Bonjour, je m'appelle Josette. J'ai fait un AVC.


Un AVC, c'est un accident vasculaire cérébral. Je peux le dire sans me tromper maintenant. Je me suis renseignée sur le sujet. Ça fait quinze jours que je suis sortie de l'hôpital. Je vais bien. Mon corps est là, présent et entier. J'ai cinquante ans et je ne suis pas morte.  Ma peau est souple et, en pressant mes membres, je peux encore en sentir la vigueur. Mon cœur fonctionne et depuis quelques jours tout est presque rentré dans l'ordre. Si je vous raconte ça, c'est parce qu'autour de moi, je n'ai vu que des petits vieux qui ne semblaient attendre qu’une seule chose. Ça n’avait pas l’air de venir vite. Ils avaient les yeux tout jaunes et leur peau, ça sentait pas vraiment le frais.

Les médecins  m’ont annoncé que j'avais eu de la chance.

On m'a conduite directement à l'hôpital le plus proche quand un passant m'a rencontrée, errant, les cheveux défaits, incapable de dire qui j'étais et où j’habitais. Il a eu beau interroger les commerçants du quartier, personne ne me reconnaissait. Aucune trace de mon existence. En fait, je n'étais pas à la maison. J'étais partie passer quelques jours chez ma sœur, à une centaine de kilomètres de Lyon.  Je lui gardais son chien.

Le jour de l'accident, j'ai décidé d'aller le promener dans les bois, autour de chez elle.  Une petite promenade de santé, je métais dit, toute guillerette de voir un peu de lumière  au travers de la fenêtre de sa cuisine. Faut avouer que là-bas, le soleil on doit vraiment le chercher parfois.  Quand je me suis écroulée, je n'avais aucun papier sur moi, c'est le chien qu'on a reconnu en fin de compte et qui a permis qu'on retrouve ma trace. Vous pensez bien que chez moi, on ne s'inquiétait pas plus que ça. J'étais partie pour cinq jours, c'était pas la mer à boire. En fait, ça aussi je ne l'ai su qu'après mon réveil.

Le docteur a passé beaucoup de temps auprès de moi. Il était plutôt patient. Il m'a expliqué que j'ai une maladie cardiovasculaire. Une cochonnerie qui affecte les vaisseaux sanguins qui conduisent le sang au cerveau. Lors de mon accident, ils se sont retrouvés bloqués et certains, même, ont pu exploser, alors ma circulation s'est interrompue. Il a ajouté que quelques cellules de ma tête sont mortes en quelques minutes et qu'elles ont entrainé la perte de quelques fonctions. C'est pourquoi j'ai tout d'abord perdu la parole puis ma capacité à marcher, mais surtout, vous l'aurez compris, ma mémoire.

Aujourd'hui, je vous répète, ça fait quinze jours que je me suis réveillée. C'est comme une autre vie. Les gens sont venus à mon chevet, mais je ne reconnaissais personne. J'ai dû apprendre à faire confiance. Ils sont tous passés les uns après les autres et ils ont fait les présentations.

J'ai vu « mes enfants », mes « petits-enfants » et ma « meilleure amie ». Micheline, elle se nomme. Tout ça, c'est pas un problème, hein, ils sont plutôt gentils, je les trouve même intéressants...Pas très futés, mais aux petits soins, quoi… pas de quoi se faire de bile.

Non, ce qui me fait soucis, c'est l'homme qu’ils appellent  André. André, c'est mon mari. Depuis que je m’en suis retournée à la maison, je l'observe. Je lui parle, je l'écoute et je le regarde. Je n'en reviens toujours pas.

L'autre jour, j'ai téléphoné à Micheline et je lui ai demandé de venir boire une tasse de thé avec moi pour qu'on bavarde un peu. En fait, je voulais lui poser une question que je n'osais pas poser aux autres.

Après quelques minutes où l'on a parlé de tout et de rien, je me suis penchée vers elle et je l’ai interrogée  :

- Dis donc, Micheline, on s'entendait comment avant, André et moi ?

- Bien, pourquoi ? elle a répondu.

- Non, mais je veux savoir, on s'aimait vraiment ?

Micheline a pris un air étonné, mais elle m'a regardée en souriant puis elle a protesté  :

- Ben oui, vous allez fêter vos noces de perle. Trente ans de mariage, c'est pas rien quand même, elle a ajouté.

J'ai froncé mes sourcils et j’ai insisté  :

- Tu me promets que je l'aimais ?

Elle a hésité une seconde puis elle m'a de nouveau fixée droit dans les yeux :

- Mais enfin, Josette, qu'est-ce qu’il t'arrive ? Vous avez toujours été heureux tous les deux, c’est pas croyable de poser des questions pareilles !

J'ai détourné les yeux et je me suis résignée à lui avouer :

- Et bien, quel con…vraiment !



PS : réedition... j'aime trop ce personnage.


Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 16:55

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