Dans la pénombre de la chambre on n'entend que le bruit du petit tabouret de bois qui se déplace par moment. Quatre  pieds minuscules soutiennent la ronde et épaisse tranche coupée à même le tronc, qui supporte sans broncher le corps massif de la masseuse.

Elle est assise au niveau du sol. Ses formes voluptueuses de femme africaine débordent de part et d'autre du trop petit support traditionnel.

Sur le lit, la mère et l'enfant sont blottis et le nouveau-né continue à se nourrir alors que sur le corps de la mère, les mains expertes tentent de dénouer, une fois encore, par de savants pétrissages issus d'un savoir ancestral, le corps tendu qui lui est offert.

Yeux mi-clos, la mère se laisse envahir par les sentiments si étranges que lui procurent tout à la fois, la succion mécanique de l'enfant et les mains qui palpent et aspirent la chair encore douloureuse du corps qui vient de donner la vie.

Le souffle de l'enfant, à peine perceptible, vient se nicher par intermittence au creux des seins lourds, doigts de la main droite finement agrippés à ceux de la mère, main gauche recroquevillée contre la rondeur généreuse de la courbe.

Une illusion d'optique donnerait à un observateur invisible l'impression erronée que le sein de la mère est plus gros que la tête de l'enfant.

Il est tard, la nuit est tombée. Voici que la porte de chambre s'ouvre et qu'un autre enfant, à peine âgé de trois ans, entre et vient se blottir à son tour contre le dos nu et déjà huilé de la mère. Il glisse sa petite main sous le bras protecteur. Ce sont alors les petits cheveux qui chatouillent  et la bouche sucrée qui se colle contre la nuque alors que le ventre cherche à s'imbriquer dans la cambrure du dos.

Les mains apaisantes continuent leur besogne et par jeu se mettent à frôler tantôt la hanche de la mère, tantôt le dos du jeune enfant qui s'abandonne alors au double plaisir, celui de la caresse et celui d'être aussi proche du corps aimé que ne le permet la matière.

Un souffle au creux de la poitrine, un souffle dans la nuque. Sous la pression de l'un et de l'autre, la mère soudain, se sent enserrée dans un étau qui la submerge et la fait vaciller. Elle ferme alors les yeux et chavire de plein gré dans ce bonheur que procure le fait d'être si généreusement et surtout si inconditionnellement aimée. Son cœur s'arrête de battre. Un bref instant tout est suspendu.  Saisie, elle écoute, interdite ce qui arrive, là.

La scène vivante se fige en tableau.

Puis la vie reprend son cours. Epuisés, tous trois s'endorment et la porte se referme sur le départ de la masseuse expérimentée.

Elle seule sait, la fragilité de cette union - vieille comme le monde - d'une mère et ses enfants.

Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 12:59

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