Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 12:00



C'est un jour qui le renvoie à l'enfant à terre

Secoué par un chagrin féroce qui l'agite en tous sens

Vagues rondes et profondes

Il relève la tête, ses yeux sont vides puis froids

A chaque fois c'est la même chose

Il attend quelque chose qui ne vient pas

Il attend trop

De tous et de toutes

Enfant meurtri

Enfance volée

Il pleure

Là, bêtement, abandonné

Il veut éperdument qu'on l'aime

Et rien ni personne

Ni même la plus fidèle des amantes

N'y pourra rien changer

Et c'est ainsi qu'il se meurt de ne pouvoir s'aimer.

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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 08:19




Il a l’habitude de dire qu’il s’appelle Blaise.

Blaise, comme Blaise Pascal, mam…

Ça lui plaît bien et ça fait sourire les blancs.  Il n’a jamais rien lu de l’écrivain, mais il aime l’idée de cette prestigieuse ascendance. Il l’a choisie quand quelqu’un lui a dit le nom du  lycée français. Il aurait pu aussi bien s’appeler Jean, comme Jean Mermoz, le nom du lycée international, mais Blaise, ça sonnait mieux. De toute façon, il n’a jamais pris un avion de sa vie. Ni lui, ni ses amis. Alors Mermoz, hein, il ne voyait pas trop en quoi ça aurait pu lui apporter au sein de sa bande. Le prénom que lui a donné sa mère, il le garde pour lui. C’est son secret. Une promesse qu’il entend tenir le plus longtemps possible. 

Dans ce pays où tout semble partagé en deux couleurs qui n’en sont pas, il sait choisir son camp. Du noir et du blanc, du deuil ou de la foi, il sait le chemin qu’il lui faut prendre. Mais pour lui la foi n’est plus divine ou si peu. Il croit en lui, tout simplement. Il est intelligent et sait un tas de petites choses comme celle-ci. Des choses qu’il a apprises des religieux, avant qu’il ne se sauve de l’orphelinat. Le blanc et le noir.  Couleurs tristes des vêtements imposés par les blancs. Couleurs de leur vie monotone. Couleur de leur peau de crabe. Lui, il aime les couleurs et les bruits de son peuple, l’odeur de la vie.  La gaieté des pagnes portés par les femmes, l’odeur des beignets qui cuisent dans l’huile bouillante, l’agitation des corps en sueur qui se démènent pour gagner de quoi survivre à la journée. Parfois, il lui arrive même de s’assoupir en plein après-midi, derrière un étalage, bercé par le bruit des « taximans » qui forcent le passage et se disputent les clients de la journée.

Mais aujourd’hui, pieds nus dans la poussière, il traîne aux abords du marché, dans l’odeur des bennes à ordures qui dégueulent leur misère quotidienne de fruits gâtés et de papiers graisseux.

Ça fait deux ans maintenant qu’il s’est enfui. On le trouve le jour près du marché, la nuit en plein centre-ville dans les décombres de l’hôpital jamais terminé. Il ne porte pas l’uniforme, il sait qu’on repère tout de suite qu’il est un enfant des rues. Alors de temps en temps, quand un jeune en colère s’enfuit de chez lui et vient trouver refuge sur la colline des orphelins, il lui emprunte son uniforme, juste pour voir ce que cela peut faire d’être un enfant comme les autres. On le voir alors parader dans les dédales du marché, mais les vendeuses qui le connaissant bien, le houspillent et lui demandent où il a volé l’habit tant convoité.

Il reste aux yeux de tous un enfant abandonné ou un orphelin du sida. Un de plus qui vient grossir les troupes mitées de la jeunesse du pays. Une piécette par ci, un larcin par là. Il se débrouille bien. Les prêtres lui ont appris à lire et à compter. C’est bien suffisant pour s’en sortir. Sa mère pourrait être fière de lui.

C’est ce qu’il pense en envoyant valdinguer du bout du pied une vieille cannette métallique qui s’en va rouler dans le profond caniveau. Il traîne et rêvasse. Les journées peuvent être longues quand les poches et le ventre restent vides.

Le caniveau, il en avait peur avant. Il sait qu’à la saison des pluies, il devient un danger de plus à éviter. L’eau qui dévale des bidonvilles emporte tout ce qui se trouve sur son passage et, comme un monstre en colère, prend sa part de femmes et d’enfants. Ce sont les pompiers qui vont chercher les corps, une fois que l’eau a disparu et que la chaleur est revenue. La plupart du temps c’est la nuit que ça se passe. Quand les corps blottis de la mère et de l’enfant sont endormis sur les nattes, à l’abri d’une tôle  « trois étoiles ». Les meilleures, les plus solides, celles vantées à la télé. Pourtant, les tôles, qu’elles soient d’une ou de trois étoiles n’ont jamais empêché le monstre de prendre ce qu’il est venu chercher.

Mais lui, il a douze ans et a bien l’intention de réussir sa vie.  Le monstre ne l’aura pas.

 

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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 17:35




    L'esprit rattaché par un lien invisible aux quatre cœurs qui battent loin de lui, l'homme chemine les mains crispées au fond des poches du long manteau de laine noire. Le dos courbé, il lutte contre le vent violent qui l'empêche de progresser dans les rues désertes de ce quartier. La pluie cingle quelques devantures perdues dans l'alignement monotone des murs aveugles. La nuit est tombée maintenant. Inconscient, il avance.

    Parfois pourtant, son œil accroche çà et là, une ou deux lumières vacillantes dans les rais de quelque volet mal clos, seuls signes d'une présence humaine. Il fait froid pour la saison. La tempête annoncée la veille se déchaîne et la cité semble abandonnée et livrée à elle-même dans l'obscurité inquiétante de cette fin de journée d'octobre.

    Au fond des poches, ses mains se mettent soudain à trembler. Sorti un bref instant de sa torpeur mécanique, l'homme tente de maîtriser l'agitation des doigts poisseux en les dépliant tour à tour. Mais rien n'y fait, alors une nouvelle fois, il presse le pas.

    Tout à l'heure animé d'une impénétrable détermination, il sent maintenant monter en lui un sentiment de désarroi total.  Son esprit égaré cherche à comprendre ce qui l'a poussé à commettre un tel acte.                                                                                                 

  Il hausse les épaules et poursuit sa marche solitaire.                                                                                    

    C'est deux jours auparavant que la lettre est arrivée. C'est une enveloppe pâle. L'écriture lui est inconnue. Son nom et son adresse s'étalent en courbes gracieuses et régulières. Il pense que c'est celle d'une femme.


    Des femmes dans sa vie, il n'en manque pas. Depuis longtemps il sait qu'il est devenu l'arbre d'une forêt de lianes colorées et adroitement mêlées. Il a une femme et trois filles. Au fur et à mesure que ces dernières grandissent et prennent place sa vie, il se sent évoluer en un élément rigide, d'une grossièreté déconcertante. Il aimerait, ne serait-ce qu'une fois, échanger son attitude empruntée à celle gracile de ces jeunes pousses bruissantes. Êtres aussi indéchiffrables pour lui que la sinuosité des vrilles des vignes ou celle encore plus complexe des volutes de vapeur au petit matin dans la nature. Il se doute bien que même sa façon d'y penser est lourde et maladroite. Mais c'est ainsi qu'il se voit au milieu d'elles.

    Intrigué il reporte son regard sur l'enveloppe. Il la soupèse et cherche à estimer son contenu. Ce jour-là, il n'attend aucune nouvelle. Ni bonnes, ni mauvaises. C'est un homme tranquille. Presque transparent. Il vit sa vie au gré de ce qu'elle lui offre. Il gère les problèmes et les tracas du quotidien au fur et à mesure qu'ils se présentent. Il n'est pas très intelligent, pas bête non plus.

    Il décachette la lettre et se met à lire. C'est une lettre d'amour. Une lettre brûlante dans laquelle les mots s'ajoutent les uns aux autres comme autant de coups de poing répétés dans son estomac. Ça le rend sceptique les mots qui parlent de sexe sur la page. Son oeil passe d'un paragraphe au suivant et ça ne lui dit rien. Ce qu'il y  cherche sans le vouloir en fin de compte ne s'y trouve pas. Il n'y décèle que des fantasmes ultras rapides d'union charnelle à sens unique. Un être qui en possède un autre, le temps d'un mensonge égoïste. 

    C'est cru, il a envie de vomir. Et pourtant, il ne reste pas indifférent, le sent bien et s'en veut déjà. Il pense qu'il est comme les autres. Pas mieux. Fidèle dans ses actes, mais pas dans ses pensées. La lettre le trouble. Il n'y est pas insensible et se demande ce qu'il a pu faire pour provoquer une telle envie. Lui aussi quand il tombe amoureux, le désir s'insinue. Les images découpées s'inscrivent en pointillés dans son quotidien. Au début pas trop souvent, puis de plus en plus fréquemment. Connaître son prochain de toute façon, n'importe lequel, c'est insidieusement se poser la question à un moment donné de son comportement dans l'intimité. Ce que l'autre aime faire, ce dont il raffole. Ce qui l’affole. Sage ou audacieux. Ennuyeux ou imaginatif. Rapide ou maître de son plaisir. Le sentiment amoureux tout entier l'emporte et il se laisse aller à transgresser les codes. Il entrevoit alors les ventres derrière la trame fine des chemises. Il s’autorise à imaginer les courbes, la souplesse des cuisses, la vigueur des bassins.


    Mais, là, sur la page, le sexe est froid et mécanique. Il ne croit pas à la fusion. La femme qui s'abandonne et dont le regard se révulse, il pense qu'elle est encore seule en elle, même s'il a franchi les barrières de son intimité après avoir surmonté celles de sa pudeur. Le sexe pour le sexe, il en est encore à un stade où il trouve ça pauvre. Mais il ne prétend pas être meilleur que les autres.


    Lui, il a besoin de terrain balisé, d'une confiance aveugle pour pouvoir progresser. Il se sent faible et fragile. Les corps mécaniques qui enflent et se désengorgent, il les laisse aux adolescents surexcités par leurs hormones déréglées, aux hommes avides de conquêtes et de reconnaissance. Ceux qui accumulent dans leurs cerveaux les odeurs de sexe des femmes qu'ils ont conquises ou par lesquelles ils ont été possédés et dépossédés. La lettre continue à se dérouler ce jour-là. Il lève les yeux vers la photo posée sur le meuble de l'entrée. Il fait monter en lui la fragrance à jamais mémorisée, le contact sous ses doigts de la peau si souvent parcourue. Confortable état de qui peutenfin abandonner les masques.  


    Son aventure à lui, ne se passe pas dans des jungles inconnues, autour de forteresses imprenables. C'est une aventure continue. Vallées fertiles qui ont donné la vie, champs aux parfums simples et familiers. Terre rassurante du quotidien, celle qui apaise les faims des âmes passagères. Hospitalité chaleureuse qui parfois, au détour d'une journée particulière sait devenir festive. C'est alors quelque grand pavois qui est hissé, une nuit illuminée par un feu d'artifice, le souvenir plus développé d'une soirée estivale aux lourds parfums envoûtants. Sa terre à lui suit les saisons. Aux chaleurs torrides des débuts ont succédé automne, froid et renouveau. Et c'est un cycle qui fonctionne depuis très longtemps maintenant. C'est sa terre, il l'aime et pense la connaître ou tout du moins s'y reconnaître. Pas besoin de miroirs sans tain pour savoir qui il est.

Au bas des derniers mots, il trouve le nom et l'adresse.

C'est deux jours avant et il ne sait pas encore qu'il n'est qu'un humain.

Il pense à cela en affrontant la noirceur de la nuit. Il se sent faible. Arrivé près de chez lui, les rues ont repris leur agitation habituelle. La lumière crue des vitrines maquille à grands coups de pelles les yeux fatigués des passants. Au fond de ses poches, l'odeur de la femme, les restes sucrés de ses caresses. Il est un homme comme les autres maintenant et il presse le pas alors pour rejoindre les siens.

 

29 septembre 2007

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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 14:12
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 18:47


Afin d'alléger l'écriture (et votre lecture) de La cour, j'ai décidé de reprendre un vieux texte et de le dissocier d'une écriture à douze paires de mains que nous avions entamée il y a un peu plus d'un an maintenant avec une bande de bons copains...

L'écriture commune pour des raison d'organisation (lourdeur, rythme et ... ) n'a pas vraiment abouti mais le projet se trouve encore en ligne ici.
Je reprends donc mon personnage pour voir ce que , seule, j'aurais pu en faire ....
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 18:45

Le départ


Si elle continue à me regarder comme ça la vieille bique près de la fenêtre, je vais lui faire avaler son dentier, ça va lui ravaler la façade.

J’ai beau essayer de me concentrer sur ce que je tiens entre les mains, je n’arrive pas à faire abstraction des regards qui ne cessent de balayer mon corps depuis que je me suis installée dans le compartiment. Faut dire que je suis une sacrée grosse, obèse même ! …mais drôlement jolie du visage. Ça va faire huit ans maintenant que j’ai décidé de disparaître.

Se rendre méconnaissable ça fait partie du packaging que je me suis choisi le 31 décembre 1999 au moment où j’ai définitivement quitté mon domicile et mon ancienne vie. La prise de poids, y a rien de tel pour vous donner le don d’invisibilité. Je sais de quoi je parle, j’ai été criminologiste….La seule chose qu’on retiendra de vous, c’est la quantité de place que vous avez prise aux autres.

Tout en haussant les épaules, je fusille du regard  la fausse blonde qui me fait face et je replonge mon joli nez dans mon dossier graisseux. Pour la énième fois, je relis le nom et l’adresse sur l’enveloppe. Il y a  quinze jours, j’ai découvert le tout sous le porche de l’hôtel particulier où je crèche depuis le début de l’automne.

A Paris,  tu as intérêt à faire vite si tu veux avoir une place au chaud pour l’hiver. Marie Planchon, 16 rue Montevideo, 75016 Paris.

C’est une invitation pour se rendre à un week-end de retrouvailles. Il ne m’a fallu pas plus   d’une petite huitaine pour l’identifier, la Planchon,  en me planquant près des boîtes aux lettres.

Faire le sous-marin pour une  baleine comme moi échouée dans le quartier, ce n'est pas des plus faciles ! Mais malgré mon pitoyable statut de SDF, je n'ai pas perdu mon radar. Avouons que baleine ou pas, quand t’as bossé pour la criminelle pendant dix ans, t’oublies pas tes vieux réflexes du jour au lendemain.

Le dossier, je l’ai extrait de la poubelle devant l’immeuble alors que je cherchais quelques astuces pour améliorer mon confort quotidien. On peut changer de vie, plus difficilement d'habitude, c’est un secret pour personne.

Si au lieu de s’occuper de ses saloperies de multinationales qui font pencher toujours la planète du même côté mon mari, avait ne serait-ce que deux idées qui se suivent à mon sujet, cela ferait sûrement un bail qu’il m’aurait remis la main dessus.

Je n'aime pas le changement. Je dirais même mieux, je déteste tout ce qui vient perturber mes habitudes. Et si je m’emballe pour un week-end en Sologne, c’est moins par envie de promenade que pour satisfaire mon penchant à dénouer ces intrigues tortueuses que les gens mettent des siècles à mettre au point et que de fatales erreurs dénouent en un rien de temps (tu parles d’une « fatal error » ! ).

La fille qu’invite tout le monde, elle s’appelle Céline. Pourtant le beau monde qu’elle a invité, c’est pas du plus pur si j’en crois ses notes que je viens de lire en tournant les pages du dossier. Vous allez vous demander comment j’ai fait pour prendre le train et mettre ma carcasse dans un vêtement correct section taillissime d’un catalogue connu ?

A la fin du dossier, j’ai trouvé une nouvelle enveloppe dans laquelle étaient soigneusement pliés cinq billets de 500 euros. La vache, c’était plus qu’il m’en fallait pour me payer une bonne tranche de rigolade. Je n’ai eu plus qu’à prendre le train afin de rejoindre le  château pour quadragénaires en mal d’affection. Ça doit quand même faire deux cents kilomètres de trajet, ce qui me laisse largement le temps de continuer à étudier le dossier.

La petite Céline a eu beau préciser, tenue de plongée exigée, je sens bien que c’est pas que de l’eau bleue qu’on va devoir traverser. Et moi la boue, j’aime ça, j’ai pas un air de Peggy la Cochonne pour rien.

 

[...]

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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 22:40

"Toi mon petit coco, si j’en crois ton dossier c’est pas depuis hier que tu t’es mis à boire. Pas besoin de me mettre le petit doigt à l’oreille. Ton visage pue l’alcool à dix mètres. T’as beau me sourire avec ton air de journaliste qui gagne pas trois francs six sous, je vais pas te refaire imprimer une carte de presse pour nouveau-né. Va falloir que t’assume si j’en crois les notes de Marie dans le dossier. J’ai mis un petit moment à comprendre que c’était toi sur la photo, le joli petit merdeux en Ralf Lauren vert pomme. Faut dire qu’entre ce que je vois sur le papier et ce qui est avachi en face de moi, c’est pas un chemin de campagne…que tu as dû parcourir en vingt ans. Faut croire aussi que t’as pas non plus dépassé la page rendez-vous sportif du dimanche après-midi au fin fond de ta campagne. Pigiste à ses heures perdues, et écrivain, y a écrit sur ton dossier. C’est entouré en rouge. Avec trois points d’exclamation. Je ne sais pas trop ce que tu penserais de ce qu’elle a ajouté en-dessous.
Bordel, c’est quoi celui-là encore ? Je crois que je ne suis pas la seule à ne pas aimer prendre la voiture ces temps-ci. En montant, j’ai repéré Justin Meunier. Un faux russe de mes deux qui trempe plus souvent dans la magouille de haut vol que dans l’intimité de sa femme. Le v’là qui vient de se coller la truffe contre la vitre du compartiment. Il a l’air d’un Cyclopterus lumpus auquel on aurait pas encore retiré ses oeufs. Allez, je me marre toute seule et je lui envoie mon plus beau sourire. Faut croire que les kilos ça continue à en exciter quelques uns et j’ai bien l’intention d’en profiter. L’oreiller, y a rien de tel pour vous arracher les plumes en douceur. S’il continue comme ça, c’est pas ses oeufs qu’il va perdre ! Apparemment il est en bisbille avec une bande de jeunes. J’aime pas les vieux. J’aime pas les jeunes non plus. Voici maintenant qu’il ouvre la porte du compartiment en grand et qu’il se met à me hurler dessus en russe ! Non, mais c’est pas vrai, qu’est-ce qui croit le con, que je vais lui répondre ?
Je suis incognito dans ce wagon, moi. Je me suis donnée une mission. Je vais pas griller ma couverture tout de suite. Ok, je suis pas Marie, mais je suis grosse. Et personne osera me dire quelque chose quand je vais me présenter sous son nom. Les grosses on leur tourne autour mais on leur pose pas de questions sur leur poids. Je vais les devancer et leur dire que j’ai fait un accident thyroïdien. Mon visage me sauvera. Bon, la tuile pour le moment c’est d’arriver à engager la conversation avec Eric. Il m’a pas encore reconnue. Tu me diras, c’est normal puisque je ne suis pas moi. Je vais me pencher et laisser tomber l’invitation, on va voir comment il accroche le petit salopard. Il peut pas avoir oublié Marie. Une meneuse pareille, avec autant de sang-froid, il fallait bien ça pour les mener tous à la baguette, les petits merdeux."

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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 22:34
Bon, allez. Je me bouge. Action ! J’ai un plan à mettre en route, moi. Je donne un vigoureux coup de hanche à mon voisin tout en regardant effrontément la vieille bique qui s’est plongée avec une assiduité suspecte dans un vieux numéro de « Nous Deux » des années 75. Rien que d’évoquer la tiédeur des propos qui y sont échangés, mon c,,ur tressaute nerveusement dans la gélatine qui fige à jamais ses mouvements amoureux. Ma généreuse oscillation a suffi pour faire glisser le carton d’invitation aux pieds d’Eric. J’en profite pour me lever et quitter le wagon. Une fois la porte franchie, j’accentue mon balancement et tente de longer l’étroit couloir qui mène au wagon-bar. Il s’en suffit de peu pour que je manque être étouffée par l’estomac protubérant d’une vieille femme qui s’entête à vouloir trouver un compartiment qui n’existe pas. Ces vieux ! Pas moyen de les conserver dans un placard. Tout en marmonnant de vagues explications, je lui indique la mauvaise direction en espérant qu’elle ouvrira la porte de sortie qui donne sur les rails. Aidée par cette allure particulière qui en décourage plus d’un, il me suffit d’un bref coup d’oeil par-dessus mon épaule pour vérifier que mon hareng a mordu à l’hameçon. Il me suit. C’est ce que je veux.
Une fois accoudée à la misérable planchette qui fait office de bar latéral, je compte mentalement jusqu’à vingt en séparant bien les nombres puis me retourne d’un seul mouvement. Eric me fixe d’un air vaguement intéressé mais je le laisse venir à moi. Je suis prête à ferrer et j’en savoure d’avance une jouissance invisible. A peine quelques mots échangés. C’est vraiment toi ? Oui c’est moi. Ha ! Ben ça alors ! T’as pas changé ! Ben toi… plutôt…. Si ? Non ? d’un air gêné.

C’est pas trop dur de lui faire avaler mon huile de foie de morue à la sauce tyroïde post-Tchernobyl. J’en suis encore à huiler mon sprat à coup de cuillères vomitives que je le vois déjà qui commence à jeter de brefs regards vers le présentoir du minuscule comptoir. Décevant et déçu le haddock. Pas d’alcool à bord. Il doit déjà commencer à être en manque. Je le laisse mener la conversation. C’est qu’il a du bagout l’ami. Qu’importe…la platitude de notre échange a eu pour une fois l’avantage paradoxal d’accélérer le temps. Voici que le train arrive en gare. Je lui propose de nous louer une voiture pour rejoindre le château. Pendant que je m’occupe des formalités, Eric s’empresse de recharger ses munitions. Je prends une petite berline bleu marine. Prétextant avoir oublié la mienne à Paris, j’ai réussi à emprunter la CB d’Eric en échange de deux belles coupures flambant-neuf. Y a plus un loueur sur l’hexagone qui accepte de te prêter un véhicule contre du liquide. Scandale des temps modernes. Si t’as pas ce fichu rectangle de plastique, t’es foutu d’avance. Ne te donne même la peine de passer par le comptoir départ, t’es dirigé directement vers l’arrivée. Tu pourrais vouloir leur payer cash, qu’ils continueraient à te regarder d’un air désapprobateur. Et dire qu’on est en démocratie….Je tends la carte. Je me sens de nouveau pratique, rapide et efficace. Ce voyage est un vrai lifting pour moi. Dix minutes plus tard, le loueur a un regard torve en me voyant glisser ma carcasse dans l’habitacle et régler la position du siège à mes mesures. M’en fous, c’est pas lui qui me conduit. Eric s’installe. Une fiole argentée dépasse de son Burton délavé. Il glisse discrètement un sac en nylon à ses pieds boueux. Un bref coup d’oeil me suffit pour apercevoir deux bouchons de malt. C’est ça, mon coco, facilite mes affaires… Alors que je dirige la voiture vers le château, je renvoie brusquement la conversation sur l’enregistrement vidéo qu’Eric a fait il y a vingt ans.

Tout est consigné dans le dossier. Putain, je serre les lèvres et prie pour qu’il réponde positivement à ma question. Oui ? Non ? Bingo, la K7 est dans le sac de voyage d’Eric. Il l’a prise comme ça, bêtement, sans trop savoir pourquoi… Je retiens mon souffle. Calme toi, chérie, tu connais un peu la direction à prendre, relaxe, tu vas pas perdre les pédales maintenant, si près du but. J’ouvre l’autoradio et balance la FM en sourdine. Mon coeur se calme. J’ai beau être habituée aux pochtrons de la rue, les relents avinés de mon coéquipier ont plutôt tendance à me révulser. Non, mais je le crois pas. Le voilà qui commence à glisser ses sales pattes vers mes cuisses. Mais il croit quoi, ce con ? Arrêt pipi. Je pile et tout en l’écrasant de ma plantureuse poitrine, j’ouvre la porte passager et lui intime l’ordre de descendre se rafraîchir les idées. A peine a –t-il posé la cheville à terre que je redémarre en trombe, laissant la force de l’accélération refermer brutalement la portière. Dans un dernier regard au rétro, je vois Eric s’écrouler dans le fossé. J’ai la K7. Bordel, j’ai la K7.
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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 18:24
46

Si pour n'avoir jamais par importunité
Demandé bénéfice ou autre récompense,
On se doit enrichir, j'aurai (comme je pense)
Quelque bien à la fin, car je l'ai mérité.

[...]

JDB



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Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /Jan /2009 18:19


46
Si par peine et par sueur et par fidélité,
Par humble servitude et longue patience
Employer corps et biens, esprit et conscience,
Et du tout mépriser sa propre utilité,


[...]

JDB.
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Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /Jan /2009 17:14




Conte de Noël version journal de 20 heures.


Inutile que je vous fasse part de ma nature pessimiste.. donc, ce matin, au réveil (je suis du genre illuminée le matin), je me suis dit que la météo des derniers jours sur Marseille me donnait l’occasion de rattraper mon piteux conte précédent.. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, ça se trouve là. Voici alors que mon imagination galopante se met en branle. Je saisis mon clavier à deux mains afin de rédiger un truc bien doux pour les petits enfants. Je pense que je vais pouvoir écrire une belle histoire. Un truc qui fait du bien à l’âme. J’imagine donc, un petit marseillais qui parlerait comme ça (pour ceux qui ont pu voir le documentaire (il y aurait d'ailleurs des choses à dire sur ce dernier !)  Dix ans, le monde et nous.. ça devrait leur rappeler quelque chose :
- Je m’appelle « Médjhy...».., j’habite à la cité de Bel-Air et moi, mon rêve tu vois, ça serait d’avoir de la neige pour descendre les escaliers pentus d’ici…parce que moi, j’ai jamais vu la neige…

On peut aussi inventer :

- Je m’appelle « Karim ».. mon papa est à l’hôpital, je voudrais bien lui faire un dernier cadeau. Son rêve il m’a dit un jour, ça serait de revoir les montagnes de son village avec la neige.

Ce n’est pas Oscar et la dame en rose, mais on en n'est pas loin.

Je vous en fais d’autres ? Alors, hop… je rédige.. je rédige…je malaxe…
Et puis soudain, je me dis :
- Mais ma pauvre fille, si en plus de la pauvreté, tu leur mets la neige à Marseille, il y en a bien quelques-uns, pas habitués au froid, non ?


C’est ça le problème avec les contes de Noël ....
Tu en ravis deux et tu en tues presqu’autant !




NDA : qui a dit que le soleil pique ?

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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /Jan /2009 17:10




Il pleut. Peu à peu au cours de la journée, la luminosité s’est réduite. Les fenêtres, légèrement grises, dénuées de rideaux – elle a toujours aimé la manière hollandaise -   laissent entrevoir la rue. Elle aime beaucoup la pluie. Cela n’oblige pas au bonheur, c’est simple et ça rend heureux les jardiniers. La rue comme une mer. Marée d’hommes et de femmes. Marées d’esprits agités par des vagues de désirs confus et insondables. Tout en se déshabillant, elle suit d’un œil encore vaguement intéressé, les remous dont elle vient à peine de se détacher.  Sur la chaussée glissante, les parapluies poursuivent leur ballet et s’éloignent dans un fragile équilibre de croisements. Ses yeux se dénouent enfin et se rivent aussitôt sur la toile d’une minuscule araignée plantée dans l’angle d’un cadre doré. Elle se dit que si la vie exige le respect des lois du mouvement, cela ne concerne plus l’univers dans lequel elle a décidé de vivre. La petite bête aura donc la vie sauve et continuera à alterner ses propres va-et-vient au fil de ses envies. Elle laisse au-dehors les énergies potentielles. Toutes celles-ci se traversent avec bien peu de chances de produire une collision réelle.

La voici reine en son royaume, et seule une femme est là qui l’attend sagement dans un fauteuil depuis le matin.

Voilà tout ce à quoi elle tient le plus au monde désormais. Rien ni personne d’autre ne compte plus pour elle. Il lui a fallu beaucoup de temps pour en arriver à cet accord tacite.

Dans la pénombre de la pièce, pas un bruit. Elle avance en silence. Les meubles lui sont doux à l’œil. Tout sent bon. Comme à chaque fois qu’elle revient, elle se laisse paisiblement envahir par l’impression de chaleur qui émane de l’ensemble. Une lampe est allumée. Toujours la même. Pendant son absence, une fragile nuance d’écorce d’orange s’est répandue au creux de l’air. C’est un simple anneau de terre cuite qu’elle a acheté, un jour, il y a longtemps...Elle a pris bien soin d’exiger du vendeur plusieurs petites boîtes. Chacune en contient trois. A l’allure où elle les casse, elle sait qu’elle peut tenir encore une dizaine d’années. Chaque matin, elle y dépose quelques gouttes puis elle active l’interrupteur basse tension. C’est une veille amicale. Elle se demande qui pourrait faire mieux. Tout en poursuivant son déplacement de chatte silencieuse, sans s’en rendre compte, la voilà qui dévie la direction des rayons lumineux.  Mais aucun regard ne se lève pour suivre des yeux la robe de coton dont elle s’est vêtue ce matin juste avant de quitter la maison. Qu’importe . Seule compte sa vive satisfaction. Il lui a fallu beaucoup de temps pour créer son domaine. Accumulations de micro-enthousiasmes, de dérisoires entichements. Une petite sorte de little shop of treasures. Tout fait signe et surtout montre combien elle a eu besoin de combler les vides. Une attente de plusieurs années. Mais jamais rien n’est venu. Alors, les livres se sont accumulés sur les tables, sous les lits, dans chacune des pièces du petit appartement. On en voit un peu partout. Piles dangereuses qui soutiennent sa vie. Elle se dirige vers la chambre et quand elle revient, elle perçoit la mélodie répétitive d’une chanson d’autrefois. La musique tourne en boucle. Elle va la maintenir allumée toute la soirée. Un morceau chaque soir. Certains sont terriblement démodés, mais elle, elle les aime toujours et de toute façon, elle n’écoute plus la radio depuis longtemps. Elle avale un bol de soupe puis découvre la couverture au sol près du siège. Elle la ramasse d’un mouvement gracieux du poignet et s’en couvre les épaules.

Alors, avant de prendre place dans le fauteuil, elle se saisit de la seule femme qu’elle ait aimée et reprend sa lecture là où elle l’a laissée la veille.

 

 

 

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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /Jan /2009 19:48
                


    Elle tendit l’oreille.
    Dans le brouhaha indéfinissable qui l’entourait, comme à son habitude, elle venait de saisir au vol une phrase lancée en l’air. Ça disait qu’on avait beau se trouver à côté de quelqu’un, parfois on n’entendait rien. Elle se redressa et délicatement écarta le rideau.

     Un peu plus loin, dans l’espace étroit qui faisait office de salon d’essayage, elle aperçut deux femmes d’une soixantaine d’années. L’une des deux, dans une succession de déhanchements qui auraient pu être comiques si elle n’avait pas été si âgée, s’évertuait à entrer dans un de ces cachemires bon marché, bien trop juste pour son opulente poitrine. L’autre lui parlait de ses problèmes d’audition.

    Amusée, elle laissa délicatement retomber le tissu. Oui, parfois, elle pensa qu’on avait beau se croire tout près d’un être, on n’entendait rien. Plus rien ne fonctionnait. Les mots, les échanges restaient sur un terrain neutre et semblaient oubliés aussi vite qu’ils avaient été prononcés. Le cœur éteint, enfermé dans le noir des jours patiemment accumulés, obstruant la lumière des premières rencontres. Elle sourit à la métaphore facile.

    Une cabine d’essayage comme lieu de recueillement en ce samedi après-midi, c’était bien quelque chose qui lui correspondait, mais qu’elle gardait secret. Dix minutes plus tôt, lassée, elle avait décidé de suspendre ses achats et de se réfugier là, en dehors du flux assommant des acheteurs. En quelques mouvements (étonnants aux yeux de qui l’aurait observée), elle s’était emparée de deux chemisiers et de trois jupes. Elle les avait entassés sur son avant-bras. Puis de nouveau sans daigner gratifier d'un coup d’œil la pauvre fille outrageusement maquillée qui faisait office de vendeuse « avec expérience » et « souhaitant évoluer rapidement », elle avait récupéré le petit carton de plastique réglementaire qui attesterait à sa sortie qu’elle n’était pas une voleuse.

    L’affirmation la taraudait. Elle se laissa glisser une nouvelle fois contre le fond de la cabine. À dire vrai, depuis longtemps maintenant, elle n’entendait plus le cœur des autres. Enserrant ses genoux dans un geste enfantin, elle rectifia mentalement.

      Pas les cœurs des autres, juste le cœur de l’autre. Certes, elle ne s’était peut-être jamais sentie seule, mais elle se savait seule. C’était une obsession. Le couple n’était qu’un leurre. Qui aurait été capable de dire la réalité de l’affection que l’un portait à l’autre. Quelle était la part de peur de la solitude, de l’échec, de l’humiliation si l’un des deux rompait les amarres que le temps avait encordées de chanvre et de sueur mêlés . Quels mensonges plus forts que les sentiments réels les avaient étroitement imbriqués . Longtemps, elle s’était crue à même de faire front, de tout larguer et de hisser ses voiles quand bon lui semblerait. Mais au lieu de tout cela, elle avait appris la patience. Le voyage n’était pas un chant d’amour.

       Plutôt une succession infinie de résistances aux désirs. Un étrange et permanent sentiment de manque. Palliatifs. Soins intensifs. Abandons de soi. Insidieux. Froids. Calculés. Resserrant son étreinte, elle concentra son regard sur un trou minuscule au bas du rideau. Une lumière aiguë, pointue comme un faisceau magnétique, attirait et contractait - sans qu’elle le maîtrise - son iris. Ses paupières, légèrement bordées de gris, plissées par la concentration intérieure qui l’animait, ne laissaient rien filtrer. Une fois encore, qui aurait pu présumer en l’observant, que derrière cette attitude psychotique (impropre à une journée de soldes), existait un cheminement de pensée. Elle était soudain comme ces vieux SDF assoupis. Elle pensa qu’on les croisait sans vouloir imaginer qu’au revers des visages détruits et déshumanisés, palpitait encore une activité cérébrale mêlant réflexion, mémoire et représentation du monde. L’admettre pour elle, c’était se reconnaître une défaite personnelle de plus. Tout tournait au gris décidément ce jour-là. Quelqu’un s’approcha du rideau et elle dut tousser légèrement pour faire fuir une inopportune candidate à la cabine.


              Elle savait qu’il lui restait peu de temps avant de déclencher l’inquiétude ou les soupçons. Au fil des années, loin de s’être détériorée, comme l’avaient été son corps et ses muscles, sa vie lui semblait avoir pris de la valeur. Le couple en lui-même était loin d’être l’essentiel objet de sa convoitise. Une fois une certaine forme de sécurité assurée, tout à la fois matérielle et morale, les désirs étaient nés ailleurs ou s’étaient révélés très différents de ce vers quoi son éducation l’avait orientée. La honte sur elle si elle avait soutenu le contraire, pensa-t-elle en hochant la tête et en agitant doucement ses genoux dans un balancement rassurant. Savoir que quelqu’un vous attend quelque part. Dans les années 2000 un best-seller, planqué derrière des vitres miroirs contre lesquels les regards avaient buté, avait dit tout haut ce que chacun sans vraiment vouloir l’avouer se disait tout bas. L’ultime attente étant bien entendu celle de l’au-delà. Elle se demanda si le succès du roman n’avait pas tenu à ce seul titre. Combien étaient-ils à vouloir à tout prix que quelqu’un ou quelqu’une les attende quelque part ? Voilà ce qu’était le couple. Deux qui parfois étaient convaincus que l’autre partout, de tout temps et pour toujours l’attendrait quelque part, ici ou là, dans un ailleurs indéfinissable. Elle, elle refusait de croire à cet ailleurs.

Seuls le présent et sa qualité lui importaient.
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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /Jan /2009 18:19


Ce jour-là, j’avais mis un temps fou à désosser le vieux bus en bois. Abandonné dans le kibboutz depuis quatre décennies, personne n’avait osé profané le lieu. Paix à l’âme du derrière de mes ancêtres. Les premiers réfugiés reposaient désormais en paix. Prenant mon courage à deux mains et remerciant par avance l’Eternel, j’entrepris pourtant un déboulonnage minutieux.

Je donnai ensuite un coup de pinceau violet, la couleur de lavande d’Adifa dite la préférée.

Et voilà, le tour était joué. Enfin j’avais créé dans mon jardin un mémorial digne de notre famille.

Qui aurait encore pu prétendre que je perdais la boule ?

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Mercredi 7 janvier 2009 3 07 /01 /Jan /2009 19:47




Aux artificiels sentiments de mica bleu pâle

Transparentes veinules aux  parois fragiles

Si faciles à éventrer

Je préfère l’épaisseur et la profondeur des vases

Dans lesquelles je chemine

 

Peu de lumière ici,

éclairages publics défaillants

Mais la réfraction y est d’or et de poussières

Et les sombres strates amortissent les douleurs

De mes noyades intimes

 

Dans les mondes obscurs qui sont les miens

Les éclats sont de verre et tranchants comme des rostres

 

Toute violence est bannie, goudronnée

Depuis bien longtemps

Quelques coups de plumes

En sont les seules traces archéologiques

 

Vertiges archaïques de mondes anciens

Contre lesquels j’ai longtemps lutté

Et dont je refuse de voir

Les fossiles

 

Ni comparution ni défilé

 

Communication à peine audible

Assourdie par la profondeur

Des eaux marines

Mais contacts réguliers sinon permanents

Ainsi

Nous veillons à la paix.




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