Le sixième jour, j’eus quartier libre et alors que Pierre restait dans sa chambre pour transmettre une partie des informations accumulées, je décidai d’aller enfin véritablement me promener en ville.

Aux alentours de 9 h 30, je m’installai dans le minibus de l’hôtel et après une quinzaine de minutes, la navette me déposa au cœur de la vieille ville.

Comme pas mal de mes concitoyens, mes connaissances sur la Pologne se réduisaient aux apparitions de Lech Walesa au journal de 20 heures dans les années 80 et à l’évocation des camps d’Auschwitz-Birkenau dans Nuit et Brouillard. Je trainais également dans ma mémoire quelques carrioles tirées par de vieux chevaux cacochymes assorties à des foulards bariolés noués sous le cou de femmes brunes et moustachues. Toutefois, le pays avait bel et bien changé.

Le quartier regorgeait de bruits et de magasins. J’entrai dans l’un d’eux et y dénichai une bouteille d’alcool de noix et de figue, ainsi qu’une paire de pantoufles de feutre que je comptais offrir à mon frère. En sortant, je repérai dans la vitrine d’à côté, une magnifique cravate en soie. Je l’achetai pour Pierre en espérant qu’il lui arrivait de porter occasionnellement autre chose que le seul vêtement que je lui avais vu jusque-là : un informe sweat-shirt vert olive dont les manches masquaient ses poignets si fins. Le vendeur, une jeune Croate qui parlait quelques mots d’anglais m’apprit qu’une cravate croate n'avait rien à voir avec une simple cravate. En soie et faite main, elle ne pouvait laisser indifférent l'homme élégant...J’arrêtai mon choix sur un modèle très raffiné, bleu nuit à légers motifs parme. Rien ne m’empêchait d’essayer d’aller plus loin. Mon geste déciderait peut-être Pierre à passer à une autre forme de coaching personnel un peu moins formaliste. Je glissai le paquet-cadeau dans mon sac à main et remis à plus tard mes fantasmes guerriers.

Poursuivant ma promenade, je parcourus les Halles au milieu du Grand Marché puis entrepris de visiter la basilique St Marie. Il était midi, je ne comptais pas rentrer avant 17 heures. Soudain, une musique résonna au-dessus de moi alors que je franchissais le porche de l’édifice. Un invisible trompettiste venait d’entamer un air nostalgique. Mais, la mélodie s'arrêta brusquement, comme si le musicien se trouvait à bout de souffle.

Etais-je moi aussi à bout de souffle ? Comment aurais-je pu l’être à l’époque alors que notre histoire ne faisait que commencer ?

Je dépassai la cuve baptismale sans même lui jeter un coup d’œil, m’avançai au centre de la nef puis gagnai un banc et m’y affalai. Mes yeux s’égarèrent au plafond. Entre la nef et l’autel un christ en croix me surveillait d’un œil inquiet. Je haussai les épaules. Bien malin celui qui pouvait savoir ce que j’étais en train de faire. Je ne voyais pas où était le problème. Dans un certain sens, je rendais service. Mes petits arrangements personnels ne concernaient que moi.

Très vite, l’atmosphère et les couleurs surchargées me mirent mal à l’aise. Je décidai de rentrer plus tôt que prévu. Franchissant une nouvelle fois le porche, je me sentis soudain très seule. Un léger frisson me fit regretter de n’avoir pas pensé à prendre un gilet. Il était à peine 14 heures et je n’avais pas mangé. J’achetai une bricole à un vendeur ambulant et entrepris de retrouver la navette qui me ramènerait à mon hôtel.

Une fois sur place, je récupérai la clé de ma chambre et aussitôt entrée, je cherchai à joindre mon frère.

 [...]

PS : Je suis dans le doute.. et je réfléchis quant à l'intérêt (et sous quelle forme) d'inventer une suite à ce texte que j'affectionne particulièrement et qui m'a valu une explosion de nouveaux lecteurs....

 

Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 22:20

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