2. Je grimpe les étages à toute volée. Je n’aime pas les ascenseurs. Ils puent le plastique et les manteaux jamais lavés. Alors, j’escalade mon petit Everest à moi et je me fais des cuisses d’enfer. À chaque nouveau palier, je souffle un peu plus fort. Six tours, j’en ai encore le tournis, mais je suis déjà devant la porte. Demain, Marie s’en va. Elle part voir son père. Quinze jours à Noël, quinze jours en été. C’est pas beaucoup, mais pour le peu qu’il s’occupe d’elle, c’est suffisant. Parfois, elle en parle quelques minutes en levant les yeux au ciel. La maison, la télé, la belle-mère et le dernier enfant. Il n’y a pas trop de place pour elle et pas plus pour ses frères. Si bien qu’elle accepte d’y aller de moins en moins souvent et surtout de moins en moins longtemps. Elle dit qu’elle n’a pas besoin de père, ses frères lui suffisent. Moi, je ne sais pas, j’ai une sœur mais c’est pas vraiment une sœur comme on aurait pu en espérer avoir une. Et puis pour mon père, je n’ai pas encore choisi si je le veux comme père ou pas. C’est un inconnu qui va et vient. Il n’aime plus ma mère. Je crois qu’il a quelqu’un dans sa vie depuis des années. Je m’en fous. J’ai jamais compté sur lui.

Après le balcon, on a l’habitude de s’enfermer dans la salle de bains. Samedi, on a fait un raid en ville. Le jeu, c’est de remonter la rue et de piquer au moins un truc dans chaque boutique. Je ne réussis pas à tous les coups, mais je m’en sors plutôt bien. J’accumule mes achats au fond des tiroirs. Cartes postales, tubes de rouge, fard à paupières… Aujourd’hui, on prend notre temps et on se maquille. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, on reste dans le léger. On n’est pas fans de gothique. Ça ne colle pas avec ses cheveux de paille et moi, dès que je me mets les yeux charbon, j’ai un air de chien battu qui me désole.

Le visage de Marie est fin, un peu masculin. Elle est menue. Il lui faut des heures pour avaler un pain au chocolat alors que je dois me freiner pour ne pas dévaster la poche qui en contient une dizaine. Chez moi il n’y en pas. Ma mère n’aime pas ça. Elle dit qu’elle n’a pas d’argent à perdre. Mais c’est pas pour autant qu’elle me ferait un gâteau. Elle ne sait pas cuisiner. Moi, si j’ai des gosses un jour, je me suis juré que les placards crouleraient sous tout ce qui est inutile. Et moins on en aura besoin et plus j’en mettrai, quitte à tout donner une fois ou deux l’an à tous les mômes du quartier.

 

Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 19:15

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Commentaires

quelle description réaliste d'une jeunesse désespérée qui se cherche, je file à la 3ème partie!
Commentaire n°1 posté par Sandy458 le 22/12/2008 à 23h48
j'ai dégluti, même pas vomi, juste une boule qui arrive en 2e partie qui n'est pas près de se faire oublier. décidément, oui : le maquillage, très peu pour toi. je t'embrasse, et pas qu'une ou deux fois par an.
Commentaire n°2 posté par emmanuelle grangé le 20/12/2008 à 14h12
j'attends le dessert...
Commentaire n°3 posté par babel le 20/12/2008 à 11h20
...(je repasse pour la suite)...
Commentaire n°4 posté par Maximus Bob2Bob le 20/12/2008 à 10h12
Ecrire un commentaire - Par Soleildebrousse

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