Je me souviens de ma première impression lorsque j'ai franchi le sas de l'avion, c'était comme une immersion soudaine dans
une salle de bains embuée...la première odeur fut celle de l'odeur de friture dans laquelle les petites vendeuses cuisent patiemment les tournant un à un à l'aide d'une écumoire, les petits
beignets à peine sucrés dont raffolent les enfants.
Je me souviens d'un homme qui m'a aidée à transporter mes commissions jusqu'au cinquième étage, un jour où une fois encore l'ascenseur de notre immeuble était en panne, il n'a rien voulu en échange
et a considéré ma demande presque comme un affront.
Je me souviens de l'impression négative que j'ai eue en regardant mes premiers paysages le long de la route qui menait à Bassam. Tous ces ocres et ces vert pâle de chaque côté, incapable alors que
j'étais de les différencier et de les apprécier.
Je me souviens d'un homme issu du petit peuple qui m'a demandé de remonter la longue file de personnes qui attendaient patiemment leur tour sous un soleil accablant pour pouvoir payer leur facture
d'électricité – je portais le couffin dans lequel dormait ma petite fille, à peine née.
Je me souviens de ma peur inexplicable lorsque je suis sortie seule les premières fois dans les rues du Plateau. J'avais l'impression que tous me regardaient.
Je me souviens de la pluie frappant avec violence les vitres, trombes d'eau, cataractes, bruits détonants qui transperçaient les fins d'après midi- la chambre plongée dans la presque
obscurité.
Je me souviens un matin de premier janvier, quatre petites filles enrubannées qui pavoisaient dans la rue de l'Abidjanaise. Une photo prise sur le vif en témoignera quelques années plus tard.
Je me souviens des cris des chauves-souris qui se juchaient -piaillantes -dans les grands arbres d'un boulevard du Plateau. Les nouveaux arrivants arrêtaient leurs véhicules et descendaient à la
recherche d'une panne qu'ils ne trouvaient jamais.
Je me souviens d'un passage à la douane, après un bref séjour en France et au cours duquel la préposée aux formalités m'a demandé tout sourire « alors chérie coco, on rentre au
pays ? ».
Je me souviens d'avions bondés où les cris et les pleurs de fatigue des enfants empêchaient les hommes d'affaires de se concentrer sur leurs documents et où les yeux rieurs des uns et des autres
cherchaient leurs connaissances et se saluaient joyeusement.
Je me souviens d'un départ terrible, 50 francs en poche, un cake à la banane et deux serviettes de bains de plage dérisoires... c'était mes seules richesses en cette nuit de souffrance où l'oeil de
la lune au travers du hublot me murmurait quelque chose que je ne comprenais pas...
Vendredi 4 janvier 2008
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