Partager l'article ! le hasard: Il l'a rencontré par hasard. Il ne sait pas comment. C'est venu comme ça, dans sa boîte email. Ça disait « nouvelle a pe ...
Il l'a rencontré par hasard. Il ne sait pas comment. C'est venu comme ça, dans sa boîte email. Ça disait « nouvelle a peut-être lire ». Y avait déjà une faute d'orthographe, ça commençait plutôt mal. Et pourtant il est allé voir et est tombé comme sous le charme.
Trop facile. Belle gueule et mots comme des rictus tordus en dérive permanente. Une écriture obsessionnelle et mal
fagotée. Mais une écriture quand même. Riche et saignante comme une bonne viande rouge. Il n'aime pas la viande.
C'était comme des insultes proférées par un enfant au travers d'un pare-brise arrière de voiture, un dimanche soir sur
le périf.
Il ne doit pas être le seul à l'avoir reçu, c'est ce qu'il se dit ce matin en ouvrant une nouvelle fois son courrier.
Il aimerait en savoir un peu plus, et en même temps regrette déjà. Il aimerait savoir qui a reçu, qui a lu, qui a détesté. Il ne sait rien et ne saura pas grand-chose, il le sait déjà au fond de
lui.
La vie le pousse d'abandons en abandons, de renoncements en renoncements. Exactement ce que d'habitude, il condamne
lui-même dans ses textes. Il se sent fatigué de toutes les dernières semaines qui se sont écoulées. Il aspire à se retrouver et à recouvrer un semblant de paix. Il ne sait même plus comment
il est entré dans cette spirale et ne sait pas encore comment il va en sortir. Il compte les jours. Il sait que c'est sa seule chance. Son coeur est soumis à rude épreuve et il lutte contre les
leurres. Sale lumière pour sales phalènes. Il sait que personne ne se connaît, que chacun se cache sous des masques permanents et variables comme la réfraction de la lumière sur les grands
marais.
Et pourtant à chaque fois il succombe. Y pourtant rien de vrai. C'est un monde de pulsions. Certains salissent les mots en les employant n'importe comment. D'autres font semblant. Mais lui il veut y croire. Il est comme ça. Presque pur parfois. Trop ambivalent pour qu'on lui accorde quelque crédit que ce soit. Les mesquineries sont partout, les sensibilités exacerbées pour certains, émoussées pour d'autres.
Il sait qu'il ne devrait pas passer sa vie à alterner les moments de calme et les moments où il est « border
line ». Mais c'est comme ça, il n'y peut rien. Il n'aime pas calculer La vie lui offre parfois des portes grandes ouvertes dans lesquelles- s'il le souhaite- il peut s'engouffrer. La plupart
du temps il résiste et il arrive à les longer sans se faire happer par les spirales combien tentantes des vibrations intimes et musicales. Pourtant il sait aussi que, peut-être, ce sont ces
portes ouvertes et offertes qui sont comme des signes. Luttes sourdes contre le sentiment éternel de solitude ou de lassitude devant toutes ces choses qui ne changent pas. Seulement il n'est pas
ce qu'il prétend être. Il pense au fond de lui qu'il est un arnaqueur de plus, rien d'autre. Son calme est un faux semblant, comme sa douceur ou ses sourires. Il est né en colère. Le monde
qui l'entoure le désole et le met à terre. Souvent il cherche parfois à hurler plus fort, juste pour faire taire le monde autour de lui.
La violence se tapit et elle le ronge en attendant son tour. Alors il se tord en permanentes souffrances et ses explosions terrifient ou apitoient ses adversaires. Rien ni personne ne pourra y changer quoi que ce soit, sauf peut-être l'être qui partage son existence et ramasse les morceaux de temps en temps.
Il voudrait tout prendre et s'y perdre le temps d'un mirage. Mais il referme la boîte aux lettres sagement et sait qu'il ne le fera pas. C'est pas le jour, ni l'endroit, encore moins le moment.
Il se sent un peu vieux.
24 août 2007
Une bise Caro.
Ton texte me touche beaucoup.
Il est bien écrit, il remue son lecteur enfin, ses certitudes, il exhume ce qu'il tait parfois dans son coeur.
En fait, je l'ai lu en me mettant à la place du personnage, comme si c'était moi. Et j'ai cru me voir en ces jours troubles.
Parfois, la fiction rejoint la réalité.
réponse de normande mais je n'en suis pas une...