4. Notre itinéraire se poursuit. On longe le grand boulevard. Aux abords des quartiers résidentiels, les premiers passagers abandonnent le bus. Les paupières font un minimum de mouvements pour trouver leur chemin puis dans leur mutique silence, les ombres colorées s’empressent de franchir les barrières de contrôle après s’être fait reconnaître. Une légère agitation. Au cœur de l’étroit espace social, chacun se repositionne, prend de nouvelles distances.

Je nous vois comme des animaux capables de se battre si l’un d’entre eux franchissait cette sorte de limite qu’on appelle la limite de courtoisie. A l’égal de ceux qu’on appelle les animaux sauvages, nous sommes des monstres en puissance, prêts à s’entre dévorer. Nous n’avons de frères que le nom. La réalité dépasse la fiction et es jours qui viennent de s’écouler viennent de le prouver. Le prix des aliments de base a augmenté, certains – les plus pauvres parmi les pauvres – ont accepté de travailler pour des salaires encore plus bas que ceux qu’on alloue honteusement aux petites gens. Deux événements qui permettent d’affirmer que la limite a été franchie. Ceux qui faisaient semblant de supporter les malheurs dans lesquels on les enferre, ont cru de nouveau avoir trouvé la solution à toutes leurs souffrances. Les corps se sont gonflés, les mains sont sorties des poches, les regards se sont ouverts comme des projecteurs braqués dans la nuit.

Armement pour êtres désarmés. Ça tranche et ça coupe, ça chasse et ça lynche. Dans toute la ville, la colère s’agglutine en masses indistinctes. Les voix s’élèvent, il faut courir vite ou mourir. Dans les beaux quartiers, on ne dit rien, on laisse faire, on attend de voir si ça calmera le peuple. Le gouvernement a fermé les yeux le temps qu’il fallait. C’est si facile de lâcher un peu de lest quand on sait qu’on maintient fermement la laisse. Le lion ignore la limite, il se croit libre et rugit sur l’autre bête pour protéger son territoire. Rarement, il se retourne contre son dresseur.

J’ai peur pour lui. Je sais qu’il n’est pas d’ici. Un teint clair comme on dit de ceux qui se rapprochent le plus des blancs. Le bus repart. Quelques mètres et le voilà qui pile net. Des pneus enflammés barrent la route. Dans la brutalité de l’arrêt, ce que j’avais imaginé se produit. Je suis propulsée contre lui, son sac tombe et je me retrouve plaquée contre ses bras.

Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 00:00

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Commentaires

:) depuis que je connais ton site, je suis fan, mais vraiment et du coup, je me dis que ce que tu écris est vraiment magnifiquement bien écrit...j'espère un jour arriver à ta hauteur ! Merci encore Matrouchka
Commentaire n°1 posté par Matrouchka le 29/05/2008 à 22h12
Ecrire un commentaire - Par Soleildebrousse

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