Un texte inhabituel sous les doigts.. à consommer sans arrière-pensée, c'est juste un hommage...

 

Il avait un beau chien, un berger belge, Sultan. C'était en 19... Il était chouette. Ils  habitaient ensemble. Lui, il avait dix-neuf ans, le chien dix-sept mois. Pendant vingt mois ils sont restés ensemble.

Il avait fait un arrangement avec son boucher, tous les jours il lui filait un kilo de bidoche. Il le trouvait con, son boucher. Mais comme il ne payait que soixante sacs par mois, il  pouvait pas lui dire. Des fois, il faisait des scandales dans sa boucherie. Sultan n'avait pas le droit de rentrer, alors pour le faire patienter, il lui payait une entrecôte. Les vieux cons gueulaient au scandale. Alors il les insultait et il voyait que son Sultan était content. Le boucher, lui, du moment qu'il payait…

Faut dire que depuis tout gosse, il avait pas eu de chiens, ni d'amis. Ses vieux avaient divorcé quand il était jeune – six ans-, son père était militaire de carrière, vingt-six ans d'armée et toujours sergent-chef, heureusement qu'il avait été réformé, il pensait. D'façon, il avait tout fait pour. La honte de la famille. Sa mère, elle, elle faisait le tapin depuis plus de quinze ans. Il l'aimait bien. Elle lui avait toujours tout donné. Même plein de beaux-pères, il disait, en rigolant un peu du coin de l'oeil. Il savait plus combien il en avait eu. Mais il était toujours tout seul. Jusqu'au jour où il avait acheté Sultan.

A cette époque, il avait un peu plus de dix-sept ans et sa mère lui avait payé un studio, à cause d'un beau-père de trop, un beau-père à la con qui lui aurait bien foutu sur la gueule plus souvent qu'à son tour.

Il avait jamais rien foutu. Il avait quitté l'école après avoir redoublé sa quatrième. De toute façon, personne n'avait jamais rien attendu de lui, à part qu'il fasse l'armée. Le boulot, il connaissait pas. Il traînait la nuit, il dormait le jour. Il a jamais eu de problèmes, il avait toujours des sous. Il les gagnait en faisant des affaires. Les mauvais jours, c'était elle qui les lui donnait. Il bouffait toujours au restaurant, il allait tous les soirs en boîte. Il draguait un tas de minettes. Elles étaient connes. Mais du moment qu'elles étaient mignonnes et cochonnes, il s'en fichait. De toute façon, il les larguait toujours, jamais il ne s'était fait jeter.

Il était toujours tout seul. Puis il a eu Sultan. Il l'a dressé. Jusqu'à sept mois, il était pas beau. Il croyait que c'était un bâtard, qu'il s'était fait arnaquer. Mais non. Il sait pas pourquoi, d'un coup, il est devenu beau. Il a toujours dormi dans ses draps. Il a même fait dormir des filles par terre, parce que le lit était trop petit pour trois.

Lui, avant, il était bagarreur, grande gueule, on disait. Sauf avec son pépère, comme il l'appelait. Il pouvait pas boire d'alcool, car sinon, il devenait un danger public quand il était saoul. Il cherchait les embrouilles et il se faisait massacrer à chaque fois. Une fois par mois, douze fois par an. Après il revenait dans le café avec son chien et un calibre, et il lâchait le chien. Il était content de mordre, le chien - pas lui. De toute façon, lui ou le chien, c'était devenu du pareil au même. Et c'était le carnage. Après Sultan et lui, ils allaient au restau. Y avait plein de bons restaus à Paris qui connaissaient Sultan. Il mangeait dans une assiette, comme lui. Même les coquilles Saint-Jacques, il les aimait. Pourtant, quand il l'amenait au bois en promenade, il allait jamais draguer. Il lui avait présenté de belles chiennes,. Pedigree et tout. Rien. Il voulait pas. Il avait essayé de lui faire faire des cochonneries par un vieux tapin qui était d'accord. Il avait même pas voulu. Alors il l'avait amené chez le vétérinaire. Il croyait que son pépère était pédé. C'était pas ça, il avait juste une couille qu'était pas descendue. Quelque chose comme ça.. Fallait l'opérer. Il avait pris rendez-vous. Merde, il était bien avec lui. Des fois, quand il avait bien gagné sa journée, il partait à Deauville craquer un peu d'argent et il revenait pas pendant deux ou trois jours. Trop de jours. Et bien, ça venait d'un coup et il se rappelait de son pépère. Alors il redescendait sur Paris à toute vitesse. Et bien, vous le croyez ou vous le laissez, il lui faisait même pas la gueule. Il était content de le voir. Et lui, il chialait, il avait honte. Et pourtant, il était pas un saint, y'avait jamais eu que pour lui qu'il avait pleuré. Alors pour se faire pardonner, il l'emmenait encore et tout le temps au restau, et il restait toutes ses journées avec lui.

Et on lui a tué. Sept balles. Devant chez lui. De sa faute. A cause des règlements de compte dans lequel il l'embarquait – avec lui. Pourtant il était innocent, il faisait qu'obéir. Pourquoi c'est pas lui qu'on a tué ? Il est mort puceau quelques jours avant l'opération. De sa faute. Il a jamais su qui c'était. Il l'a enterré et depuis mai 19.., il a pas été le voir, parce qu'il est en taule. Il va le voir dans six mois.

C'est tout.

28 août 2007

 

 

Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 21:15

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