II -
             Le long du canal du quai la Fontaine, il choisit un petit bistrot et se dépêcha de déjeuner. La ville était encore agitée mais il savait que bientôt août viendrait modifier son rythme comme celui de toutes les grandes villes. Il ne resterait que quelques hommes d’affaires égarés et des nuées de touristes entoupinés de marmaille poisseuse. Pour l’instant tout était encore entre deux eaux. Les filles étaient belles. Les garçons déjà bronzés. Quelque chose fourmillait dans l’air. Peut-être était-ce dû à l’odeur entêtante des fleurs de tilleul qui lui agaçait l’esprit. Il se sentait des envies confuses sans bien comprendre d’où cela lui venait. Lorsqu’il eut avalé son café, il reprit sa marche tranquille le long du canal et se retrouva devant les doubles grilles du jardin. Pour avoir un peu feuilleté les brochures de sa chambre d’hôtel, il savait qu’il se situait au pied du mont Cavalier. En levant la tête il pouvait apercevoir la tour Magne. Tout autour son œil absorba une profusion de grands cèdres, de pins et de marronniers d’inde. Il s’avança et franchit le seuil.

             En ce tout début de l’après-midi, il se déplaça dans les allées du jardin inférieur, contemplant les statues, s’accoudant aux balustres pour observer les cygnes au bec menaçant. Quelques tout petits enfants accompagnés de leur mère ou de leur grand-mère, délivraient de fragiles découpes de pain dur, et les cygnes mollement s’en venaient honorer leurs minuscules oblations. Les graviers déposés dans les allées réfractaient la lumière et la plupart des promeneurs plissaient les yeux sous l’insoutenable intensité. Il dépassa une rangée de baraques à ballons. Des cerfs-volants pour enfants en forme de chats ou de coccinelles pendouillaient lamentablement contre les parois déjà brûlantes. Un peu plus loin, deux ou trois âniers ne cherchaient plus depuis longtemps à faire concurrence à la beauté des lieux. Seul maître au jardin, le ciel sans nuage paraissait vouloir tout  écraser de la puissance de son bleu de Rome antique.

            Maintenant poussé comme par une force invisible, il entreprenait l’ascension vers les terrasses supérieures. Sans pouvoir discerner quoi que ce soit de compréhensible, il entendit des bribes de voix au travers de l’enchevêtrement un peu magique des petits chemins dessinés par un l’architecte à l’humeur bucolique. Intrigué, il se dirigea vers l’écho. Au détour d’un buisson de myrte, sous les arcades de pierre luisante d’une enclave taillée à même la pierre, il aperçut la source de la ville, dédiée à Nemausus. Sous la grotte, une femme se tenait. Autour d’elle, quelques passants attentifs, de ceux pour qui le temps ne compte pas. [...]

Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /2008 10:36

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