Partager l'article ! Le chemin: Il ne lui avait rien dit tout compte fait Ce n’était pas facile de lui exprimer ce qui le touchait. Parce qu’il avait toujour ...
Il ne lui avait rien dit tout compte fait Ce n’était pas facile de lui exprimer ce qui le touchait. Parce qu’il avait toujours l’impression de se répéter. Une fois encore, il avait échoué. Ses bonnes résolutions se désagrégeaient aussi vite qu’elles le pouvaient. C’était juste une question de temps. Le temps que les choses se fassent. Cela faisait une semaine qu’il était auprès d’elle.
La veille, une horloge interne s’était mise en route et il sentait qu’il se déchirait au fil des minutes. Ça s’égouttait au vent d’avril entre les aigrettes des pissenlits et les pappus des cirses des champs qui s’en allaient colorier de blanc les lisières de la chaussée. Il savait qu’il devrait de nouveau partir. Et ses pieds se traînaient alors que sa joie à être avec elle se grisait peu à peu de mélancolie. Ça l’énervait, elle, terriblement. Elle le houspillait, lui démontrait l’absurdité de ses états d’âme. Elle était là, elle.. Elle existait ! Mais que pouvait-il vouloir de plus ? Il soupirait. Fins et pâles, ses mots raisonnaient dans les bruits du jardin et la conversation s’abattait. Elle avançait à grands pas, il suivait péniblement dans son dos. Elle travaillait, il se taisait.
La sensation le heurtait parfois aussi de plein fouet. À peine finissait-il de sourire ou de rire qu’une nouvelle émotion cette fois pénible et profonde s’entêtait à détruire son bonheur fugace.
C’était la peur. La peur de tout perdre, ou plus simplement de ne plus atteindre celle qu’il aimait tel qu’il existait au moment où il la quittait.
Elle pensait qu’il en faisait vraiment un peu trop avec son vague à l’âme. Une marée banale qui revenait comme la vraie sur les étendues boueuses de fausse-eau. Ça sentait un peu mauvais tout ça. Elle levait les bras au ciel. Il la contemplait. Elle avançait toujours, agitée par mille petites activités plus importantes les unes que les autres, insignifiantes à ses propres yeux, lui qui n’y comprenait rien.
La suivant dans son innocent sillage, il s’était demandé ce qui pouvait encore le retenir et lui faire emprunter de façon constante la route qui le menait à elle.
Alors qu’il la rejoignait, une dizaine de canetons s’étaient glissés dans la mare et un héron cendré dérangé par sa présence avait pris son envol et entamé une courbe plane au-dessus des étangs, attendant de pouvoir revenir à son liteau.
Il s’était remis en marche puis avait de nouveau stoppé. Au milieu du chemin, un énorme lièvre se prélassait à humer les odeurs de printemps. Il avait bien dû patienter cinq minutes avant que ce dernier se décide à soulever son gros derrière.
En arrivant, il lui avait tout raconté et elle était partie chercher son appareil-photo, s’y était rendue sur la pointe
des pieds, mais tout déjà avait disparu.
Ce matin, figé contre le mur, le chat de la voisine l'épiait.. Il ne l'avait pas vu et la bête l'observait alors qu’à genoux il l’aidait à fignoler son jardin de grand-mère..Elle avait
désorganisé tout ce qu’il lui avait préparé la dernière fois qu’il était venu lui rendre visite. Elle se moquait bien de son travail à lui. Elle ne suivait que sa fantaisie. Quelques mèches de
cheveux lui coupaient la joue comme deux virgules d’encre noire. Elle les écarta d’un geste rapide et deux traces de terre brune remplacèrent les virgules. Il approcha ses doigts et chassa
l’humus friable.
Elle lui avoua que l’avant-veille, on l’avait de nouveau surveillée. Sentant une présence, elle avait relevé la tête et avait découvert un peu effarée, un petit chien noir à collier rouge assis sur son cul qui la regardait. Elle n’avait pu lui dire depuis combien de temps. Elle avait simplement poussé un cri. C’était étonnant, non ? Tout lui plaisait ici. Elle riait. Tant de vie et d’agitation, tant de bruit et de silence délicatement intercalés. Encore la veille, des escargots sur son vieux tour de maison... avec leur trace luminescente dans la nuit qui tombait. Qui pouvait vouloir renoncer à cela ?
Il se taisait. Il aurait aimé lui faire voir comment était son cœur. Il était tordu. Tordu à l’idée de la quitter une nouvelle fois, elle et son jardin anglais, un peu étrange, coupé de l’ailleurs douloureux.
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