Samedi 11 avril 2009


Quand à Pâques on achète une machine à coudre

Mieux vaut prévoir de longues heures pour découdre ;

Quand à Pâques on s'associe à « good-bye Juliet »

Mieux vaut penser qu’on va grignoter des miettes....

Quand à Pâques on s’achète ses premiers talons hauts

Mieux vaut compter embrasser bientôt le carreau !


Bref… bonnes pâques mes mômes…!


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Jeudi 9 avril 2009


Au bout du fil je me balance

Les yeux ouverts de tant d’attente

Au bout du fil le long silence

Et le bruit de mes vertèbres dissonantes

 

Je suis là, paisible et sereine

Le vent m’accroche à son haleine

 

Au bout du fil je me tortille

Au gris de mes paupières plissées

Au bout du fil ma destinée

Et le cri du rêve encore avorté

 

Tu me regardes, je te souris

Ma langue violette te fascine

O destin, ô mon cœur brisé

 

Au bout du fil, une fois de trop

Le silence - seul - répondait.

 



Pour les impromptus....
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Jeudi 9 avril 2009



Un texte inhabituel sous les doigts.. à consommer sans arrière-pensée, c'est juste un hommage...

 

Il avait un beau chien, un berger belge, Sultan. C'était en 19... Il était chouette. Ils  habitaient ensemble. Lui, il avait dix-neuf ans, le chien dix-sept mois. Pendant vingt mois ils sont restés ensemble.

Il avait fait un arrangement avec son boucher, tous les jours il lui filait un kilo de bidoche. Il le trouvait con, son boucher. Mais comme il ne payait que soixante sacs par mois, il  pouvait pas lui dire. Des fois, il faisait des scandales dans sa boucherie. Sultan n'avait pas le droit de rentrer, alors pour le faire patienter, il lui payait une entrecôte. Les vieux cons gueulaient au scandale. Alors il les insultait et il voyait que son Sultan était content. Le boucher, lui, du moment qu'il payait…

Faut dire que depuis tout gosse, il avait pas eu de chiens, ni d'amis. Ses vieux avaient divorcé quand il était jeune – six ans-, son père était militaire de carrière, vingt-six ans d'armée et toujours sergent-chef, heureusement qu'il avait été réformé, il pensait. D'façon, il avait tout fait pour. La honte de la famille. Sa mère, elle, elle faisait le tapin depuis plus de quinze ans. Il l'aimait bien. Elle lui avait toujours tout donné. Même plein de beaux-pères, il disait, en rigolant un peu du coin de l'oeil. Il savait plus combien il en avait eu. Mais il était toujours tout seul. Jusqu'au jour où il avait acheté Sultan.

A cette époque, il avait un peu plus de dix-sept ans et sa mère lui avait payé un studio, à cause d'un beau-père de trop, un beau-père à la con qui lui aurait bien foutu sur la gueule plus souvent qu'à son tour.

Il avait jamais rien foutu. Il avait quitté l'école après avoir redoublé sa quatrième. De toute façon, personne n'avait jamais rien attendu de lui, à part qu'il fasse l'armée. Le boulot, il connaissait pas. Il traînait la nuit, il dormait le jour. Il a jamais eu de problèmes, il avait toujours des sous. Il les gagnait en faisant des affaires. Les mauvais jours, c'était elle qui les lui donnait. Il bouffait toujours au restaurant, il allait tous les soirs en boîte. Il draguait un tas de minettes. Elles étaient connes. Mais du moment qu'elles étaient mignonnes et cochonnes, il s'en fichait. De toute façon, il les larguait toujours, jamais il ne s'était fait jeter.

Il était toujours tout seul. Puis il a eu Sultan. Il l'a dressé. Jusqu'à sept mois, il était pas beau. Il croyait que c'était un bâtard, qu'il s'était fait arnaquer. Mais non. Il sait pas pourquoi, d'un coup, il est devenu beau. Il a toujours dormi dans ses draps. Il a même fait dormir des filles par terre, parce que le lit était trop petit pour trois.

Lui, avant, il était bagarreur, grande gueule, on disait. Sauf avec son pépère, comme il l'appelait. Il pouvait pas boire d'alcool, car sinon, il devenait un danger public quand il était saoul. Il cherchait les embrouilles et il se faisait massacrer à chaque fois. Une fois par mois, douze fois par an. Après il revenait dans le café avec son chien et un calibre, et il lâchait le chien. Il était content de mordre, le chien - pas lui. De toute façon, lui ou le chien, c'était devenu du pareil au même. Et c'était le carnage. Après Sultan et lui, ils allaient au restau. Y avait plein de bons restaus à Paris qui connaissaient Sultan. Il mangeait dans une assiette, comme lui. Même les coquilles Saint-Jacques, il les aimait. Pourtant, quand il l'amenait au bois en promenade, il allait jamais draguer. Il lui avait présenté de belles chiennes,. Pedigree et tout. Rien. Il voulait pas. Il avait essayé de lui faire faire des cochonneries par un vieux tapin qui était d'accord. Il avait même pas voulu. Alors il l'avait amené chez le vétérinaire. Il croyait que son pépère était pédé. C'était pas ça, il avait juste une couille qu'était pas descendue. Quelque chose comme ça.. Fallait l'opérer. Il avait pris rendez-vous. Merde, il était bien avec lui. Des fois, quand il avait bien gagné sa journée, il partait à Deauville craquer un peu d'argent et il revenait pas pendant deux ou trois jours. Trop de jours. Et bien, ça venait d'un coup et il se rappelait de son pépère. Alors il redescendait sur Paris à toute vitesse. Et bien, vous le croyez ou vous le laissez, il lui faisait même pas la gueule. Il était content de le voir. Et lui, il chialait, il avait honte. Et pourtant, il était pas un saint, y'avait jamais eu que pour lui qu'il avait pleuré. Alors pour se faire pardonner, il l'emmenait encore et tout le temps au restau, et il restait toutes ses journées avec lui.

Et on lui a tué. Sept balles. Devant chez lui. De sa faute. A cause des règlements de compte dans lequel il l'embarquait – avec lui. Pourtant il était innocent, il faisait qu'obéir. Pourquoi c'est pas lui qu'on a tué ? Il est mort puceau quelques jours avant l'opération. De sa faute. Il a jamais su qui c'était. Il l'a enterré et depuis mai 19.., il a pas été le voir, parce qu'il est en taule. Il va le voir dans six mois.

C'est tout.

28 août 2007

 

 

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Mercredi 8 avril 2009



Vague à son âme. Elle a le cœur plombé ces jours-ci et incapable de savoir pourquoi..Son inconscient la tiraille, il ouvre grand ses bras.. tape contre les parois, secoue ses chagrins, avale ses heures, fige ses sourires..lamine ses rires.

De pélagiques filets ratissent de long en large… ça arrache…ça piétine, elle s’enlise et se fait prendre par la nausée… son corps est parcouru de ballottements comme de perfides et insidieux poisons…ça monte, ça descend.. Un tonneau ambulant. Voilà qu'au matin même de ses journées,  elle ralentit le pas ... elle se charrie, se remorque, se trimballe d’une activité à l’autre… à la traîne.

Sa tête s’entête à ne rien vouloir lui dire. Elle se met en berne, refuse de l’aider alors même qu’elle commence à peine à travailler. Sa tête fait sa taiseuse. Et ses yeux brûlent en petits paquets de souffre qui s’enflamment plusieurs fois par jour. Ça fait deux matins qu’elle ne me maquille pas. Son noir coulerait. Et ce serait des questions auxquelles elle-même  ne pourrait répondre.

Son cœur plombé cherche à l’entraîner là où elle ne veut pas se rendre. Elle se couche, espérant entendre dans ses rêves ce qu’elle ne lit plus dans ses pensées. Rien ne vient. Elle est lourde de cette tristesse impossible à apprivoiser. Elle attend la marée. Ses navrements finiront bien par s’en aller. Alors, elle se racoquille.

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Mercredi 8 avril 2009

C'est du vieux texte... mais je n'ai rien dans la calebasse en ce moment.. juste des vertiges....

Mais comme y a plein de gens nouveaux qui passent me dire bonjour... voilà.. je secoue mon petit placard...



Ça arrive comme ça…

Ça arrive comme ça -  un jour -, alors qu'elle se trouve toute seule dans un café. C'est l'automne cette année-là et elle n'attend plus rien ni personne. Il fait presque froid et la seule chaleur qu'elle ressent est celle un peu étouffante du café plein du bruit des soucoupes qu'on entrechoque ou de celui, strident, des percolateurs.

Les carnets sont remplis, les placards, eux, restent quasiment vides depuis des semaines. Elle pense se remettre à boire. Elle n'aime pas ça, mais elle sait que ça deviendra vite une habitude, puis à force « indépendamment de sa volonté », un besoin vital. Elle a l'expérience. Elle connaît parfaitement les vertus de ce mal qui essaie pitoyablement d'en cacher un autre. Pourtant, elle hésite encore.

Ça fait longtemps qu'elle ne se regarde plus dans les miroirs, de toute façon les derniers temps, elle ne s'y trouvait plus. A quoi bon. L'oeil n'y discernait que des rais de lumière et d'argent. Un avenir de diagonales sans aucun sens. Son corps est fatigué, elle sait son temps compté. Elle est presque vieille.

Plongée dans sa rêverie, elle n'a rien vu.

Il s'est assis en face d'elle et maintenant se saisit de ses mains. Elle l'entend qui lui dit à voix basse et d'un seul trait des choses qu'elle ne distingue pas très bien. 

Il l'aime. Comme ça, follement, et ce, depuis la première fois qu'il s'est trouvé face à elle. Il ne sait même pas pourquoi. Il ne comprend pas. Il ne cherche plus à s’expliquer. Elle l'obsède. Il la veut. De toutes ses forces.

Au-dehors, un voile de brume se déchire. Elle tourne son visage vers la voix et découvre un très jeune homme. Elle se demande qui est celui qui veut s'emparer d'elle, comme ça, en trois mots.

Je vous aime.

Audace insoutenable de ce qu'elle n'a plus depuis longtemps – la jeunesse.

Ses poignets fragiles sont encore doucement, mais fermement enserrés et elle sent son cœur qui se contracte douloureusement sous la peur de l'inconnu.

Personne autour d'eux ne réalise ce qui est en train de se passer. Ce qui est peut-être en train de naître, là, sous leurs yeux. On est encore à l'orée de l'automne, la saison dédiée à la mort qui s'empare de tout pour parfois redonner à profusion.

Derrière la vitre du café, elle voit les arbres auréolés de leur funeste gloire. C'est une mort royale tout enrubannée d'or et de cuivre. Mais combien renaîtront ? Elle pense à ça furtivement tout en dégageant ses mains et en les glissant sur sa jupe d'un timide mouvement.

Puis elle lui sourit. Elle est habituée à réagir en situation d'urgence. Depuis le temps. Elle croit savoir ce qu'il faut dire ou ce qu'il faut faire selon les circonstances. Un fil en travers de sa vie. Elle peut l'écarter délicatement, elle le sait et se rassure lâchement.

Pourtant alors qu'il continue de parler, elle ne peut s'empêcher de l'observer. Elle le trouve beau. Divinement beau. Un enfant touché par le doigt de Dieu.

Les yeux sont sombres, la peau lisse et fraîche, elle a sûrement une odeur de crème. Le buste est étroit, tendu, un peu maigre sous la fine chemise qui dévoile le torse. Les mains, longues aux doigts minces, aériennes font leur danse de séduction sous ses yeux faussement présents.

Au-dehors, les dernières feuilles frémissent. On ne sait plus très bien qui vit encore, qui se meurt, qui a le devoir de mourir et d'oublier la pulsation de la vie qui court dans les veines.

Tout s'agite en tous sens. Mais elle, elle ne perçoit aucun bruit.

 


Elle sait déjà que quoi qu'il lui demande, quoi qu'il exige, elle lui dira oui.

 

Un dernier regard, une brève poignée de main, et la voilà qui traverse la pièce enfumée puis franchit la porte. Elle tremble de tout son corps, mais elle raidit ses muscles et relève le menton alors qu'elle se déplace dans une indifférence générale. De toute façon, s'ils se donnaient la peine de la suivre des yeux, les consommateurs ne verraient qu'une femme d'une cinquantaine d'années comme on en croise chaque jour et qui ne laisse aucune trace dans les mémoires. Ses vêtements sont sobres, classiques, rien qui ne permette de l'identifier au premier coup d'œil.

Malgré sa volonté déterminée à ne rien entendre de ce qui vient de lui être débité là -  elle a accepté un rendez-vous pour le lendemain. Au jardin des Tuileries, il a demandé, en l'implorant du regard.

En inclinant un peu la tête, elle observe au travers de la vitre le jeune homme se détendre. Pourquoi justement le jardin des Tuileries, elle a pensé.   

Il s'est affalé et lui tourne le dos. Elle pressent que ses mains enfin relâchent l'infime crispation qui les maintenait dans une douloureuse contracture. Dans un soupir, elle ose se dire qui ni l'un ni l'autre ne sait où il va et pourquoi il y va et par expérience elle n'accorde aucun crédit aux paroles qui viennent d'être proférées. Seulement, elle est seule. Parvenue sur le trottoir encombré par la foule de ceux qui vont et viennent d'un air décidé, un sentiment d'abandon l'étreint. Son esprit se soulève et lui demande de réaliser ce qu'elle est en train de mettre en branle. Elle voudrait avoir encore vingt ans, rien qu'une fois. Dans le prolongement des années qui s'imposent à elle sans qu'elle les ait souhaitées, une partie d'elle-même refuse la capitulation et réclame son dû. Elle veut vivre, simplement vivre. Enfermée au fond de son corps qui la lâche, elle sait que tout n'a pas succombé aux ravages du temps.

Elle pense à ce qui vient d'arriver alors même qu'elle accomplit de façon mécanique le trajet qui la ramène à ce qu'elle est. Une fois la porte franchie, elle se sent rattrapée par son passé et ses yeux balaient les photographies qui tapissent le mur de l'entrée.

Sa vie s'étale en quelques clichés noir et blanc. Elle se sent réduite. La vie, les grossesses, les disparitions. Le poids d'un passé parfois décidé, souvent subi.

Les enfants, elle pense beaucoup aux enfants. Paroi protectrice sans laquelle elle serait une proie si facile pour les loups. C'est une image qu'elle veut bien offrir aux amis de passage, à ceux qui entrent encore de temps en temps lui raconter les trépidations de leur vie alors que la sienne désormais s'étiole en égrènements monotones et fades.

Elle s'écroule dans son fauteuil et ferme les yeux.

Le lendemain, dans le froid glacé de ce premier jour de novembre qui immobilise les lèvres des quelques passants qui arpentent d'un air décidé la grande allée, elle s'approche, les mains recroquevillées au fond des poches. Elle ne sait pas bien pourquoi elle est venue, mais tout en elle le cherche. Elle entre par la rue de Rivoli, coupe la terrasse des Feuillants et se dirige paisiblement vers les premiers bassins. Les statues à peine givrées bloquent sa vue et alors qu'elle s'est avancée vers cette aventure le cœur tranquille, la voilà qui commence à s'affoler à l'idée que,  peut-être, il n'est pas là, qu'elle a rêvé tout cela et qu'elle n'est qu'une vieille bique en mal d'amour.

Les chaises éparpillées près du grand bassin l'ignorent royalement. Elle ne découvre personne, aucune silhouette qu'elle pourrait reconnaître. Elle peste à mi-voix en se disant qu'elle est vraiment trop stupide pour s'être laissée aller à accepter un tel rendez-vous. Elle se sent idiote et proche d'une humiliation qu'elle sait ne pas pouvoir supporter. Elle tourne en rond, regardant tour à tour le vide qui l'entoure et le cadran de sa montre. Une dernière fois, elle espère de tout son cœur puis se décide à se déplacer vers la grande allée. Elle avait été claire pourtant. Le premier bassin, rendez-vous au premier bassin. C'est à peine si elle sent le froid qui rigidifie encore un peu plus sa peau à peine flétrie par le temps et fait affleurer un peu de rouge à ses joues. Ses yeux papillonnent et elle lutte contre l'envie de pleurer qui monte du fond de son ventre terriblement douloureux. 

Elle accélère sa marche. L'étau qui l'enserre maintenant lui semble ridicule, ce n'est qu'un simple rendez-vous. Elle se parle à voix basse et marche prestement vers le deuxième bassin. La solution se dévoile évidente, elle se reproche sa pusillanimité. Elle secoue les épaules. Quelques pas encore et enfin elle le voit. Il se trouve seul, assis sur une des chaises métalliques disposées, çà et là, dans un savant désordre. Elle se demande qui met les chaises et quels sont ceux qui les ont ainsi abandonnées au fil de la matinée. Tout en s'avançant, elle ne le quitte pas des yeux. Il ne l'a pas vue. Son attitude est nonchalante, personne ne pourrait croire qu'il se tient là pour quelqu'un. Il semble pensif et vaguement présent. C'est à peine si elle peut le reconnaître si elle ne savait pas qu'il l'attend. Son corps a pris place sur toute l'assise de la chaise, ses jambes sont étendues droit devant lui et il a croisé les pieds. Elle prend son courage à deux mains et se montre à lui. Il se lève sans dire un mot, l’enveloppe dans ses bras, la serre si fort qu'elle croit défaillir. Elle sent ce corps inconnu qui se presse dans une attitude familière et ne peut s'empêcher de penser que c'est un enfant, qu'elle n'a aucun droit à se trouver là, tout contre lui. Il se décolle d'elle et la regarde à bout de bras. Elle rit, intimidée. Ses yeux se plissent, sa peau s'empourpre une nouvelle fois, mais ce n'est plus le froid qui en est la cause. Elle croit revivre un temps à jamais disparu. Il lui propose d'aller quelque part où il fait plus chaud. Elle accepte. Pourquoi sinon serait-elle venue ? Ils se mettent à déambuler l'un près de l'autre. Ils ne ressemblent pas à un couple, la différence d'âge est trop flagrante, mais on ne peut les prendre pour une mère et son fils. Ils sont deux êtres, tout simplement. Deux êtres contents de se presser, l'un contre l'autre.

C'est une nouvelle suspension du temps dans l'infini des histoires d'amour. Une de plus, rien de plus.  Au travers de l'épaisseur des étoffes, ils sentent le rayonnement de leur peau, ils imaginent la douceur du grain, l'intensité de la carnation et  rêvent de concert, les yeux grands ouverts. Leurs rêves se croisent au-dessus de leurs têtes. Elle n'ose pas parler. Il se tait et glisse son bras sous le sien. Elle tremble. Ils respirent doucement, comme ça, dans la fin de cette matinée d'automne, tous deux emmêlés dans un bref et intense avenir incertain. Elle ne sait où il la conduit, mais elle capitule. Depuis leur unique rencontre, elle a abandonné le cours de sa vie à ces mains inconnues, mais qu'elle sent si proches et si impatientes de se saisir d'elle. Il la guide d'une pression fine contre les muscles de son avant-bras et elle cède, avide de bonheur. Elle sent sa volonté agir sur elle. Dans une fausse torpeur, elle perçoit qu'ils laissent la grande place derrière eux et qu'ils s'engagent dans la rue Rouget de l'Isle. Quelques minutes se sont écoulées et déjà ils passent le porche d'un hôtel, elle n'a que le temps d'en distinguer l'enseigne -   Le Mayfair -  . Il lui demande de l'attendre un bref instant puis revient et ils investissent l’escalier. Il serait stupide de prétendre qu'elle ne pense pas à ce qu'elle accomplit. Elle sait très bien ce qu'elle fait. Elle n'est pas une enfant. L'intimité ne lui fait pas peur, la découverte non plus.

Elle a aimé et s'est laissé aimer déjà. C'est juste que cette fois, elle ne le connaît pas et elle est impatiente de savoir. Elle franchit sans fausse honte la porte de la chambre et participe de plein gré à ce que la vie lui offre.

Assis sur le bord du lit, ils ne se parlent toujours pas ou à peine. Ce sont des mots de tendresse qu'ils échangent brièvement. Il la remercie, elle s'excuse d'être ce qu'elle est. Si vieille déjà et si abîmée par le temps. Il lui met un doigt sur la bouche et lui demande de se taire pour les moments qui vont venir. Alors, elle se laisse découvrir et le découvre à son tour. Dans l'intimité de la chambre, la lumière reste allumée, elle n'est pas farouche, elle aime l'amour et son jeu où chacun oublie qui il est à l'extérieur. Ce sont deux corps qui se réclament et qui s'aiment. Dire qu'il y aurait un accord parfait serait un mensonge, il faut du temps pour cela. C'est juste qu'elle sait fermer les yeux et savourer la montée du désir. Ce sont des milliers de capsules qu'elle laisse être activées au fil des mains qui passent comme des rasoirs sur les endroits les plus sensibles de son corps. Chaque capsule s'ouvre comme une minuscule anémone de mer et l'air embaume le plaisir si secret que diffuse le corps quand il est aimé. Son esprit a ouvert grand ses portes blindées. Avec l'expérience et le temps, elle a appris à n'avoir aucune pudeur ni aucune honte de ce qui se passe dans les chambres où l'on s'aime. Elle s'entrouvre puis s'ouvre, il s'abandonne à son propre plaisir. Ils se regardent et une fois le calme revenu, ils s'observent silencieux. Il pose une main sur sa joue. Elle blottit ses mains contre son propre ventre.

Le silence poursuit sa dilatation et envahit l'espace dans lequel ils se sont isolés. C'est un silence de paix. Cette sorte de silence très particulier qui laisse passer, même en pleine ville, les protestations des oisillons affamés, les récriminations des plus petits gloutons ; un silence de vie et d'amour partagé sans qu'un mot de plus ne soit nécessaire.  Elle se rappellera longtemps cette alternance musicale étonnante entre eux.

Rapidement, elle se lève, s'enroule dans le grand drap blanc et se dirige vers les vêtements discrètement abandonnés au pied du lit. Il la regarde.  Elle reste polie et attentive à ce qu'elle perçoit derrière son dos, mais déjà sa décision est prise, elle n'ira pas plus loin. Elle jette un coup d'œil vers l'extérieur. Le voilage des fenêtres est l'unique horizon de leur avenir commun. Une opacité bienveillante qui les protège des juges extérieurs.

Alors, joyeusement, dans toute sa féminité recouvrée, elle se rhabille rassérénée.  Elle se sent de nouveau femme et libre. Quelque chose d'infime vient de renaître grâce à  la candeur étourdissante d'un jeune homme, un supplément d'aptitude au bonheur. La voici bardée d'une nouvelle légèreté qui n'est pas sa jeunesse enfuie, mais qui lui redonne le goût de vivre. Leur histoire va s'arrêter à l'endroit même où elle vient de commencer. Ce n'est pas lui qui verra son corps vieillir et disparaître dans les sombres frondaisons de cette saison.  Un baiser, un seul, et il sait.

 Elle a -  de nouveau - un tas de choses à écrire dans son carnet.

 

2 novembre 2007

 

 

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Mardi 7 avril 2009
Musique pour apaiser les douleurs...


Il suffit d'aller là.... (lien rectifié)



  
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Lundi 6 avril 2009


Bonjour, je m'appelle Josette. J'ai fait un AVC.


Un AVC, c'est un accident vasculaire cérébral. Je peux le dire sans me tromper maintenant. Je me suis renseignée sur le sujet. Ça fait quinze jours que je suis sortie de l'hôpital. Je vais bien. Mon corps est là, présent et entier. J'ai cinquante ans et je ne suis pas morte.  Ma peau est souple et, en pressant mes membres, je peux encore en sentir la vigueur. Mon cœur fonctionne et depuis quelques jours tout est presque rentré dans l'ordre. Si je vous raconte ça, c'est parce qu'autour de moi, je n'ai vu que des petits vieux qui ne semblaient attendre qu’une seule chose. Ça n’avait pas l’air de venir vite. Ils avaient les yeux tout jaunes et leur peau, ça sentait pas vraiment le frais.

Les médecins  m’ont annoncé que j'avais eu de la chance.

On m'a conduite directement à l'hôpital le plus proche quand un passant m'a rencontrée, errant, les cheveux défaits, incapable de dire qui j'étais et où j’habitais. Il a eu beau interroger les commerçants du quartier, personne ne me reconnaissait. Aucune trace de mon existence. En fait, je n'étais pas à la maison. J'étais partie passer quelques jours chez ma sœur, à une centaine de kilomètres de Lyon.  Je lui gardais son chien.

Le jour de l'accident, j'ai décidé d'aller le promener dans les bois, autour de chez elle.  Une petite promenade de santé, je métais dit, toute guillerette de voir un peu de lumière  au travers de la fenêtre de sa cuisine. Faut avouer que là-bas, le soleil on doit vraiment le chercher parfois.  Quand je me suis écroulée, je n'avais aucun papier sur moi, c'est le chien qu'on a reconnu en fin de compte et qui a permis qu'on retrouve ma trace. Vous pensez bien que chez moi, on ne s'inquiétait pas plus que ça. J'étais partie pour cinq jours, c'était pas la mer à boire. En fait, ça aussi je ne l'ai su qu'après mon réveil.

Le docteur a passé beaucoup de temps auprès de moi. Il était plutôt patient. Il m'a expliqué que j'ai une maladie cardiovasculaire. Une cochonnerie qui affecte les vaisseaux sanguins qui conduisent le sang au cerveau. Lors de mon accident, ils se sont retrouvés bloqués et certains, même, ont pu exploser, alors ma circulation s'est interrompue. Il a ajouté que quelques cellules de ma tête sont mortes en quelques minutes et qu'elles ont entrainé la perte de quelques fonctions. C'est pourquoi j'ai tout d'abord perdu la parole puis ma capacité à marcher, mais surtout, vous l'aurez compris, ma mémoire.

Aujourd'hui, je vous répète, ça fait quinze jours que je me suis réveillée. C'est comme une autre vie. Les gens sont venus à mon chevet, mais je ne reconnaissais personne. J'ai dû apprendre à faire confiance. Ils sont tous passés les uns après les autres et ils ont fait les présentations.

J'ai vu « mes enfants », mes « petits-enfants » et ma « meilleure amie ». Micheline, elle se nomme. Tout ça, c'est pas un problème, hein, ils sont plutôt gentils, je les trouve même intéressants...Pas très futés, mais aux petits soins, quoi… pas de quoi se faire de bile.

Non, ce qui me fait soucis, c'est l'homme qu’ils appellent  André. André, c'est mon mari. Depuis que je m’en suis retournée à la maison, je l'observe. Je lui parle, je l'écoute et je le regarde. Je n'en reviens toujours pas.

L'autre jour, j'ai téléphoné à Micheline et je lui ai demandé de venir boire une tasse de thé avec moi pour qu'on bavarde un peu. En fait, je voulais lui poser une question que je n'osais pas poser aux autres.

Après quelques minutes où l'on a parlé de tout et de rien, je me suis penchée vers elle et je l’ai interrogée  :

- Dis donc, Micheline, on s'entendait comment avant, André et moi ?

- Bien, pourquoi ? elle a répondu.

- Non, mais je veux savoir, on s'aimait vraiment ?

Micheline a pris un air étonné, mais elle m'a regardée en souriant puis elle a protesté  :

- Ben oui, vous allez fêter vos noces de perle. Trente ans de mariage, c'est pas rien quand même, elle a ajouté.

J'ai froncé mes sourcils et j’ai insisté  :

- Tu me promets que je l'aimais ?

Elle a hésité une seconde puis elle m'a de nouveau fixée droit dans les yeux :

- Mais enfin, Josette, qu'est-ce qu’il t'arrive ? Vous avez toujours été heureux tous les deux, c’est pas croyable de poser des questions pareilles !

J'ai détourné les yeux et je me suis résignée à lui avouer :

- Et bien, quel con…vraiment !



PS : réedition... j'aime trop ce personnage.


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Samedi 4 avril 2009


C’est le lendemain que notre première rencontre eut lieu.

Après avoir picoré quelques radis rouge et blanc achetés à un « fish and chips » éclectique, je me rendis chez Bobby’s  et y avala - dépitée et d’un trait - un perroquet bien français (qui ne chantait plus depuis longtemps). Dix minutes plus tard, légèrement grise, je quittai le pavillon balnéaire et ses torsades vertes pour me diriger vers la mer.  

Une fois sur place et confortablement adossée au muret de briques, je martyrisai mes ongles violets laqués de frais en m’efforçant de dépiauter une grenade à la peau cramoisie que j’avais retirée de mon sac en satin de soie crème.  

De temps à autre, je jetai un œil vaguement intéressé à la lente disparition du soleil couchant, songeant au périlleux ennui auquel je cherchais à échapper.

Le soleil, à peine congestionné, peinait encore plus qu’ailleurs à éclairer de ses feux agonisants le mail que la petite ville balnéaire s’empressait d’offrir aux touristes. Leurs misérables visages, coques de crabe corail,  avaient été dans la journée passés aux fers de la vieille Angleterre et ils luttaient contre les démangeaisons qui ravageaient leur épiderme de crème sans café.

Malgré l’abominable vétusté des lieux, une atmosphère légère, comme de la gaze opalescente flottait le long de la promenade aux Anglais. Pétrie d’ennui, j’entrepris de compter les canotiers à la blancheur parfaite qui déambulaient côte à côte.

A ma droite, la baraque en iroko marron foncé d’un primeur de fruits exotiques dégageait une odeur de fraise et de framboise écrasée qui se mêlait à celle plus écœurante des melons herbeux dont la pulpe avait dû rester au secret bien plus que de raison.

À ma gauche, quelques parasols défraîchis, dont les nuances passées, myosotis et lilas, donnaient à cette plage une allure de vieille rombière anglaise aux dentelles jaunies, se mourraient d’ennui attendant qu’un cœur esseulé veuille bien leur compter les pétales.

Une fois la grenade explosée, je m’amusai à inspecter les pieds des passants tout en détaillant leurs espadrilles rutilantes. Quelques adeptes de l’ équipe de Liverpool se partageaient entre le rouge et le vert. Quelques téméraires arboraient du vert olive, d’autres un bleu aux couleurs de Chelsea.

 

Le modernisme avait eu cela de bon qu’il avait enfin réussi à reléguer aux oubliettes des caves de bourgogne les teintes fades d’autrefois. Voici qu’aux orteils décontenancés s’offraient des horizons extrêmes.

Si je m’en étais tenue à mes projets de voyage en Pays Basque (bien m’en aurait pris), il n’aurait plus manqué que les feuilles de mes cerises pour transformer le pavé en feu d’artifice pour vacanciers déconfits. Peu à peu lassée par l’odeur et par mon jeu faussement patriotique, je dirigeai mon regard vers la mer sur laquelle quelques coques de noix faisaient comme une myriade d’yeux au beurre noir puis me mis en tête d’estimer ce qu’allaient me coûter ces vacances stupides.

Mon esprit vagabondait, estimant les billets verts que j’avais dû changer tout en fouillant des yeux la nuit qui s’avançait.

Je fuyais la lumière du jour, mais celle de la nuit me renvoyait l’échec de ma vie sentimentale. Avec mon teint d’aubépine (même s’il était aussi ténu que celui d’un malheureux timbre-poste), je n’avais aucune chance d’attraper un gros musclé à la peau chocolat.

C’est alors que j’aperçus dans le reflet d’un impérial anglais le visage empourpré d’un homme inconnu  me fixant béatement derrière la paroi transparente d’une vieille cabine téléphonique. Je transperçais les parois grenat qui palpitaient  sous la lumière des réverbères qui venaient de se mettre en route et soupesai ma proie.

Émerveillée par la vigueur de ses joues écarlates qui trahissaient son embarras, je fis semblant de m’intéresser aux mouettes-sénateurs, blanches et rieuses qui traversaient tardivement l’espace, tout en me demandant si je devais un tel intérêt à ma terriblement excitante robe coquelicot.

 

PS : ma participation à ces sacrés sympas d'IMPROMPTUS bien entendu !

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Samedi 4 avril 2009



Au fond de l'eau les corps attachés

Ont des pâleurs mortelles et semblent abandonnés

Nénuphars  parmi les poissons lune

Les yeux écarquillés, ils attendent patiemment

 

Dans l'abîme des profondeurs

Leur peau laiteuse picotée de points blancs

Mousse légèrement au fil des courants douçâtres

Qui traversent leurs univers secrets

 

 

Longtemps ils ont espéré les mains agiles et secourables

Aimables, discrètes et audacieuses

Seules capables de remonter en surface

Leurs corps déchirés devenus de plomb

 

Mais les coeurs légers, délivrés de tout soucis

Frémissent sous la chaleur qui les enveloppe

Et ont pour seule lumière

Les algues phosphorescentes devenues familières

 

Compagnons d'infortune

Les poissons des grands fonds

Accompagnent leurs derniers mouvements

Au rythme alangui par la pression

 

Dans la nuit du ballet insondable

Emmurées dans la chape indicible

Quelques taches de couleurs oubliées

Restent les uniques signes de leur vie antérieure.

 15 septembre 2007

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Vendredi 3 avril 2009

136

Clous métal et acier

Disparition des sentiments

Ravage au millième de seconde

Explosion d’une unique et sidérante pulsion

Archaïsme répétitif et lassant

Les âmes s’élèvent en troupeau

Encore interdites

Sous la poussée acide des chairs brûlées

Entêtement criminel

Aveugle qui croit voir la lumière

Ici et là

Maintenant et hier

Les cœurs implosent

Les mains implorent

L’orgueil est partout rampant

Péché originel

Déchirure dans l’espace étroit de nos carcans

Sans l’ombre d’une inique mansuétude divine.

 

19 octobre 2007

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Vendredi 3 avril 2009


Dans leur raide mouvement

Eternel et stérile

Les jolis petits chevaux

Caracolent allégrement

 

A leurs sabots,

quelques épines

adroitement fichées, 

Blessent le voyageur

Imprudent

Egaré dans la mouvance

Des chemins invisibles

De son esprit

 

Feux follets

Tour à tour démantibulés

 

On les voit qui pensent encore voyager

Vers une fabuleuse destination

Virevoltant  à égale distance

Vers le destin commun du monde

 

Mort et usure

 

Leur innocence silencieuse

Chavire les menottes charnues

Qui cherchent dans leur cou de velours sombre

L'odeur de foin des grands chambardements

 

Alors qu'au son des violons

Voici les cavalcades d'un autre âge

Les petits chevaux

Poursuivent leur route

Sans âme ni conscience

Ignorant que leurs fiers cavaliers

Depuis longtemps ont oublié leurs songes

 

A la nuit tombée, sous la toile aux couleurs passées

L'homme attentif

Peut les entendre fulminer de leurs naseaux d'acier

Dans la vapeur des premières buées d'automne

Iris fixes, billes d'acier

Muscles douloureux d'avoir tant rêvé.

 

29 septembre 07

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Jeudi 2 avril 2009

Toutes mes histoires ont toujours eu un goût d’inachevé. Inutile de me le dire, je le sais. Elles s’apparentent la plupart du temps à une odeur qu’on aurait eu à peine le temps d’identifier dans l’air d’un matin d’été. Elles semblent abandonnées, livrées à elles-mêmes.

Je ne finis jamais rien. Mes personnages apparaissaient puis disparaissaient d’eux-mêmes. Je les vois s’effacer sans rien pouvoir y faire. C’est plus fort que moi. D’aucuns pensent que c’est une excuse facile pour ne pas terminer mon travail... de ces sortes de justifications que les cancres empilent les unes au-dessus des autres sans réaliser qu’à un moment donné, la fragile colonne de mensonges s’écrasera sur leur tête bornée.

J’avoue que je ne suis pas un écrivain. Quand je lis les autres, je me dis que je suis à l’écrivain - ce que le peintre du dimanche est à l’artiste -.

De fait, j’aime beaucoup entendre les définitions que chacun donne au mot "écrivain".  A l’instant où on lance le débat, on voit très vite les positionnements. C’est un peu comme avec les poètes et leur muse-inspiration… il y a ceux qui pensent que si l’écriture ne vous bouffe pas, vous n’en êtes pas… qu’on naît avec… ceux qui déclarent que répondre qu’on ne peut pas écrire parce qu’"on n’en a pas le temps" (sic) , ce n’est pas en être non plus…

Les écrivains se doivent d'être des barbouilleurs maudits,  aux ongles dévorés, à la poubelle débordante, aux nuits blanches.. Qu’importe le reste….

Les amateurs dont je suis haussent parfois les épaules en se disant que s’ils avaient pu, ils en seraient aussi. On repense alors à tous ces bouts de papier accumulés au fond des tiroirs auxquels on n’a pas cru et qui ne nous rongeaient pas suffisamment pour qu’on prenne conscience que ce qu’il y avait là était quelque chose de vital. On est donc allé à l’essentiel sans même pouvoir exploiter ce qui semblait être encore dans l’œuf.

Ensuite, il y a ceux qui s’imaginent (dur comme fer) qu’ils en sont, mais dont l’imagination ou le style restent lettre morte ou conventionnels. A ceux-là, quand on les croise, on ne dit rien, ou pudique on propose quelques arrangements, un peu de ménage dans ce qui nous apparaît absolument imbuvable, et pour nous, et pour les autres.

Savoir lire, c’est donc aussi dans une certaine mesure, savoir détecter chez l’autre ce que soi-même on se révèle incapable de faire (ou ce qu’on n’aime pas forcément lire.. Ceci n’est pas un paradoxe).

Et voici qu’au passage de nos yeux sur les mots agencés noirs sur blanc, nos antennes lumineuses s’éclairent d’une lumière violente alors même qu’on tombe sous le charme.

On en ressent encore plus la grossièreté de ce que soi-même on est capable de faire. Des petites histoires au goût inachevé.

Voilà, c’est une idée qui m’est venue après avoir une fois encore découvert une plume perdue dans la toile.

 

PS : Et on n’ose pas le dire trop fort de peur qu’on croit à notre volonté de se faire bien voir. On a encore en tête qu’on n’est qu’un bonnet d’âne.


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Jeudi 2 avril 2009



Voilà, ça fait dix jours que je tourne avec mon sac. Avant de partir, j’ai pris soin de bien le remplir. J’ai pas tout mélangé. J’ai formé des petits tas. Des petits tas de couleur. Je pensais aux robes de couleurs dans Peau d’Âne. Sauf que là,  c’était pas les couleurs du ciel ou de la lune, encore moins du soleil. Moi c’était les couleurs de pluie et puis aussi celles d’orage. Pluies d’hiver, pluies de naufrage. Grosses et lourdes, empoisonnées par les nitrates et les phosphates. Pluies acides qui tuent les arbres au haut des montagnes.

Ça fait dix jours que je tourne. Que je tourne avec mon sac. Mon gros sac de linge sale. Dedans c’est ma vie. Ma vie en gris, ma vie en noir. Du rose, y en a pas eu beaucoup. Dans mes yeux, les passants peuvent voir tout ce que je pense d’eux. En mal. Je suis comme ça. Pas drôle. J’ai trente ans et j’aime pas les gens. Je sais pas rire. J’ai pas appris. J’ai décidé que je voulais plus que ça dure toute cette lessive en attente au fond des placards. Alors j’ai pris la route. Je suis allée voir ma mère et je lui ai montrée tout ce qu’elle ne pouvait pas comprendre. Je suis allée voir mon père et je lui ai dit tout ce qu’il ne voulait pas entendre. Ma sœur, ça faisait longtemps que je l’avais pas vue. Elle n'en est pas encore revenue. Je passe et je dépose. Je passe et je balance. Mon frère aîné, je lui ai même jeté à la figure, le sac. Auparavant j’y avais glissé quelques pierres grises. Comme le petit poucet, mais en plus gros. Je dépose les abandons, les coups, les trahisons. Je dépose les mensonges, les hypocrisies, les défections. Je fais de la dépose en tout genre.  C’est simple et facile, je m’allège. Un sac et puis un autre, je me vide. Bientôt, dans mon sac, il n’y aura plus rien. Je pourrai sauter du pont sans me noyer. Je serai légère et je nagerai au bout de moi-même.

 

5 avril 08

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Mercredi 1 avril 2009


Je n'écris pas... je lis. Je viens de finir une petite perle qui m’a bien fait rire et réfléchir. C’est ma lûne qui m'a conseillé ce roman… et elle a bien fait.

 

Ça s’appelle

Mensonges sur le divan

Et c’est de IRVIN D. YALOM

Ça m’a donné envie de dessiner ce que le psychanalyste demande à un moment à un de ses patients : il doit représenter sa vie par une ligne indiquer d'une croix l'endroit qui le sépare du début ou de la fin (ce qui on en conviendra est comme le verre d'eau à moitié vide ou à moitié plein.. c'est selon..)

Alors moi, j’ai joué aussi… ça a donné ça...

En pense ce qu'il veut qui veut....!

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Lundi 30 mars 2009


Mains qui sonnaillent de cuivres mêlés

Prénoms étranges

Dans le bleu des pagnes indigo

Vous m’attendiez


Au loin

Traces de peintures

Trésor de latérite

Aux murs des cases

Ocre mêlé

À mots couverts et parfumées

Rires en sourdine

Bouches parois

Roses et miel

Dents roussies par la kola

Petites sœurs

ô vos sourires enchantés

Ce jour-là devant l’objectif

Parées

Vous vous abandonniez


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