Dans la cour de l’école, les stands semblent avoir été installés sans ordre établi. Le vent s’est levé. Juin est maussade. Je n’ai aucun mal à me
déplacer dans la foule. C’est encore un peu vide. Au bout d’un moment, je me dirige vers les marronniers plantés en plein milieu, à l’ancienne. J’ai la vision fulgurante d’un coup en pleine
poitrine. Je vois une enfant sans souffle comme morte. Une éternité de secondes où je me suis retrouvée asphyxiée par la violence du heurt. Je grince des dents à l’évocation du souvenir. Le jeu de
quatre coins aurait pu mal tourner, mais il se réduit ce jour-là à la simple connaissance d’une nouvelle douleur, différente.
Un peu plus loin, cinq ou six canards en plastique se bousculent dans une piscine pour enfant. C’est une petite débandade de rien du tout, un simple jeu où il faut attraper l’anneau de fer blanc
planté dans la tête un peu molle des figurines moulées. Les canards sont neufs, leur jaune éclatant attise l’envie des tout-petits. L’enjeu est pourtant à lui seul une véritable épopée. Terrible
épreuve que cette pêche quand on n'a que trois ans.
Sur la droite, j’aperçois un vieux parc aux boules de bois décolorées. Machinalement, je détaille – bleu layette – vert espérance – rose de fillette pâle et fine. Des couleurs convenues, des
couleurs qui n’engagent en rien l’avenir de celui qui a résidé dans le parc. On y a déposé cinq lapins complètement amorphes.
Mais je détourne les yeux et poursuis ma quête. Ce que je cherche ne m’apparaît qu’un peu plus tard. Il est là, attentif et aide un enfant. Je le regarde le guider vers les petits paquets
soigneusement pliés en triangles isocèles. L’encre des journaux a dû tacher les doigts impatients de nouer les cordons des ficelles. Les cannes, longues tiges de bambous - (où a-t-on bien pu les
trouver dans ce vieux quartier ?) – s’emmêlent déjà, posées en vrac contre les barrières métalliques placées en carré.
Je reste immobile, attendant de voir quel sera le premier trésor qu’on a pris soin d’enfermer dans ce papier un peu moche. Qu’importe, à l’intérieur, la surprise peut être un trésor. Je n’ai pas
l’occasion de le savoir, l’homme se tourne vers moi et me dévisage. Mal à l’aise, je recule et me dirige vers un chamboule-tout. Les figures farcesques me ricanent au nez.
Mardi 17 juin 2008
2
17
/06
/Juin
/2008
13:55
2
Derniers Commentaires