V-

 

Autour de lui maintenant, les bruits commençaient à s’estomper. Les promeneurs alanguis par la torpeur ralentissaient le pas. Son esprit ne discernait plus que le chuintement des arroseurs automatiques qui venaient de s’enclencher en cette fin d’après-midi et dont le mouvement régulier relançait sa rêverie. Quelques cirrus étaient apparus dans le ciel tantôt uniformément bleu. Il savait qu’ils n’étaient pas annonciateurs de pluie et son regard se mit à chercher dans les filaments blancs d’autres images.

L’adolescence avait compliqué leur relation mais il était toujours revenu. Chaque nouvelle saison, le souvenir du jardin remontait en surface et il répondait à son appel. Il venait seul. Un train, répétitif voyage en solitaire et il la retrouvait. Immuable en sa blondeur. Tout petit, il l’avait qualifiée un jour de blonde platane et c’était resté entre eux comme un fil de dérision un peu magique.

De même qu’en ces jardins inconnus, on entrait dans la propriété par un étroit portail noir à double grille. On dévalait ensuite une allée en pente forte. Elle menait à la maison entourée d’une grande terrasse blanche. Edifiée au creux d’une ancienne carrière de pierres de taille,  de tout côté, elle était le point central d’un damier de petits jardinets isolés les uns des autres par des haies de genévriers aux piquants redoutables. L’hiver il fallait saler l’étroite côte pour pouvoir s’extraire du lieu enchanté - endormi sous la neige. Au printemps, les lilas blancs et mauves accompagnaient son arrivée et c’était de grandes brassées qu’il lui offrait, tout gonflé d’importance. L’été, les aiguilles sèches des grands pins maritimes faisaient craquer ses sandalettes de cuir. Il ne venait jamais en automne, tout simplement parce qu’il n’y avait pas de vacances en cette saison-là.

Il pensa qu’il avait fait le tour de ses souvenirs aussi vite que le tourniquet de l’arroseur. Comme dans une roue de loterie, sa pensée oscilla puis revint se poser sur une saison particulière.

Oui, c’était l’été qu’il préférait. Libre comme l’air, une fois les repas honorés, il faisait ce qu’il voulait. La propriété était fermée, il ne risquait rien.

Mardi 29 avril 2008 2 29 /04 /Avr /2008 11:50

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Recherche

Derniers Commentaires

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés