Partager l'article ! Une enquête de Catherine D. - le départ -: Le départ Si elle continue à me regarder comme ça la vieille bique près ...
Le
départ
Si elle continue à me regarder comme ça la vieille bique près de la fenêtre, je vais lui faire avaler son dentier, ça va lui ravaler la façade.
J’ai beau essayer de me concentrer sur ce que je tiens entre les mains, je n’arrive pas à faire abstraction des regards
qui ne cessent de balayer mon corps depuis que je me suis installée dans le compartiment. Faut dire que je suis une sacrée grosse, obèse même ! …mais drôlement jolie du visage. Ça va faire
huit ans maintenant que j’ai décidé de disparaître.
Se rendre méconnaissable ça fait partie du packaging que je me suis choisi le 31 décembre 1999 au moment où j’ai définitivement quitté mon domicile et mon ancienne vie. La prise de poids, y a rien de tel pour vous donner le don d’invisibilité. Je sais de quoi je parle, j’ai été criminologiste….La seule chose qu’on retiendra de vous, c’est la quantité de place que vous avez prise aux autres.
Tout en haussant les épaules, je fusille du regard la fausse blonde qui me fait face et je replonge mon joli nez dans mon dossier graisseux. Pour la énième fois, je relis le nom et l’adresse sur l’enveloppe. Il y a quinze jours, j’ai découvert le tout sous le porche de l’hôtel particulier où je crèche depuis le début de l’automne.
A Paris, tu as intérêt à faire vite si tu veux avoir une place au chaud pour l’hiver. Marie Planchon, 16 rue Montevideo, 75016 Paris.
C’est une invitation pour se rendre à un week-end de retrouvailles. Il ne m’a fallu pas plus d’une petite huitaine pour l’identifier, la Planchon, en me planquant près des boîtes aux lettres.
Faire le sous-marin pour une baleine comme moi échouée dans le quartier, ce n'est pas des plus faciles ! Mais malgré mon pitoyable statut de SDF, je n'ai pas perdu mon radar. Avouons que baleine ou pas, quand t’as bossé pour la criminelle pendant dix ans, t’oublies pas tes vieux réflexes du jour au lendemain.
Le dossier, je l’ai extrait de la poubelle devant l’immeuble alors que je cherchais quelques astuces pour améliorer mon confort quotidien. On peut changer de vie, plus difficilement d'habitude, c’est un secret pour personne.
Si au lieu de s’occuper de ses saloperies de multinationales qui font pencher toujours la planète du même côté mon mari, avait ne serait-ce que deux idées qui se suivent à mon sujet, cela ferait sûrement un bail qu’il m’aurait remis la main dessus.
Je n'aime pas le changement. Je dirais même mieux, je déteste tout ce qui vient perturber mes habitudes. Et si je
m’emballe pour un week-end en Sologne, c’est moins par envie de promenade que pour satisfaire mon penchant à dénouer ces intrigues tortueuses que les gens mettent des siècles à mettre au point et
que de fatales erreurs dénouent en un rien de temps (tu parles d’une « fatal error » ! ).
La fille qu’invite tout le monde, elle s’appelle Céline. Pourtant le beau monde qu’elle a invité, c’est pas du plus pur si j’en crois ses notes que je viens de lire en tournant les pages du dossier. Vous allez vous demander comment j’ai fait pour prendre le train et mettre ma carcasse dans un vêtement correct section taillissime d’un catalogue connu ?
A la fin du dossier, j’ai trouvé une nouvelle enveloppe dans laquelle étaient soigneusement pliés cinq billets de 500 euros. La vache, c’était plus qu’il m’en fallait pour me payer une bonne tranche de rigolade. Je n’ai eu plus qu’à prendre le train afin de rejoindre le château pour quadragénaires en mal d’affection. Ça doit quand même faire deux cents kilomètres de trajet, ce qui me laisse largement le temps de continuer à étudier le dossier.
La petite Céline a eu beau préciser, tenue de plongée exigée, je sens bien que c’est pas que de l’eau bleue qu’on va devoir traverser. Et moi la boue, j’aime ça, j’ai pas un air de Peggy la Cochonne pour rien.
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