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On est mercredi. Un jour d’automne quelque part. Une année de plus dans leur vie à tous les trois.
L’enfant lève les yeux anxieux et l’interroge : vous en avez parlé à quelqu’un ?
L’homme perd contenance et ne sait ce qu’il doit lui répondre.
Oui, il en parlé à quelqu’un. Deux jours avant. A elle. Parce ce que ça lui a semblé important d’en parler à une femme. Il ne sait pas trop ce qui l’a poussé à le faire. Il ne trouvait pas cela trop lourd à porter. Non, c’était juste intriguant pour lui. Alors il est allé vers elle, et il lui en a parlé. Elle a hoché la tête et elle a dit –je vois-. C’est tout. La conversation s’est poursuivie dans l’aveuglement des murs silencieux.
L’enfant insiste. Dans son regard, soudain, l’homme comprend combien ce qu’il a pris somme toute pour une confidence- peut-être calculée- allez savoir avec les enfants, n'a plus rien d'anodin. Il sait qu’il doit le rassurer – là, tout de suite.
Il répond : Non, personne.
Sa réponse sonne faux, il le sent mais il affiche un visage presque serein. Il voit l’enfant se détendre et accepter de le croire, comme ça, parce qu’il est un homme, grand et plein de rigueur. Il est son professeur de mathématiques et dans les critères de l’enfant, on peut lui faire confiance. L’enfant satisfait repart.
Un peu plus tard, l’homme retourne la voir entre deux cours. Il comprend maintenant l’origine de la question de l’enfant. C’est à cause d’elle. Il découvre qu’elle est allée vers lui et l’a informé qu’en tant que professeur principal, elle souhaitait lui parler de son travail. C’est tout ce qu’elle a dit, de son travail, elle lui répète.
Entre deux portes, à mi-voix, on les voit qui chuchotent ce matin-là.
La mère si belle, si éduquée, si aimable. Une femme de l’Europe de l’est. Dynamique, séduisante, active. Polyglotte. L’enfant unique. Visage doux, frange sage qui repose sur les yeux francs et droits. L’enfant lui-même parle déjà trois langues, il n’a pas onze ans encore. Le français, il l’a appris en deux ans à peine et ne se débrouille pas si mal. Mais entre les voyages d’affaires de la mère et sa baba russe qui ne parle pas un mot de français, il a du mal à s’adapter à son entrée en 6°. Les résultats s’en font sentir. Les cahiers sont souvent oubliés, les exercices restent non faits. Quelques remarques ont fait leur apparition sur le carnet.
Alors il a prononcé les mots. Il était calme et constatait c’est tout.
Il a dit la douleur quand les doigts de la mère se referment sur son cou, le soulèvent et l’étouffent longtemps. Comme ça. Parce que le résultat escompté n’est pas arrivé, parce qu’une punition l’a remplacé. Il a répété qu’il était bien embêté, qu’il aimerait bien qu’on lui évite ça, désormais.
- Vous êtes sûr Monsieur, que vous ne l’avez dit à personne que ma mère elle est violente ? il reprend encore une fois ce jour-là.
L’enfant semble vouloir excuser cet inconvénient dans sa vie. Il sait que si ça se sait, ça va lui causer beaucoup plus de problèmes et il n’en a pas envie.
Alors qu’on entend la sonnerie qui retentit, ça chuchote encore entre les deux, dans ce couloir. On les entend à peine. Ils cherchent le mieux à faire pour l’enfant.
Le rassurer tout d’abord.
13 octobre 2007