L’inconnu me demanda si j’acceptais de déjeuner avec eux. Toujours étonnée, je jetai un coup d’œil à Pierre. Ses yeux clignèrent d’une façon sympathique et me dirent que je devais lui faire confiance. J’accédai à sa demande, mais réclamai quelques minutes, histoire de me rafraîchir un peu.

- Aucun problème, me répondit l’armoire à glace, on vous attend ici. Vous pouvez y aller !

Je leur tournai le dos et m’engouffrai dans le hall. Il me restait trois jours avant la fin de mon forfait sportif. Ce n’était rien en comparaison du vide que ces deux-là combleraient dans les semaines à venir.

Peu après, nous nous retrouvâmes installés à la terrasse extérieure d’un restaurant de fruits de mer. J’avais profité du laps de temps qu’ils m’avaient accordé pour revêtir ma nouvelle tunique et malgré les risques d’ampoules, j’avais aussi troqué mes baskets contre la jolie paire de souliers neufs. Je vis que Martin (l’armoire à glace) me jetait un coup d’œil que je jugeai appréciateur. Pierre me sembla complètement aveugle.

C’est lui qui m’expliqua ce que je pouvais faire pour eux. Tout d’abord, il m’avoua qu’il n’était pas tout à fait ce qu’il m’avait paru être et que je devais toutefois lui faire confiance. Il ajouta qu’ils ne pouvaient pas me donner leur véritable identité, mais que je n’avais aucun souci à me faire, moins j’en saurais, mieux ça serait pour moi comme pour eux.

Pierre fut interrompu par le serveur. Nous passâmes rapidement notre commande.

Ils avaient besoin d’un collaborateur. L’espionnage industriel prenait des proportions sidérantes et la France ne pouvait pas se permettre d’être à la traîne à plus d’un égard.

Mon profil correspondait, il suffisait que je leur fournisse quelques renseignements supplémentaires. Le grand prit la parole.

- Vous êtes capable de vous servir d’un appareil numérique ? Vous pouvez transférer des photos sur un logiciel ? Il se trouve que votre passeport est en cours de validité. Ça vous intéresserait de voyager un peu ? À nos frais bien entendu. On n’exigera pas beaucoup, c’est l’affaire de quelques semaines par an. La seule chose qu’on ne peut pas vous dire, c’est quand, où et combien de temps. Mais votre déplacement ne dépassera jamais plus d’une dizaine de jours.

Le serveur se présenta et répartit les plats. Martin évalua d’un œil approbateur la fraîcheur de ses huîtres creuses, quant à moi, je ne pus m’empêcher de frémir à l’odeur grisante de mes langoustines du Guilvinec mais c’est à peine si Pierre regarda la douzaine de palourdes roses des Glénan qui avaient été savamment orchestrée dans son assiette.

Je lâchai à regret l’odeur alléchante et revins à notre conversation.

Il faut croire que j’en avais vraiment envie au fond de moi, parce que pas un instant je n’hésitai. À toutes leurs questions, je m’entendis répondre par l’affirmative. Je ne savais pas comment j’allais me débrouiller avec mon frère et mon boulot, mais ce que je pressentais, c’est que c’était le virage de ma vie et qu’il était impensable que je le rate. Je n’ai jamais eu peur d’eux. Je les trouvais bizarres, c’est certain et j’avais même un peu envie de me moquer de leur allure inadaptée, mais leur assurance provoquait en moi une onde bénéfique.

Oui, j’avais un appareil photo, oui, j’aimais les voyages, oui, j’acceptais tout ce qu’ils me proposaient. Comment en aurait-il pu être autrement alors que j’avais passé ma vie à attendre l’inattendu ?

Le repas se poursuivit très simplement. Rien de plus ne fut abordé. Martin se révéla doux et délicat. Il semblait passionné par la littérature du Moyen Âge et me demanda si j’avais lu Saint Augustin ou Raymond Sebond. Je dus avouer que je ne connaissais ni l'un ni l'autre, mais que de temps à autre je prenais du plaisir à parcourir la chronique du médiateur dans mon quotidien. Nous finîmes de déjeuner tranquillement. Par instant, mon regard croisait celui de Pierre et je ne cessais de m’interroger sur ce qu’il m’avait trouvé pour provoquer ainsi dans ma vie un tel cataclysme.

Quand le moment de payer arriva, Pierre demanda l’adition et me dit qu’ils devaient partir le jour même. Je ne devais pas m’inquiéter. Ils me recontacteraient très rapidement. Il fallait simplement que je reste à  leur disposition dans les jours suivants.

Nous nous quittâmes sur une poignée de main et je les regardai s’éloigner et disparaître au coin de la rue. Je me pinçai douloureusement le gras du bras. La douleur m’assura que je ne rêvais pas.

Une fois dans ma chambre, j’appelai mon frère et entrepris de lui dire brièvement que tout se passait à merveille mais que je devrais certainement m’absenter dans les jours qui suivraient mon retour.  

Il devait absolument rentrer le chien si jamais il se mettait à pleuvoir. On avait beau être en plein mois d’août, il ne fallait pas s’amuser avec ça.

Notre chien est un berger à poil long. Une merveille qui a vécu avec nous pendant plus de dix ans. Quand il est mort l’an dernier, j’ai cherché un spécialiste dans les pages jaunes et je l’ai fait empailler. Tous les matins, je l’installe en plein milieu de notre pelouse. Il surveille les allers et venues du quartier. Il a vraiment fière allure. Le soir c’est mon frère qui le rentre. Bien entendu l’été, ça nous arrive de lui laisser passer la nuit dehors, mais je reste quand même sur mes gardes, on ne sait jamais avec les orages.

Mais ce dernier m’assura que je ne devais pas m'en préoccuper, il ferait ce qu'il avait l'habitude de faire, je pouvais poursuivre mon séjour en paix. 


[...]

 

Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /2009 22:28

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Commentaires

j'entends la musique de James Bond en fond sonore ou de Mission Impossible ;-)
Martin amateur de littérature du Moyen Age, je l'aime bien ce type!
je file à la suite!
Commentaire n°1 posté par sandy le 30/04/2009 à 12h25
Ben en fait, c'est pas vraiment ça ! mais oui, moi aussi, je l'aime beaucoup ce type féru de littérature moyennageuse ... un jour, il m'a rapporté un livre introuvable. arf ! arf !
Réponse de Soleildebrousse le 30/04/2009 à 20h16
rhooo la garce.... l'art de tourner en rond... en ce moment précis ..je te déteste ! Pi c'est quoi ce mysterieux bonhomme et pi ou tu va aller ? et pour quoi faire ? grrrrrr je trépigne !
Commentaire n°2 posté par henriette le 27/04/2009 à 11h38
Mais enfin ? ça me paraît évident ce qu'elle va faire !! quoique.... arg arg arg !!! niak !
Réponse de Soleildebrousse le 27/04/2009 à 19h38
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