Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /Déc /2008 20:02


            Vient toujours le moment où elle s’attache. C’est forcément insidieux.
Un mot, un regard et certainement un contact.
Une main, une légère impulsion du coude, une mèche de cheveux qu’elle déplace, comme ça, juste pour mieux voir au-dessus de leur tête ou en arrière de leur dos.
Un souffle.
Le mouvement des choses reste imperceptible. Mais, elle sait quand déjà tout a basculé. C’est une sensation étrange.
Une altération involontaire du jugement.
Une douce conviction.
Une fusion de ses sentiments les plus contradictoires.
Elle regarde et d’avance elle sait désormais que cela ne peut plus être pareil.
La distance s’est amoindrie. La voilà qui a peur de perdre ce qu’elle n’a pas encore eu, ce qui n’est pas quantifiable.
La voix se fait plus chaleureuse, la lucidité se voile légèrement, la volonté s’étiole. Ils sont là, en face d’elle et elle ne peut plus oublier qu’ils sont de chair et de pensée. Son intuition lui souffle qu’elle se trompe.
Un jour, ils la laisseront et l’abandon sera unilatéral. Ses inclinations doivent rester à l’état de larves.
La fibre palpite en retrait de l’épaisseur matérielle de la peau. Elle ne doit pas succomber. Cela fausserait son analyse.
Elle refuse les attaches et les confidences.
Elle s’est blindée. Cela a pris du temps.
Travail minutieux et patient. Travail de survivant.
N’empêche qu'au moment où elle s’attache, le miracle s’est déjà produit.
Un petit prodige de rien du tout. Celui qui vient briser la banalité des jours.

Ils passent depuis quelques mois l’un derrière l’autre sans que quelque chose se réalise. Un vide sidérant de réchauffé saupoudré de redite.
Se lever, travailler, manger, se coucher.
Elle, elle a toujours aimé que la vie lui joue des tours.
De bons tours, bien entendu.
Les mauvais tours, elle les laisse volontiers aux premières pages des journaux.
Les tressaillements de son âme la ravissent à l’infini.
Mouvements alternatifs qui la font être.
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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 12:12



              Rose regarda la porte se refermer sur le dernier client de l’après-midi. Depuis qu’elle travaillait ici, elle en voyait passer chaque année un peu plus et cherchait à deviner derrière les dos courbés le chemin plus ou moins identique qui les avait conduits dans cette pièce, sagement assis sur les fauteuils de velours marron. Les lunettes légèrement abaissées sur le nez, crayon à papier planté dans la gencive droite, elle mâchonnait sa réflexion tout en parcourant quelques formulaires de demande d’aide judiciaire dont elle ne remplissait qu’une partie, celle relative à la proposition d’assistance.


            La journée s’écoulait. Elle les appelait un par un et à l’annonce de leur nom, ils levaient enfin les yeux puis franchissaient le petit espace qui les séparait du cabinet. C’est à peine s’ils la regardaient. Normal, elle était une femme et relevait désormais des virus extrêmement dangereux. Pourtant l’affection, elle pouvait l’affirmer rien qu’à voir leur tête, ils l’avaient déjà contractée. En son for intérieur, elle lui avait donné un nom : la maladie du père. Elle en avait vu qui venaient d’en réchapper de justesse alors même qu’ils n’avaient pas atteint leurs quarante ans. Rayés, disparus, envolés, par le pouvoir d’une seule phrase magique et assassine. Comme ça. Simplement, parce qu’une femme qui n’en pouvait plus décidait que pour elle, ils l’étaient définitivement. L’entourage était au courant, mais eux n’avaient su leur condamnation qu’à la présence du hasard. En pleine rue, peut-être, en sortant d’un magasin ou alors en croisant un ami qu’ils n’avaient pas aperçu depuis longtemps. Voilà qu’ils s’étaient entendu dire : - Ben quoi, t’es pas mort ?


Bien entendu pour que ces choses arrivent, Rose sentait qu’il fallait habiter une grande ville. Dans un village, cela n’aurait pas été possible, tous auraient compris la portée faussement funeste de la métaphore.


Quelques jours avant, alors qu’elle avait récupéré les deux filles de son fils, elle avait été elle-même touchée de plein fouet.

- Au fait, mamé, on a oublié de te dire, le père de Marie est mort il y a trois semaines, avait balancé la plus jeune en plein milieu du repas.

Ça avait été annoncé, comme ça, sans intonation particulière. Sous le choc, Rose avait suspendu la fourchette de petits pois qu’elle comptait avaler en paix et n’avait pu maîtriser sa surprise. Les légumes avaient rebondi en petits sauts élastiques sur le carrelage de la cuisine et Rose s’était aussitôt levée pour se saisir d’une pelle et d’un balai afin de réparer les dégâts.

Tout en accomplissant le nettoyage, elle s’était dévissé la tête et d’un regard avait interrogé les gamines : - Mais, c’est impossible… c’est maintenant que vous me dites ça ? Comme ça, en plein repas, comme si c’était une chose insignifiante ?


Rose connaissait bien Marie. Elle la prenait aussi de temps en temps, les jours où les filles passaient l’après-midi avec elle parce que leur mère ne voulait pas encore les laisser seules dans le grand appartement.

Les petites avaient haussé les épaules.

- Ben oui, on te le dit, tu devrais déjà être contente. Mais tu sais, Marie, elle a dit qu’il fallait le dire à personne…

- Mais enfin, c’est très grave, une chose pareille, avait répliqué Rose, je dois appeler sa mère tout de suite.

Joignant le geste à la parole, elle s’était dirigée vers l’appareil vissé au mur de la cuisine.

- Non, on te dit. Non, tu ne dois rien dire, nous n’avions pas le droit d’en parler de toute façon, c’est un secret, pas question que les autres soient au courant, avait ajouté la plus grande.

Rose avait essayé de parlementer ce jour-là pour obtenir davantage d’informations et surtout elle avait insisté sur l’importance que pouvait avoir la perte du père pour l’enfant. La conversation s’était poursuivie, mais les mots avaient résonné dans l’air sans trouver d’écho. Ce n’était pas une chose aussi anodine que cela pour qu’on l’évoque avec tant de légèreté. Dépitées, les petites avaient écourté le dialogue en lui extorquant la promesse de respecter le secret confié.

La journée s’était finie comme elle avait commencé, paisiblement et sans que le sujet tabou ne soit de nouveau abordé. Pourtant, plus d’une fois, Rose s’était mordillé la lèvre inférieure, balançant entre la parole donnée aux filles et l’envie d’en apprendre plus.


Quand le bruit léger de la porte se fit encore une fois entendre, Rose contempla l’homme qui sortait. Elle pensa qu’il atteignait à peine la trentaine. Pour avoir parcouru plusieurs pages de son dossier, elle savait que le couple n’avait qu’un enfant. Un petit de trois ans. Elle hocha la tête d’un air désapprobateur. C’était presque à tous les coups le même circuit. Aussi, tout en l’observant qui enfilait son manteau, elle récapitula mentalement la possible succession des faits.

Cinq ans pour se connaître, une année pour prendre la décision de se reproduire et trois pour comprendre que les caractères de l’un et de l’autre ne seraient jamais pleinement ajustés. Dans sa malchance, l’homme avait à peine eu le temps de reconnaître le rôle que le cours des choses lui avait donné. Tout déjà lui serait repris. Il lui serait interdit de découvrir ce que c’était d’avoir un enfant à soi.


Rose se laissa aller à penser à sa propre vie. Elle imagina ce que cela aurait pu être d’avoir été privée de tous ces petits gestes quotidiens dont elle avait joui sans aucune limite. Mais elle avait beau froncer les sourcils, rien ne venait. C’était sûrement quelque chose de terrible.


De plus en plus d’hommes prenaient conscience de ce qu’ils risquaient et refusaient d’abandonner la partie. Alors, ils franchissaient le seuil du cabinet. Peut-être ne feraient-ils pas le poids mais, ils comptaient quand même faire quelque chose. Il leur faudrait batailler ferme. Rosa persistait à croire que les temps avaient changé, ils avaient leurs chances. La garde alternée, les logements plus ou moins proches, tout ceci ferait que le lien qui déjà les unissait pourrait enfler jusqu’à devenir racine solide. Cela n’avait pas été le cas du père de Marie.


Un samedi après-midi, Marie s’était de nouveau présentée à la maison. Son visage maussade avait décidé Rose. Après avoir tourné autour du pot pendant la moitié de la journée, elle avait entamé une discussion anodine avec la petite.

- Qu’est-ce qui ne va pas ? On peut bavarder ?

La jeune fille avait évoqué les soucis de santé d’une amie de la mère. Le chagrin envahissait la maison. L’anxiété s’était accumulée. Après quoi, Rose se rapprochant avait demandé poliment si elle acceptait de parler de la disparition du père. Elle avait acquiescé. En une succession de questions réponses, Rose avait appris l’essentiel.


Aucune information particulière n’avait été donnée à l’enfant. Elle savait juste qu’il était mort parce que la mère le lui avait dit. Il y avait eu un coup de fil. Une conversation et c’était tout. Pas d’enterrement, pas d’explications, quelques phrases puis beaucoup de silence.

Rose s’était sentie ridicule dans sa démarche. Peu à peu, sa belle assurance et ses bonnes intentions étaient tombées à l’eau devant le calme insondable de la petite. Elle avait assuré à l’enfant que cette dernière pouvait revenir lui parler quand elle le souhaitait, mais elle savait déjà que cela n’arriverait pas. Marie n’avait pas semblé lui en vouloir.


La mauvaise surprise, c’est que deux semaines plus tard, Rose avait appris par une amie que le père n’était pas mort. Seule la mère en avait décidé autrement. Par sa seule volonté, il avait été effacé de la trilogie familiale, un jour, comme ça, à l’improviste, sans le savoir. Ça faisait une congestion de compléments circonstanciels, mais c’était la vérité. Voilà, il n’y avait pas à proprement parler de mensonge. C’était un fait.


Un monde dans lequel désormais, la fillette allait devoir naviguer. Un espace clos blindé de murs montés par une adulte qui avait dû subir un sacré paquet de cochonneries en tout genre pour en arriver à une telle extrémité.


Il était dix-neuf heures. Rose retira le crayon mordillé de sa bouche, ferma le dossier et le remit précieusement sur la haute pile qui penchait dangereusement sur le coin de son bureau.

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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 19:32

Par delà le temps... l'affection.
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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 19:28
rédition Reddition, ça rime avec édition... n'est-ce pas ?
Bon... j'ai l'air un peu bête ou de ne pas savoir ce que je veux.. mais comme je suis touchée par vos mot, j'ai pris la décision de laisser le blog en place. Qui sait ? peut-être l'écriture reviendra-t-elle et viendrai-je toute contente ici, le coeur léger ?
Allez... alors à bientôt et merci pour tous vos signes d'encouragement.

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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 10:47
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 14:16
Bon, voilà, c'est clair.. ma décision est prise. J'arrête ce blog. Avant de disparaître, je veux vous dire au revoir et merci.. Merci pour les encouragements, pour les lectures et la patience.. merci pour les petits mots ici ou en mail. Merci pour m'avoir supportée au sens propre et figuré.
Depuis des semaines, je n'ai rien à dire de plus et donc, je ferme mon blog et mon nom de domaine.
J'ai vécu une jolie expérience. Elle a l'air finie... après le myspace,c 'est donc overblog qui disparaît.

Je passerai de temps en temps lire ceux qui continuent à faire entendre leur voix.. pour le plaisir. Peut-être reviendrai-je quand j'aurai réussi à inventer de nouvelles histoires, dans quelques mois.. en attendant, je ne vois aucun sens à faire attendre les uns ou les autres.
Merci encore.

PS : je ne suis pas du tout triste ! ni défaite ! Ne vous méprenez pas sur mon geste. C'est juste que je ne sais pas ce qui se passe, mais je n'écris plus. Je dépense beaucoup d'autre énergie pour mon travai, on peut dire cela comme ça.
SdB.
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Dimanche 26 octobre 2008 7 26 /10 /Oct /2008 19:56

En fait, c’est l’histoire d’une fille à laquelle on a dit .........[...]


Bon, alors en fait c'est un texte libre pour dire que maintenant, ça va mieux.  C’est encore un peu douloureux. Mais ça va, oui, vraiment, ça va bien.

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Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /Oct /2008 09:21
Voilà, alors je me suis dit, que comme je n'écrivais plus et bien je mettrai des photos jusqu'à ce que cela revienne... sachant que les photos, ce sont aussi des histoires et histoire de ne pas vous laisser penser que j'ai disparu.


Cette photo a été prise il y a quatre jours.
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Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /Oct /2008 20:45

Je suis comme cet homme... en attente.. à l'étale...
Je dois trouver la force de venir m'occuper de Jeanne. ça viendra.. désolée de ne pas être là en ce moment...
Je crois que l'unique objet de désir se trouve dans la contemplation de mes pieds !



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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 20:34
Une vie à la con. C’est tout ce que Jeanne pensait qu’elle avait réussi à se construire. Juriste de formation, elle avait mis à bas tous ses rêves d’humanité en échange d’une paix matérielle de plus en plus décevante. Elle s’arma une nouvelle fois de courage et franchit le seuil de la porte. La grande pièce sentait le tabac froid et l’éclairage peinait dans un flageolement de néon mal emboîté. Jeanne survola deux vieux ouvrages de droit civil, quelques enveloppes épaisses refermées sur des rapports à peine lisibles et deux ou trois stylos offerts aux visiteurs de passage, plantés comme des banderilles dans un pot au milieu de la table centrale. Elle se dirigeait maintenant vers son bureau, traversant sans plus attendre la longue salle pour aller déposer sac à main et imperméable sur le dossier de sa chaise collée à son plan de travail gris-anthracite. Son ordinateur avait été allumé. Elle savait déjà ce qu’elle y trouverait. La journée s’écoulerait aussi ennuyeuse que toutes les autres, dans une succession de sentences plus ou moins capitales. Aussi, à peine assise, elle se mit à travailler sur le premier contentieux. Sa société de recouvrement traitait de plus en plus de cas et elle connaissait parfaitement l’impact psychologique qu’occasionnerait le papier à en-tête au moment de l’ouverture du premier pli.

[...]

PS : à ceux qui n'ont vu ici que les "vieux textes"...
Le blog est un atelier.. les textes sont modifiés et repris en ligne, une fois que l'oeil s'h'abitue à en voir les défauts et parfois aussi sur les conseils des yeux bienveillants qui planent au-dessus de mon écran...
donc... tant que la version finale n'est pas mise en ligne, tout ce qui se présente en morceaux peut être modifié au jour le jour.

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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 20:32

Pierre ne mit pas longtemps à la rejoindre. Son bureau proche du sien était organisé à l’identique.

- ça va ? Tu as déjà commencé ? C’était comment ton week-end ?

Jeanne se demanda à laquelle des trois questions elle devait répondre. Les deux premières ne représentaient que de simples mises en contact puisque tout disait qu’elle avait en effet entamé son boulot de la journée. Il aurait suffi que Pierre la regarde avec un peu plus d’attention. La dernière ouvrait une brèche dans laquelle elle n’avait pas précisément envie de s’engouffrer. Elle se contenta donc de hocher la tête en marmonnant un oui puis un bien, merci qui se perdit dans la sonnerie du portable de son collègue aussitôt occupé à poser de nouvelles questions purement rhétoriques.

Jeanne pivota sur sa chaise et saisit le premier dossier de la pile. Elle prit connaissance du litige. Il s’agissait d’une banale affaire de téléphonie. Un abonnement internet qui avait dû être négocié maladroitement et dont on avait négligé de faire le suivi. C’était tellement fréquent. On choisissait à la va-vite, alléché par les publicités tapageuses et avant même qu’on ait réalisé ce qui arrivait,  on se retrouvait dans une situation de totale illégitimité. Il suffisait de ne pas bien maîtriser les rouages de la machine. Jeanne imagina une facture oubliée, un paiement retardé ou tout simplement un RIB mal rempli qui vous attribuait un patronyme fantaisiste. Aucune chance que les serveurs vous reconnaissent. Dubols ce n’était pas Dubois. Impossible d’établir un lien. En quelques semaines, on passait de l’autre côté.

Les sociétés qui n’avaient pas leur contentieux n’avaient que l’embarras du choix. Il ne leur restait qu’à piocher dans une multitude d’organisations apparues au cours de la dernière décennie. Elles se hâtaient alors d’en élire une à partir de critères précis et leur refilaient le bébé. Jeanne se dit qu’en l’espèce, le règlement s’avèrerait facile, car il suffisait que le type adresse en retour le montant de la résiliation et des intérêts qu’on lui réclamait. La somme se montait à une centaine d’euros. Avec un peu de chance, il aurait de quoi réagir et la procédure s’arrêterait tout aussi rapidement qu’elle s’était enclenchée. Dans le cas contraire, la jeune femme devrait encore attendre quelques semaines pour envoyer la seconde relance. Mais les étapes s’envenimeraient assez vite. Bien trop vite. La plupart du temps, de toute façon, elle ne faisait même pas attention aux noms qu’elle retranscrivait sur son clavier. Martin, Lejaune, Régaut. L’ensemble se maintenait à de purs caractères sans aucun signifié.

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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 20:30

Elle apposa sa signature en bas d’un nouveau formulaire et ouvrit un tiroir métallique sous le plan de travail. Elle avait quarante-quatre ans. C’était l’articulation la plus douloureuse qu’elle n’avait jamais eue. Trente ans auparavant, elle avait quatorze ans, c’est-à-dire, hier. Dans trente ans, elle aurait soixante-quatorze ans, donc demain. Et, elle se tenait là, sur le seuil, indécise, ne sachant plus du tout quoi faire. Il lui semblait impossible de faire un pas de plus. Elle aurait voulu pouvoir mourir à l’instant même, tant l’avenir lui faisait peur. Ça faisait des jours qu’elle tournait et retournait ça dans sa tête. Rien ni personne n’aurait réussi  à l’apaiser. Et toutes les salades qu’elle se racontait, les nuits où elle gardait les yeux grands ouverts à contempler les fissures du plafond, ne servaient absolument à rien. Elle considérait sa vie d’un œil aigu et ne voyait pas en quoi quelqu’un ou quelque chose aurait pu décider qu’il lui suffisait. Savoir qu’elle était mortelle dégageait aussi sûrement qu’un gros coup de vent en grand quart nord-ouest le peu de raison qu’il lui restait. La religion l’avait quittée depuis longtemps. Se saisissant du cutter enfoui sous une tonne de documents empilés soigneusement au fond du tiroir, elle entreprit de décacheter le courrier dans lequel figuraient les narrations les plus affligeantes de la vie de ses clients. Leur lecture ne lui donnait aucun répit, mais elle ne s’en rendait pas malade pour autant. Les motifs invoqués étaient répétitifs, les mêmes que ceux que lui imposait son cerveau quand elle avait tranché. Elle ne voulait absolument pas mourir. Son refus était catégorique. Sa colère et sa peur, énormes. Et quand bien même la nature en aurait décidé autrement, elle s’entêtait à chercher une parade.

Elle termina la lecture du courrier. Tout à l'heure, elle devrait sacrifier sa conscience et se lancer dans les appels téléphoniques lui permettant au nom de la firme de prendre un premier contact avec la liste des nouveaux débiteurs. Elle prenait connaissance des explications données au défaut de paiement et de la situation générale de la personne, barbotant quelques notes de la pointe de son crayon à papier. À chaque fois, si elle le pouvait, elle tentait de négocier un accord à l’amiable. Contrairement à certaines sociétés concurrentes, elle ne pratiquait pas les coups de fil répétés et agressifs, n’envoyait pas d’enveloppe de couleur trompeuse aux inscriptions vagues et inquiétantes. Que lui aurait valu d’intimider les pauvres bêtes qui comme elle, se trouvaient acculées au tournant d’une vie ?

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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 18:21


"Courage ! je vais ériger mes balances au-dessus de la mer onduleuse, et je vais choisir un témoin qui nous surveillera. Ce sera toi, arbre solitaire aux puissants arômes, aux larges frondaisons - arbre solitaire que j'aime."
Nietzsche

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Vendredi 5 septembre 2008 5 05 /09 /Sep /2008 21:29
Sans commentaire.
(c) SdB

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Mercredi 27 août 2008 3 27 /08 /Août /2008 17:31


Les anges déchus se trouvent dans les cimetières et dans les rues.


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