Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 15:42

C'est une paire de gants au fond d'un coffre de voiture pour ramasser la dépouille des chats qui n'ont pas su rentrer à l'heure

Ce sont des colères sans nom qui font se terrer la petite qui est encore tapie au plus profond d'elle-même

De grands éclats de rire qui le font se plier en deux et rajeunir de vingt ans

Un profil d'acteur des années soixante-dix, un peu hidalgo, un peu métèque

Celui qui offrait les jours d'anniversaire des minis Davidoff  -quand elle était encore de l'autre bord – des Camel – le reste du temps

Celui qui savait tresser les cheveux en longues nattes brunes et coudre à petits pieds actifs sur l'antique machine à coudre familiale

L'éternel colérique qui ne sait jamais montrer comment il aime et ce qu'il aime

Celui qui glissait un « Pascal » dans le porte monnaie quand devenue adulte elle traversait les jours de dèche et de souffrance

Celui qui riait de choquer lorsqu'il l'acompagnait pour choisir ses premiers soutiens-gorges

Mais c'est aussi celui qui ne savait ni câliner, ni embrasser, ni prendre dans les bras

Elle n'a que de vagues souvenirs sur son passé

Intransigeance, indépendance, pur reflet d'elle-même

Rien ni personne ne pourrait lui commander

Et il a en horreur d'attendre où que ce soit, qui que ce soit

C'est celui qui offre son vin, son pain au premier venu, mais qui répugne à lui laisser une clé ou un permis de visite

Depuis longtemps le silence entre eux

Et elle attend.

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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 15:38

vol

Saisissement

La main s’immobilise

Le poignet se fige

Transparence veinules fines

Bleutées de la peau

 

Le parfum d’un cou

la paupière close

confiance absolue

de celui qui dort

 

un poids m’étreint

 

27 octobre 07
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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 15:37

Sur le tapis de ma mémoire

Boucles blondes

Regard bleu

Mes mains en tremblent encore

Etre l’aînée

Sur le chemin de la vie

Epaules lourdes

Mon cœur contre ton cœur

Tout près serré

Pour te rassurer

Vivre en aînée

Chemin libre

Bras légers

Portes ouvertes

Mon regard sur ton dos

Confiant et serein

Tu vis.

 

3 janvier 08
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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 15:30

 Elle avait prononcé cela comme un simple mot en l’air et cela avait pris aussitôt une étonnante envergure.

Les mots étaient directement montés au cerveau comme des pierres. Eclaboussement minéral.

Il a immédiatement pensé qu’il fallait en faire quelque chose. Ça ne pouvait pas résonner ainsi sans qu’une bonne raison en soit l’origine.

Dictature de l’écriture.

Quelles dictatures avait-il déjà rencontrées ? Une évidence surgit une nouvelle fois à son esprit. Il eut envie de raconter.

Dictature de celui qui ne voulait pas qu’une semaine passe sans un appel téléphonique.

De qui voulait que l’appel soit alterné et que chacun y passe à son tour.

Comment pouvait-il bien interpréter cela ? Etait-ce une question d ‘argent, de renouvellement de fidélité, d’exigence amoureuse ? A force il avait pris cela pour une dictature.

Il n’aimait pas.  Il était obligé de compter, de réfléchir. Voyons, qui avait appelé la fois précédente ? Cette amitié prenait de drôles de proportions. Parfois il en arrivait à redouter l’appel.  Tu n’as rien à me dire ? Non parfois, il n’avait rien à lui dire. Sa vie était la même. Insondable méandre de menus faits insignifiants, de grandes détresses à jamais guérissables, de tourments engluant quiconque aurait voulu essayer d’approcher de trop près. Il fatiguait l’autre il le savait. Et pourtant l’autre appelait, pleurait avec lui quand lui pleurait, riait quand il riait, rageait quand il pestait et écoutait les longues confessions fleuves. Une vie.

Mais l’alternance des appels était une règle à laquelle il ne devait pas déroger. Dictature de l’amitié. Parfois il lui prenait l’envie de tricher un peu. L’appel fatidique était oublié. Une semaine de silence s’intercalait. Alors la sonnerie retentissait la semaine imposée par le calendrier et la voix disait « alors si je ne t’appelle pas, tu ne m’appelles plus, c’est ça ? »… Confus, il bafouillait des excuses indigentes et essayait de pallier son manque de savoir-vivre.

Les semaines, les mois, les années ont passé. Il y eut des départs et des retours.

Il réalisa soudain que le dernier départ avait senti la fin annoncée. Cet été-là, il eut de moins en moins envie d’appeler et encore moins d’entendre l’appel métallique.

L’année avait commencé. Ce fut un nouveau départ pour un nouveau pays. Chacun partit dans le sien. Rêves, idéaux, soifs de vie, idéologies, convictions politiques, tout ça fut soigneusement empaqueté dans les malles en fer tamponnées d’étiquettes à peine décollées.

Dictature de l’écriture.

Pour plus de facilité, il fut convenu qu’ils s’écriraient.

L’un entama son journal d’installation, l’autre eut à peine le temps de commencer un échange épistolaire qu’un coup d’état éclata. Ils furent séparés par les problèmes de logistiques.

C’est étonnant la vie. Même détonnant parfois.  Le journal fit beaucoup de bien mais aussi beaucoup de mal. Il reprit contact avec le père. Il séduisit la mère, enfin -  une fois qu’elle eut compris – la valeur de ce qui était écrit, là…mais il désarçonna l’autre. On lui répondit que décidément, non, on ne comprenait pas , mais il s’était passé quelque chose, le journal… oui, le journal les avait séparés, on ne savait vraiment pas… c’était le journal, comme une pierre dans leur amitié.

Coup d’éclat minéral, il avait pensé. Oui, c’était ça. Dictature de l’écriture. Il avait failli.

L’écriture avait dit des choses que lui-même n’avait pas vues.

Les mots n’avaient pas plu.

Les mots avaient déçu.

Dictature de celui qui avait longtemps et passionnément aimé et qui n’aimait plus. Il n’était plus aimé, le téléphone cet été là n’avait pas retenti une seule fois.

14 août 2007

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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:07

Voici le cri des engoulevents

 

Sur le bitume inconnu

Circulent sans protection

Les âmes enfantines

 

L’exil me fait souffrir

 

Je tire l’oreille

J’écarte mon cœur

Cherche à capter

Leurs rires

 

Seul les bruits de la nuit

Répondent à mon appel

 

Je suis seule

Mon ventre est vide

À jamais.

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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:05

Une bille bleue brisée au creux de la paume,

Petit amas de terre amassé sous la pâleur de l'ongle.

L'enfance oubliée agacée par le souvenir

Fait jaillir les images aux angles brisés

Odeur du réglisse qui picote la pointe de la langue

Éclair du plastique transparent de la bague - mille reflets

Long serpent de guimauve dans lequel les dents s'enfoncent

Et la gorge suffoque sous l'explosion de la poudre

Ravivée par la pensée, c'est l'enfance

Cuisse lacérée par le frein de vélo,

Genou par un clou fièrement éperonné

Joue rosie.

L'enfance endormie.

 

MAI 07
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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:04

Le corps à plat, reins délacés, ombrages apaisants

Près de l'eau sombre l'esprit en veille attentif

Odeurs à peine perceptibles

Agitations souterraines bienveillantes

Pareils reflets de nos vies agitées

 C'est l'été

JUIN 07
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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:03

« Dans mon pays les grands linceuls ne sont que des leurres à papillons

Dans mon pays les âmes ont la certitude de renaître dans d'autres corps

Dans mon pays hommes et femmes ne sont plus que des appellations sans objet et seul l'humain prend la parole

Dans mon pays les heures ne sont pas comptées et les miroirs ne se fanent pas

Dans mon pays les cœurs entremêlés battent au rythme du temps qui passe

Dans mon pays la peine est comptée et rendue au centuple en monnaie de joie

Dans mon pays les mots ne mentent pas et les promesses sont des bulles qui s'acheminent paisiblement vers le soleil…. »

21 juin 2007

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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:03

J'aime pas les vieilles qui ont la bouche tirée vers le bas :(. Elles semblent épuisées par les aléas de la vie. Plus de joie ! Tout semble s'en être allé. Abruties par les frustrations. Où sont les petites filles rieuses qu'elles ont dû être d'une façon ou d'une autre. Les voir me glace le sang. Je n'ai qu'une seule envie : les secouer, leur faire cracher le morceau. Pourquoi ne pas s'être libérées ?J'ai la sensation d'un joug épais et lourd au-dessus de leurs épaules. Mais un joug accepté, voire revendiqué ! Quelle image de la femme donnent-elles ? Je n'arrive pas à les plaindre....ça ressemble à un emmurement insidieux. Souffrances après souffrances, dépits après dépits, renoncements après renoncements....

17 juillet 2007-

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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:02

Les encore vivants, les déjà morts, ceux qui m'ont quittée, ceux qui m'aiment et que j'aime encore, ceux qui ne m'aiment plus, ceux que j'ai encore dans la lunette et ceux que j'ai perdu de vue…ou perdu par inattention…ceux qui savent pourquoi ils m'aiment, ceux qui ne le savent pas ou n'en sont plus très sûr… mes amis… ceux que je n'ose plus appeler par peur de les lasser.. Telle que je suis, telle que je reste… et rien qui n'avance vraiment malgré le temps qui de temps en temps, fait sonner les cloches de nos villages aux ego surdimensionnés (enfin le mien)…
Les amis c'est pas comme les chiens, on ne peut les enterrer au fond du jardin, et si par malheur ils vous bouffent les chaussures parce qu'ils ne sont pas contents que vous les délaissiez, on a du mal à leur pardonner… les amis, c'est responsables….
Mes amis morts (a mi amor) sont comme de lourdes pierres que je traîne derrière moi, ils me tirent en arrière et me soufflent un peu trop fort dans le cou parfois…je pense à eux bien trop souvent, et n'arrive pas à croire qu'ils ne sont plus là….Mes amis disparus, j'entends encore leurs rires éclater dans mon espace, et déchirer mon cœur d'un seul trait musical…
Je mets des mois à accepter l'abandon de ceux qui soudain réalisent qu'ils ne m'aiment plus. Ça vient doucement, un signe par ci par là, quelques lettres échangées sans réel contenu, des plages de silence de plus en plus longues et plus un jour plus rien. Je cherche en moi le pourquoi d'un tel désamour… pas trop difficile de trouver en général… mais quand même, ces amis là, on a du mal à les accepter dans sa mémoire….
Ceux qui restent sont comme des radicelles…. Les vieux amis sont les meilleurs, ils ont tout vu, tout pris, même le pire…
Je ne sais pas si on donne aux amis mais je sais qu'on prend. Trop parfois, trop souvent, trop facilement…
Depuis que j'ai abandonné la clope, j'ai moins d'amis…à clope, clope et d'ami….

 

18 juillet 2007

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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:01
Je me souviens de ma première impression lorsque j'ai franchi le sas de l'avion, c'était comme une immersion soudaine dans une salle de bains embuée...la première odeur fut celle de l'odeur de friture dans laquelle les petites vendeuses cuisent patiemment les tournant un à un à l'aide d'une écumoire, les petits beignets à peine sucrés dont raffolent les enfants.

Je me souviens d'un homme qui m'a aidée à transporter mes commissions jusqu'au cinquième étage, un jour où une fois encore l'ascenseur de notre immeuble était en panne, il n'a rien voulu en échange et a considéré ma demande presque comme un affront.

Je me souviens de l'impression négative que j'ai eue en regardant mes premiers paysages le long de la route qui menait à Bassam. Tous ces ocres et ces vert pâle de chaque côté, incapable alors que j'étais de les différencier et de les apprécier.

Je me souviens d'un homme issu du petit peuple qui m'a demandé de remonter la longue file de personnes qui attendaient patiemment leur tour sous un soleil accablant pour pouvoir payer leur facture d'électricité – je portais le couffin dans lequel dormait ma petite fille, à peine née.

Je me souviens de ma peur inexplicable lorsque je suis sortie seule les premières fois dans les rues du Plateau. J'avais l'impression que tous me regardaient.

Je me souviens de la pluie frappant avec violence les vitres, trombes d'eau, cataractes, bruits détonants qui transperçaient les fins d'après midi- la chambre  plongée dans la presque obscurité.

Je me souviens un matin de premier janvier, quatre petites filles enrubannées qui pavoisaient dans la rue de l'Abidjanaise. Une photo prise sur le vif en témoignera quelques années plus tard.

Je me souviens des cris des chauves-souris qui se juchaient -piaillantes -dans les grands arbres d'un boulevard du Plateau. Les nouveaux arrivants arrêtaient leurs véhicules et descendaient à la recherche d'une panne qu'ils ne trouvaient jamais.

Je me souviens d'un passage à la douane, après un bref séjour en France et au cours duquel la préposée aux formalités m'a demandé tout sourire « alors chérie coco, on rentre au pays ? ».

Je me souviens d'avions bondés où les cris et les pleurs de fatigue des enfants empêchaient les hommes d'affaires de se concentrer sur leurs documents et où les yeux rieurs des uns et des autres cherchaient leurs connaissances et se saluaient joyeusement.

Je me souviens d'un départ terrible, 50 francs en poche, un cake à la banane et deux serviettes de bains de plage dérisoires... c'était mes seules richesses en cette nuit de souffrance où l'oeil de la lune au travers du hublot me murmurait quelque chose que je ne comprenais pas...


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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:01

Qui peut dire les mots-perce-ventre

Hasard de la voix

Qui peut comprendre la caresse trouvée et adoptée

Remue ménage de ma mémoire

Qui peut faire naître l'envol des images

Et les portes trop sages qui enfin claquent,

                                                    Les grands murs deviennent des papiers craquelés déchirés

                                                    Roulure, rondeur et miel liquide

24 juillet 2007

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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 14:00

je

Il n'a jamais su si dire « je » était plus difficile que dire « il » ou « nous ». Une fois on  lui a reproché de commencer toutes ses phrases par « je ». On aurait bien aimé qu'il dise « nous ». Sur le coup, il a été complètement désarçonné et en secret il a compté combien de fois ce phénomène - étonnant pour l'autre - revenait dans sa bouche et ce, sans qu'il le sache. Comme un petit garçon grondé à tort, il est entré en lui et il a écouté discrètement tout ce qu'il  disait. Ce n'est pas si facile que ça de ne pas dire « je » en fin de compte. Vous n'avez qu'à essayer. En même temps il s'est  souvenu des premières expériences amoureuses avec lesquelles il avait été en contact – un temps-. Il n'aimait pas trop l'ambiance dégoulinante des « nous ». Nous on aime, nous on va, nous on a… Lui, il était « je ». Il se sentait « je ». Pour toujours et à jamais. On aime, oui, vrai de vrai, mais la solitude ou l'unicité si l'on préfère voir cela de son point de vue, c'est physiologique, génétique, préhistorique !  Ça lui était venu jeune, très jeune. Il claquait déjà les portes à sept ans, gonflé comme un coq aux plumes écarlates et automnales. Il n'était pas comme les autres. On ne pouvait lui imposer telle ou telle règle commune. Il trouvait cela tellement injuste. Il sentait la singularité à plein nez. Il était persuadé d'être venu au monde ainsi. Irrévocablement différent. Ne disait-il pas « bonjour le monde » en ouvrant ses fenêtres le matin ? Comme s'il était son seul interlocuteur. Un monde si prêt à noyer tout un chacun dans une masse immonde et indistincte.

La phrase qu'il déteste le plus ? « C'est comme ça, on n'y peut rien ». Lui, il croit au libre-arbitre. La mort sera toujours l'arme ultime.

Donc on aurait bien aimé qu'il dise nous. Ça a duré toute la journée. Ça s'est même mal terminé un moment. On a préféré partir, s'éloigner, prendre ses marques. Il est resté seul. Convaincu qu'il avait le droit de revendiquer son « je ».

Aujourd'hui, il y pense encore. Il ne sait pas s'il a eu raison ou tort.

26 juillet 2007

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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 13:55



Il y avait les nuits et puis les jours. Parfois il se réveillait en sursaut. Il pensait à compter ses morts.

Il n'y avait rien de triste dans un tel comportement. Après l'amour, la mort. D'autres avaient écrit l'amour à mort. Lui, il avait simplement un compte à faire. Dans un compte, on en raconte beaucoup.

Il fallait que ça sorte. C'était plutôt de gré que de force. Mais personne n'en voulait. On n'aimait pas trop ça en ces temps où tout ce qui bouge est béni, où quiconque se fige en une mer étale devient invisible au monde.

Remuant sa mémoire, il s'installa confortablement après avoir tapoté son oreiller. C'était la nuit. Au travers des volets mi-clos, il pouvait entendre le frémissement familier, les piaillements de ceux qui partaient au combat. Il imaginait la chouette dans son vieux tronc, prête à lui frôler le visage quand il s'approchait trop près, s'entêtant à vouloir la photographier. Il se serait bien levé pour tout noter, mais il avait peur de ne plus retrouver son sommeil. Un jour de grande tristesse, il avait relevé leurs noms, sur un carnet, comme ça, juste pour ne pas oublier. On lui avait dit que c'était morbide. Désaxé. Malsain.

Lui, parfois, il aimait à les contempler. Il s'approchait du carnet un peu angoissé. Faisant semblant de feuilleter quelques pages. Certains savaient très bien ce que contenait le carnet. Il lui fallait brouiller les pistes. Enfin, il osait. La liste s'affichait.  Alors doucement, les visages remontaient en surface, enlacés d'algues marines, vertes et longues, luisantes mais si douces au toucher. La jeunesse de ces (ses !) morts lui sautait au visage. L'injustice de leur disparition aussi Déjà à l'époque, il avait peur de perdre pied. Trop de morts, ce n'est pas bon pour la nage en surface. Ça vous plombe un homme en un rien de temps. Il a même cru un temps qu'il devait y être pour quelque chose. Il attirait le malheur comme pas deux. Il faut dire que ses morts à lui n'étaient pas des morts faciles à entretenir. En quatre ans, il avait dû composer avec … il éleva et tourna vers lui, l’index et le majeur de la main droite…deux noyades, puis l’index et le majeur de la main gauche… deux assassinats ; un bref coup d’œil lui suffit pour les englober…. quatre suicides, il relâcha  les doigts dans l’air ….il lui restait encore une mort par asphyxie, et les trop tristement habituels cancer et sida… On pouvait encore y ajouter un « écrasement » stupide ainsi que quelques morts naturelles parmi les petits vieux qui l'entouraient.

Sous les à-coups de la fortune, il luttait, pensant à chaque fois qu'en pliant il ne romprait pas. Les coups devenaient de plus en plus durs, plus fréquents, plus abrutissants. Il a sombré.

C'était il y a longtemps. Désormais il compte et recompte, en ayant peur d'en oublier. Il n'a plus trop peur de faire mourir les gens autour de lui. La vie est revenue. Parfois, il se raconte des histoires et se dit qu'ils sont vivants, quelque part et qu'ils font partie désormais des amis oubliés ou perdus de vue.

La chouette est là, qui veille. Chaque piaillement discerné dans la nuit lui vaut signe. Ils sont là, paisibles.  Le compte est fini.

 

27 juillet 2007

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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 13:48

Les deux sœurs ont dix ans d'écart

Traces de mon corps dans leurs corps

Mêmes regards

Traces de mon esprit dans leurs esprits

Miroir à briser

Les deux soeurs s'aiment d'un amour tendre et complice

À parier –infini-

Les deux soeurs, fraternelles, se protègent mutuellement

Leurs souffles se croisent et se décroisent

Leurs rires s'unissent d'un seul trille

Se serreront-elles un jour au-dessus de moi ?

 

Trêve, les deux soeurs explosent de vie et je souris apaisée – confiante

29 juin 2007

 

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