C’est le lendemain que notre première rencontre eut lieu.

Après avoir picoré quelques radis rouge et blanc achetés à un « fish and chips Â» éclectique, je me rendis chez Bobby’s  et y avala - dépitée et d’un trait - un perroquet bien français (qui ne chantait plus depuis longtemps). Dix minutes plus tard, légèrement grise, je quittai le pavillon balnéaire et ses torsades vertes pour me diriger vers la mer.  

Une fois sur place et confortablement adossée au muret de briques, je martyrisai mes ongles violets laqués de frais en m’efforçant de dépiauter une grenade à la peau cramoisie que j’avais retirée de mon sac en satin de soie crème.  

De temps à autre, je jetai un œil vaguement intéressé à la lente disparition du soleil couchant, songeant au périlleux ennui auquel je cherchais à échapper.

Le soleil, à peine congestionné, peinait encore plus qu’ailleurs à éclairer de ses feux agonisants le mail que la petite ville balnéaire s’empressait d’offrir aux touristes. Leurs misérables visages, coques de crabe corail,  avaient été dans la journée passés aux fers de la vieille Angleterre et ils luttaient contre les démangeaisons qui ravageaient leur épiderme de crème sans café.

Malgré l’abominable vétusté des lieux, une atmosphère légère, comme de la gaze opalescente flottait le long de la promenade aux Anglais. Pétrie d’ennui, j’entrepris de compter les canotiers à la blancheur parfaite qui déambulaient côte à côte.

A ma droite, la baraque en iroko marron foncé d’un primeur de fruits exotiques dégageait une odeur de fraise et de framboise écrasée qui se mêlait à celle plus écœurante des melons herbeux dont la pulpe avait dû rester au secret bien plus que de raison.

À ma gauche, quelques parasols défraîchis, dont les nuances passées, myosotis et lilas, donnaient à cette plage une allure de vieille rombière anglaise aux dentelles jaunies, se mourraient d’ennui attendant qu’un cœur esseulé veuille bien leur compter les pétales.

Une fois la grenade explosée, je m’amusai à inspecter les pieds des passants tout en détaillant leurs espadrilles rutilantes. Quelques adeptes de l’ Ã©quipe de Liverpool se partageaient entre le rouge et le vert. Quelques téméraires arboraient du vert olive, d’autres un bleu aux couleurs de Chelsea.

 

Le modernisme avait eu cela de bon qu’il avait enfin réussi à reléguer aux oubliettes des caves de bourgogne les teintes fades d’autrefois. Voici qu’aux orteils décontenancés s’offraient des horizons extrêmes.

Si je m’en étais tenue à mes projets de voyage en Pays Basque (bien m’en aurait pris), il n’aurait plus manqué que les feuilles de mes cerises pour transformer le pavé en feu d’artifice pour vacanciers déconfits. Peu à peu lassée par l’odeur et par mon jeu faussement patriotique, je dirigeai mon regard vers la mer sur laquelle quelques coques de noix faisaient comme une myriade d’yeux au beurre noir puis me mis en tête d’estimer ce qu’allaient me coûter ces vacances stupides.

Mon esprit vagabondait, estimant les billets verts que j’avais dû changer tout en fouillant des yeux la nuit qui s’avançait.

Je fuyais la lumière du jour, mais celle de la nuit me renvoyait l’échec de ma vie sentimentale. Avec mon teint d’aubépine (même s’il était aussi ténu que celui d’un malheureux timbre-poste), je n’avais aucune chance d’attraper un gros musclé à la peau chocolat.

C’est alors que j’aperçus dans le reflet d’un impérial anglais le visage empourpré d’un homme inconnu  me fixant béatement derrière la paroi transparente d’une vieille cabine téléphonique. Je transperçais les parois grenat qui palpitaient  sous la lumière des réverbères qui venaient de se mettre en route et soupesai ma proie.

Émerveillée par la vigueur de ses joues écarlates qui trahissaient son embarras, je fis semblant de m’intéresser aux mouettes-sénateurs, blanches et rieuses qui traversaient tardivement l’espace, tout en me demandant si je devais un tel intérêt à ma terriblement excitante robe coquelicot.

 

PS : ma participation à ces sacrés sympas d'IMPROMPTUS bien entendu !

Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /2009 17:18

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Commentaires

voilà un style tout a fait exceptionnel. L'art de la description..
Jolie danse des couleurs...
Et mêmes imposés, les mots reste joyeusement mêles.
Commentaire n°1 posté par Henriette Mauvaise-Foi le 05/04/2009 à 11h39
Merci Henriette...je n'arrive pas à savoir si vous êtes vraiment une fille ce qui vous a valu la fin de mon dernier commentaire (pépère - mémère) en regard de la photo affichée sur votre blog... mais les commentaires sur le dernier poème uperccut m'ont soudain fait douter...
Mon style se cherche.. moi je le trouvais très cahotique ce texte, mal foutu à vrai dire à cause de la consigne imposée en fait... mais bon... je m'amuse, je m'amuse...
Réponse de Soleildebrousse le 05/04/2009 à 23h09
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