Partager l'article ! CONTE de Noël (3): 3. Pour le moment, on en est sacrément loin. Je me contente de consommer tout ce qui passe à ma portée. C’est simple. ...
3. Pour le moment, on en est sacrément loin. Je me contente de consommer tout ce qui passe à ma portée. C’est simple. Je ne suis pas difficile. Tout ce qui a deux jambes et deux bras pour me serrer me convient. A leur âge, une fille qui s’offre, c’est une chance qui ne se produit pas souvent.. Une fois que je me lance, les séduire devient un jeu d’enfant. Je conclus vite fait et je tiens une semaine. Après je renonce et je les préviens que je n’irai pas au-delà.
Jusqu’à aujourd’hui y en a pas un qui s’en est plaint. Ils ont ce qu’ils veulent. Et sept ou huit jours, pour eux c’est bien. Pour moi, c’est suffisant pour en avoir assez de leurs mains qui se baladent là où je n’en ai plus envie.
Du coup, j’ai entamé une liste. Je l’ai décorée à ma façon. C’est joli. J’inscris leur prénom et leur âge. Je fais des fleurs et j’entoure le tout d’arabesques. Je l’ai cachée dans une vieille boîte à bonbons. Ça durera ce que ça durera. De toute façon, je ne souhaite pas qu’il y ait quelqu’un dans ma vie à part Marie. Pour être tout à fait honnête, il faut quand même que j’ajoute que les garçons qui me plaisent ne s’intéressent absolument pas à moi.
Ils sont nuls. Alors avec eux, j’instaure des rapports de force. Ce que je préfère, ce sont les contacts frontaux. J’ai même acquis la réputation d’avoir une grande gueule. Quand on me cherche, je réponds. Je prends ma place là où j’ai envie de la prendre. Ils n’apprécient pas vraiment ça. Je crois que je leur fais peur. Je rêve d’une autre vie.
Marie, elle n’est pas comme moi. Elle aime bien les garçons. Parfois y a des grands qui sont attirés par elle. C’est normal, ce sont les copains de ses frères. Ils ont une façon différente de la voir. On se ressemble sur ce point eux et moi.
Pouvoir l’écouter parler, c’est un véritable bonheur. On sent tout de suite la maturité dans l’ombre de son physique de bébé attardé.
Tout est petit chez elle. Ses seins, ses hanches, son bassin. Elle doit enfiler du 34 alors que je passe mon temps à osciller entre le 40 et le 42. J’ai l’air obèse à côté d’elle. Dans les magasins pour mon âge, il n’y a rien qui me va. Derrière le rideau, j’entends ma mère qui désespère avec la vendeuse. Alors, moi, j’ai encore plus de mal à remonter la fermeture éclair de mon jean. Comment je pourrais me sentir bien avec ce qui se passe à la maison ? je mange comme quatre de tout et de n’importe quoi. Mon repas préféré c’est du pain, du beurre et du sel. Je ne contrôle pas grand-chose. Du coup, ces jours-ci, je grossis à vue d’œil.
Marie et moi, quand on monte à deux sur son scooter, mieux vaut qu’elle se mette derrière autrement on a l’air de Laurel et Hardy. On est ridicules.
Dans les inconvénients majeurs, ajoutons qu’on ne peut pas même pas se prêter nos fringues. De toute façon, elle a déjà un style et moi je contente de porter ce qu’on daigne m’acheter. On ne me cède sur rien. Elle, c’est pas pareil. La maladie lui fait bénéficier d’une certaine indépendance. On l’écoute, on lui offre ce qu’elle désire, on la laisse faire ce qu’elle veut. Pas moi. Ma propre liberté se résume à traîner où bon me semble entre le repas du matin et le repas du soir. Ma mère bosse toute la journée et ma sœur se contrefiche de mon existence. Elle a sa vie à maintenir à flot. Personne ne s’inquiète de savoir ce que je fais, où je suis et avec qui je suis. La seule chose qu’on me demande, c’est d’être à l’heure aux repas.