futile bavardage. Ils n’ont décidément aucun soupçon de ce qui se passe dans le jardin.
Mésange charbonnière, rouge-gorge, bourdons, chaque être vivant se trouve un instant emprisonné dans sa ligne de mire.
À droite, le poirier à moitié caché par la végétation se dresse, couvert de fruits. Ses branches souffrent. Depuis une semaine, les grives l’attaquent en continu, profitant de la moindre éclaircie offerte par le mauvais temps. Au creux du feuillage, les blessures sucrées accueillent aussi les guêpes bourdonnantes. Quelques mouches entêtées tentent aussi leur chance, mais dans le faux silence, elles sont rapidement repoussées et doivent renoncer à leur festin.
Une fille, les jambes étendues sur le bois grisé de la chaise longue trop longtemps oubliée au vent salé de l’hiver se laisse elle aussi aller à écouter le grand chambardement occasionné par les rafales d’ouest. Un chant continu. C’est celui qui la projette dans le futur qu’elle se crée au fil de sa sieste improvisée. De grosses boules de nuages naviguent à vue dans le bleu du ciel. Les fruits du tilleul, boutons de velours suspendus à leurs tiges rouillées, la veillent.
Au ras du sol, l’œil de l’enfant s’accroche encore à quelques points jaunes isolés dans le vert de la pelouse déjà grillée par les premières journées de juin. C’est un jeu de piste qu’il suit, les mains agrippées aux deux lunettes symétriques. Arrêté par deux taches un peu pâles, il éloigne l’appareil et contemple indifférent les dernières roses, anciennes élégantes délicatement appuyées au mur lézardé parsemé d’ombres profondes.
Dans le jardin, loin du sable, il sait patienter. Le départ pour la mer est prévu à 17 heures.
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