C'est la caresse de l'air qu'il préfère. Fenêtres ouvertes. Musique en sourdine. L'été s'est installé. Tout rayonne. La chaleur a envahi une fois encore l'atmosphère. C'est le miracle sans cesse renouvelé des saisons. L'émotion afflue.
Presque libre d'aller où il veut. Presque… il ne peut pas s'empêcher de penser à ce petit mot de rien du tout qui fait toute la différence.
Ce n'est pas une question de temps ni de moyen. C'est la vie qui veut ça. On n'est jamais vraiment libre. Il existe une sorte d'emprisonnement invisible dû aux fils arachnéens du quotidien. De temps en temps, l'état de grâce s'impose et tout est différent. La vie pulse à tout va dans les veines. Il sent, ressent et vibre aussi fort qu'à l'époque déjà incertaine où il ne savait pas ce qu'il voulait. Le sait-il aujourd'hui ? Rien n'est plus incertain.
Le corps désire la vie. La nature appelle à l'amour. Tout prend de nouvelles proportions. La couleur de l'herbe, son intensité, son odeur. La peau s'ouvre au plaisir. Il frémit et a envie de se mettre nu pour s'allonger sur le sol. Ce ne serait pas la première fois. Appel brut et à la fois enfantin d'une nature bienveillante. Une réminiscence au goût inchangé.
Il pianote d'un tapotement excédé sur la page du livre ouvert. Son regard se perd au bout de la mare insondable troublée du frôlement léger des libellules et des notonectes. Il ferme les yeux. Le livre est en attente, à peine abandonné sur les genoux du lecteur infidèle. Déconcentré, il se fait une raison. Il a l'habitude de ces soudains et furtifs abandons. Parfois futiles, parfois sévères.
Une fois de plus l'homme entre en lui. Il cherche et tâtonne. Introspection estivale. Molle agitation. Ces vacances sont si précieuses. La terre est là, si proche. Il en sent les douces vibrations au travers de la toile usée de la chaise longue. Libre ? C'est un concept un peu top compliqué pour lui. Il n'y pense pas trop souvent, juste ce qu'il faut pour se mettre en accord avec lui-même. Il sait que la marge de manœuvre est étroite. Les mensonges sont fréquents quand on cherche à répondre à ce genre de questionnements.
Dérangé par le malaise qu'il sent monter en lui, il s'agite sur la chaise et change de position.
Il a toujours revendiqué sa liberté mais la vie lui a appris à ses dépends qu'il fallait souvent plier pour ne pas rompre. Les coups, les bosses, les trahisons, les déceptions, les abandons, c'était le lot commun à tout revendicateur d'idéal. Mais de l'autre côté de la balance il savait aussi qu'on ne pouvait prétendre à la liberté qu'en saccageant autour de soi. Et lui, il ne le voulait pas.
Alors il a appris la patience. Les jours de honte, il s'est martelé le mot à s'en faire péter les tympans. Patience. Patience. Sois patient. Tout peut attendre. A l'intérieur tu es libre. Personne ne peut te prendre cela.
Il ouvre de nouveau les yeux.
Sa femme est là, tout près. Abandonnée. Il l'observe, yeux mi-clos désormais.
Les ronds lumineux sous les paupières opacifiées s'amenuisent imperceptiblement.
Le corps molletonné par la générosité des hanches, elle s'est endormie épuisée. Le carnet rouge à ses côtés.
Alors il reprend son livre.
5 août 2007
Le temps de voir et de comprendre.
:)
à part ça ça va ? :)