- Fais-moi la courte échelle, murmura l’enfant.
L’homme s’abaissa légèrement et entrecroisa ses paumes ouvertes. L’enfant l’agrippa par le cou et se hissa d’un seul mouvement léger vers la trappe percée au milieu du plafond. L’homme avait tendu les bras pour guider son effort. Le visage crispé par la tension, sa barbe grise le fit soudain paraître encore plus vieux.
- C’est bon, j’y suis, dit l’enfant dans un souffle. À demain !
Accompagnant ses derniers mots, il saisit le panneau de bois et le fit glisser doucement sur l’ouverture. Il accomplissait exactement ce qu’on lui avait demandé de faire.
De nouveau le silence emplit la pièce. L’homme leva la tête vers les vieilles poutres puis tourna les talons et les épaules affaissées, il sortit.
Sur le palier, sa main hésita au moment où elle lâchait la poignée de porcelaine gravée de bleu hollandais. Il s’éloigna comme à regret et descendit l’escalier d’un pas lourd.
Elle n’allait pas tarder à rentrer. Il lui fallait faire vite, ils avaient perdu un peu de temps aujourd’hui.
D’un rapide coup d’œil, il examina méticuleusement la cuisine et découvrit un crayon de couleur qui avait roulé au pied du réfrigérateur. Il s’empressa de le ramasser et le glissa consciencieusement dans le tiroir du vieux bahut. Son nez délicat, malgré la ronde des années, percevait encore l’odeur tendre de l’enfant, sa peau de crème et cette douceur laiteuse si particulière à qui aime embrasser dans le cou. Il fouilla dans le placard au-dessus de la gazinière et entreprit d’effacer les derniers effluves avec le spray artificiel. Les battements de son cœur avaient légèrement accéléré.
A dix-huit heures, il entendit le moteur qui s’engageait dans la cour. Cinq minutes à peine et elle ouvrait la porte en grand. Le froid s’engouffra et l’homme ne put retenir un frisson.
Tout en jetant son sac d’un mouvement violent sur la grande table, elle demanda :
- Alors, abruti, tu as encore passé ta journée à ne rien faire ? J’espère que le gosse s’est tenu tranquille et que tu n’es pas allé l’embêter. De toute façon, ça va pas durer, j’ai trouvé un moyen pour m’en débarrasser. Manquerait plus que les pouvoirs publics viennent mettre leur nez dans nos affaires ! je t’avais dit de t’retenir ! j’’avais dit que j’en voulais pas de moutard !
L’homme se contenta de baisser la tête.
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