4. D’ailleurs, faut que j’y aille. J’embrasse Marie dans le cou et je lui dis que je lui écrirai. Quinze jours, ça passera vite. Pourtant, sans bien comprendre pourquoi, j’ai peur qu’elle m’oublie. Elle me recopie son adresse sur un petit bout de papier. Je l’enfonce dans la poche de mon blouson et je lui fais un dernier baiser. Je file tour dans la cuisine pour dire au revoir à sa mère. Ses frères sont déjà partis par le train. Allez, je m’échappe. J’ai le cœur serré, mais pas envie qu’elle le sente. La porte claque, je dévale les escaliers à toute allure.

Dehors, la nuit est tombée. Mon immeuble est à quelques mètres du sien. Sous mes pieds gelés, les graviers roulent de part et d’autre. J’ai le temps de sentir l’humidité s’infiltrer. Mes chaussures sont trouées aux jointures. Le collage n’a pas tenu. Ce sont des fausses. Pas d’argent pour m’en payer des vraies. Je lève le nez, cherchant à voir si ma mère est dans le salon. Les appartements sont éclairés. Ça clignote à tout va. Certains rebords croulent sous les guirlandes. Un ou deux Pères Noël en plastique rouge s’évertuent à tenter l’ascension de la façade. Je n’aime pas Noël.  Chez moi, le sapin est synthétique à cause des aiguilles de pin qui pourraient s’incruster dans la moquette tout aussi synthétique. Je réalise que le côté ouest est plongé dans l’ombre. Rien n’est allumé. J’accélère le pas.

Tout est humide. Quelques boules de houx font tache dans les recoins sous les balcons des premiers étages. Le rouge vif me rappelle la souffrance qui me picote le cœur ces temps-ci. J’ai un peu peur de ce que cachent les feuilles luisantes. Un dernier regard vers la cuisine de Marie et je m’engouffre dans le hall. Je grimpe les cinq paliers beaucoup plus lentement maintenant. En entrant dans l’appartement, pas un bruit. Il ne me faut pas longtemps pour comprendre qu’il n’y a personne. Ma sœur n’est pas rentrée non plus. Dans la chambre de ma mère, un mot. Elle est partie pour quelques jours. Je ne dois pas m’inquiéter. Elle nous appellera. C’est trop dur pour elle. Elle a laissé vingt euros à côté de la feuille griffonnée. Mon premier réflexe est de retourner chez Marie. Et puis, je m’affaisse contre le rebord du lit.


[....  ] à suivre
Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /2009 18:50

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Recherche

Derniers Commentaires

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés