Vient toujours le moment où elle s’attache. C’est forcément insidieux.
Un mot, un regard et certainement un contact.
Une main, une légère impulsion du coude, une mèche de cheveux qu’elle déplace, comme ça, juste pour mieux voir au-dessus de leur tête ou en arrière de leur dos.
Un souffle.
Le mouvement des choses reste imperceptible. Mais, elle sait quand déjà tout a basculé. C’est une sensation étrange.
Une altération involontaire du jugement.
Une douce conviction.
Une fusion de ses sentiments les plus contradictoires.
Elle regarde et d’avance elle sait désormais que cela ne peut plus être pareil.
La distance s’est amoindrie. La voilà qui a peur de perdre ce qu’elle n’a pas encore eu, ce qui n’est pas quantifiable.
La voix se fait plus chaleureuse, la lucidité se voile légèrement, la volonté s’étiole. Ils sont là, en face d’elle et elle ne peut plus oublier qu’ils sont de chair et de pensée. Son intuition lui
souffle qu’elle se trompe.
Un jour, ils la laisseront et l’abandon sera unilatéral. Ses inclinations doivent rester à l’état de larves.
La fibre palpite en retrait de l’épaisseur matérielle de la peau. Elle ne doit pas succomber. Cela fausserait son analyse.
Elle refuse les attaches et les confidences.
Elle s’est blindée. Cela a pris du temps.
Travail minutieux et patient. Travail de survivant.
N’empêche qu'au moment où elle s’attache, le miracle s’est déjà produit.
Un petit prodige de rien du tout. Celui qui vient briser la banalité des jours.
Ils passent depuis quelques mois l’un derrière l’autre sans que quelque chose se réalise. Un vide sidérant de réchauffé saupoudré de redite.
Se lever, travailler, manger, se coucher.
Elle, elle a toujours aimé que la vie lui joue des tours.
De bons tours, bien entendu.
Les mauvais tours, elle les laisse volontiers aux premières pages des journaux.
Les tressaillements de son âme la ravissent à l’infini.
Mouvements alternatifs qui la font être.
Samedi 6 décembre 2008
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