En entrant dans le couloir, il aperçut le chapeau qu’il lui avait offert l’été précédent. Il se trouvait suspendu à la patère,  le long du mur. Il s’avança, déposa ses clefs sur le meuble de l’entrée et contempla la ribambelle de coccinelles délicatement reproduites sur le liseré. La paille s’était assouplie. Elle se soumettait à la caresse dans la lumière douce du bronze ancien. Le couloir sentait bon. Il avait toujours aimé cette odeur.

Une porte donnait sur sa chambre. Le lit en était vide. Il observa la lourde couverture. Elle tenait absolument à son couvre-lit, quelle que soit la saison. Il détourna les yeux. Près du placard, une paire de bottes crottées. Aux semelles, quelques feuilles sombres, aspirées par ses marches forcenées. Il inspira puis expira. Elle avait dû faire un peu de jardinage. Il avança. Un bouquet de lilas mauve se trouvait coincé sous son bras. Il portait entortillé au bout de ses doigts graciles la ficelle dorée d’une boîte à gâteau. La cuisine se tenait au bout du couloir. A son entrée, la lumière du jour enveloppa sa grande silhouette dégingandée. De longues parois de verre cernées de plomb laissaient entrer un bout de jardin. Se saisissant du vase planté au milieu de la table, il entreprit d’ouvrir le robinet de l’évier immaculé. Il le remplit consciencieusement puis y plongea les fleurs.

Malgré son absence, il identifiait soigneusement son odeur. Ça sentait la tempête et la mer, les algues et le vent joyeux. Il vérifia ensuite qu’il n’avait pas oublié les bougies. Huit. Huit petits paquets. Soulagé, il inspira de nouveau dans un grand mouvement de poumons. Sa joie ne connaissait plus de bornes. Un sourire lui barrait le visage. On lui aurait donné quinze ans à peine.

Enfin, il entendit des rires et des piaillements au fond du jardin. Il plia son buste maigre, plissa un peu les yeux et l’aperçut près du potager.

Son corps léger s’encadrait dans la petite porte en bois. Elle tenait une conférence aux merles à bec jaune. Le cœur joyeux, heureux comme un enfant, il ouvrit la porte-arrière et partit à la rencontre de sa mère.

 

Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /2009 21:30

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Commentaires

Bonjour Soleil, oui, j'ai passé un temps fou à lire les textes et à commenter mais c'est difficile de ne pas lire quand on voit qu'il y a un nouveau texte en ligne...

Bonne journée
Sandy
Commentaire n°1 posté par Sandy le 30/03/2009 à 12h51
Soleil, à force de voir mention des "Impromptus" chez toi... j'y suis allée et j'ai participé au thème cette semaine ;-)

Il me reste encore à lire tous les autres textes d'ailleurs!!!

Sandy
Commentaire n°2 posté par Sandy le 24/03/2009 à 14h13
Merci Sandy ! fais attention, les impromptus prennent beaucoup de temps... j'essaie de lire en deux ou trois fois, pas plus... autrement je ne lis plus personne d'autre ! :)
Réponse de Soleildebrousse le 28/03/2009 à 20h38
j'aime beaucoup la façon dont tu promènes le lecteur... il se croit parti vers un anniversaire enfantin et découvre qu'il s'agit d'une vieille dame. Je me suis faite avoir, j'ai pensé à 1 bougie = 1 an en omettant qu'elle peut aussi symboliser 10 ans!

Bonne journée!
Sandy
(PS, grâce à toi, j'ai découvert les "impromptus", merci!)
Commentaire n°3 posté par Sandy le 24/03/2009 à 10h53
Oui, Sandy ! viens aux impromptus, tu ne peux pas imaginer comme cela me fait un bien fou et me permet de penser à d'autres textes, paisiblement sans croire que mon envie d'écrire s'en est allée...
Réponse de Soleildebrousse le 24/03/2009 à 14h10
l'amour revêt tant de formes; autant de formes que d'êtres aimés. le tout est s'y retrouver...
Commentaire n°4 posté par caro le 24/03/2009 à 09h58
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