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Sous le cerisier, le 1 mai 2008.
Mon amour,
Voici revenu le temps des cerises. Je suis
allongée sur l'herbe. Mon dos douloureux repose mollement sur un coussin de soie. De cette soie si rare et si chère que tu m'as rapportée de ces lointains pays où je n'irai jamais. Je porte
une belle robe blanche. C'est du coton. Il n'est pas aérien, il a la juste épaisseur des nobles matières. Epais, tendu, doux et rêche à la fois sous la caresse de la paume de main. Tu vois, je
suis là. Tranquille et paisible. D'une main, je tiens mon carnet, de l'autre je puise à gestes mesurés dans le panier d'osier que j'ai soigneusement calé à ma hanche, ronde et molle. Il est 16
heures. L'heure du goûter. Quand le fruit si joliment défendu entre en contact avec ma langue, je sens monter en moi, une exquise quiétude. Mes petites dents, restées toujours pointues, en
séparent d'un brusque mouvement de mâchoire, la divine harmonie. Alors, ma bouche s'emplit et je dois, folle que je suis, sous la poussée du sucre qui éclate comme une fusée de quatorze
juillet.... rougir de plaisir, à chaque nouvelle transgression .
Tout à l'heure, je viendrai glisser quelques noyaux à tes côtés. Qui peut dire alors si, près des grands cyprès, on ne verra pas un jour, les petites fleurs blanches fleurir ta tombe.
Ô combien tu me manques, encore et encore.
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