En ce jour où des millions croient en la résurrection, je pense à ceux qui se trouvent au-dessus de moi dans le ciel insondable.
Je n’imagine pas la résurrection des morts. J’ai simplement une foi inébranlable dans l’inaltérabilité des âmes. Toutes les âmes sont bonnes et clémentes. Seules les enveloppes dans lesquelles elles se découvrent un jour verrouillées sont souvent malfaisantes.
Les âmes se doivent alors de composer avec ce qu’on leur donne. Personne n’en a la responsabilité. Dieu n’ « est » pas.
Elles sont libres de faire ce qui leur passe par la tête et d’aller à leur gré : vivre, exister, subsister, se
sacrifier, se saigner aux quatre veines, expérimenter, traverser, vivoter, plafonner, stagner, se la couler douce, se percher dans des folies peu ordinaires ou sobrement - une fois leur temps
compté - trépasser. Puisque je l’impute à leur enveloppe charnelle, la somme de leurs actes n’a pas – de fait - tant d’importance que cela.
Alors que le corps se dissout, l’âme s’empresse de nettoyer sa petite ardoise portative et de voir ce que lui réserve de nouveau le destin. La qualité de l’enveloppe est son principal défaut et par de là, son incroyable soucis. Il faut dire aussi que l’âme ne brille pas vraiment par sa mémoire, elle s’effiloche au fil des mutations et se contente de simples particules qui s’apparentent aux fils des anges…
Mais le mal a déjà été fait, elles ne peuvent échapper à leur enracinement dans nos souvenirs, résurrections ou pas. La plupart du temps, leur fabuleuse légèreté ne peut contrebalancer la violente inclination que certains esprits possèdent à causer de nombreux et variables préjudices...
Voici le hasard du grand mouvement de la vie. Un mélange détonnant. Mais j’avoue que je n’en sais pas
plus.
Je demeure humble en mon ignorance.
Alors, je me contente de conserver par le geste et par la mémoire ce qui a disparu, je veux corriger et écris « ceux » qui ont disparu…
Je réfléchis à ce que j’ai pour le moment sauvegardé de mes propres morts.
Étonnée de voir ce qu’il reste encore.
C’est un crayon à paupière usé taillé retaillé dont le bouchon doré a été égaré depuis longtemps. Je ne m’en sers que rarement, je l’économise. Il appartenait à ma grand-mère.
J’y ajoute un détestable vieux pyjama vert en pilou aux formes indéchiffrables qu’elle a conçu de ses propres mains arthritiques.. Il s’avéra trop grand pour elle dans les derniers jours de sa vie, baillait par tous les côtés et pourtant elle continuait à le porter pour s’y sentir en sécurité les jours de froid intérieur… elle savait qu’elle se mourrait.
J’ai encore :
Un livre de cuisine aux pages desséchées
Un missel de prière dont les pages recèlent de cartes de communion avec les noms derrière, et pour les plus belles, une fine garniture de dentelle tout autour..
Un lourd bracelet d’or suranné que je ne pourrai pas agrafer à mon poignet avant de nombreuses années… et encore. Je l’ai choisi parmi les autres pièces qu’on m’avait soumises simplement parce que ma mémoire ne peut détacher ce bracelet du bras qui l’a tant d’années agité avec grâce et féminité.
J’y ajoute un manteau passé de mode dont je n’ai jamais pu me séparer et que j’ai dû malgré moi porter à une période où je ne pouvais même pas me payer un tel vêtement.
Enfin, je frôle avec délectation l’ensemble du petit courrier qu’elle m’a toute sa vie adressé et dans lequel je ne me lasse pas de savoir qu’elle m’appelle sa « Reine ».
Voilà je ne crois pas en la résurrection des morts, ni aujourd’hui ni demain, mais je peux faire naître qui je veux quand je veux. Et c’est pour le moment ma liberté.
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