Je suis comme ça. La première fois que j'ai compris ce que je pouvais faire avec, je me suis trouvé stupide devant mon écran. Elle était là, la solution. J'allais enfin vraiment pouvoir être celui que je n'étais pas. Depuis le temps que je vivotais d'un petit boulot à l'autre, je me retrouvais devant un mine de possibilités qui me laissait pantois. J'ai pris du temps. Je voulais tout comprendre. J'ai observé pendant des semaines. Au point où j'en étais, je n'étais pas pressé. Je ne dormais plus vraiment non plus depuis longtemps. Deux à quatre heures par nuit, juste le minimum vital pour ne pas devenir fou. Ça en aurait pourtant bien arrangé quelques-uns. Mais j'étais pas du genre à lâcher le bout de gras, même si parfois, il m'arrivait de lâcher prise. Faut dire que ce n'était pas donné à tout le monde de vivre comme je vivais. Une petite pension pas trop épaisse mais suffisante pour subvenir à mes besoins fondamentaux : nourrir mon esprit et mon corps. Pour le coeur, j'avais donné. C'était pas la bonne adresse de venir chez moi.
Le jour où je me suis lancé, j'avais les doigts qui tremblaient. J'ai créé mon personnage comme je serais allé me chercher un costume pour une noce de village. Pas trop noir, pas trop blanc. Un type qui aurait pu être monsieur tout le monde. J'avais le physique de l'emploi. Un peu rond, un peu costaud, la quarantaine assurément entamée. Somme toute, un homme ni mieux ni pire qu'un autre. J'avais décidé que je ne ferais pas dans le psychologique lourd, ni dans le poétique. Non, moi, ça serait la narration. Façon Tintin au Congo.
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