Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 15:54


Je n'écris pas... je lis. Je viens de finir une petite perle qui m’a bien fait rire et réfléchir. C’est ma lûne qui m'a conseillé ce roman… et elle a bien fait.

 

Ça s’appelle

Mensonges sur le divan

Et c’est de IRVIN D. YALOM

Ça m’a donné envie de dessiner ce que le psychanalyste demande à un moment à un de ses patients : il doit représenter sa vie par une ligne indiquer d'une croix l'endroit qui le sépare du début ou de la fin (ce qui on en conviendra est comme le verre d'eau à moitié vide ou à moitié plein.. c'est selon..)

Alors moi, j’ai joué aussi… ça a donné ça...

En pense ce qu'il veut qui veut....!

Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 20:16


Mains qui sonnaillent de cuivres mêlés

Prénoms étranges

Dans le bleu des pagnes indigo

Vous m’attendiez


Au loin

Traces de peintures

Trésor de latérite

Aux murs des cases

Ocre mêlée

À mots couverts et parfumées

Rires en sourdine

Bouches parois

Roses et miel

Dents roussies par la kola

Petites sœurs

ô vos sourires enchantés

Ce jour-là devant l’objectif

Parées

Vous vous abandonniez


Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Communauté : Gros plan sur la poésie
Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 10:07
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Communauté : le texte voyageur
Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 20:01

Au creux de la paume, une bille brisée 

Lunule de l’ongle en kaléidoscope de fortune

Petit amas de terre où dans la pâleur ombrée

L’enfance oubliée renaît

 

Agacée par le souvenir

Je vois le crayon au vert acide

Richesse de la mine

Pigment coloré

Convoité parce qu’inaccessible

La vie n’existe pas encore

 

Les images aux angles rompus jaillissent

 Odeur de réglisse

Sombre picoté sur la pointe de la langue

Éclair du plastique transparent de la bague aux mille reflets

Long serpent mauve de la guimauve

Les dents s’enfoncent

 Et la gorge suffoque

Explosion de la poudre blanche

L’esprit enfin s’entend à palpiter

 

Un peu plus loin sur le chemin

Cuisse lacérée par le frein de vélo,

La tache se dilue dans le gravier

Goût de sang du métal dans la bouche

Genou par la pointe éperonné

 

La boîte à clous

Rousse lunaison

Git sur le sol du grenier

 

Joues rosies.

L’enfance endormie.

Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Communauté : Les mots dans tous leurs états
Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 10:44
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Communauté : un jour , une photo , un blog
Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /Mars /2009 20:27

 


Quand il entra dans la pièce, il s’approcha du magnétophone. Un vieux modèle. Un Revox G 36 de 1964 à deux vitesses. Il enclencha l’interrupteur et les bandes magnétiques se mirent en mouvement. Il écouta ce qui avait été enregistré.

- Demain, j’ai quarante-cinq ans. Je ne sais pas combien d’années il me reste encore à vivre, néanmoins on peut dire que j’ai eu de la chance. J’ai longtemps cru que ça se passerait difficilement pour moi. J’avais plutôt mal commencé et ça n’a pas été facile de fourrer ça dans un coin de ma mémoire. Depuis deux ou trois ans, je trouve que la vie m’est plus supportable. Mes gosses sont grands et ont ce qu’il faut pour tenir la route ; je présume qu’ils devraient pouvoir s’appuyer sur ce que je leur ai transmis…

Un silence se fit entendre, mais l’oscilloscope montrait que l’enregistrement n’était pas fini. Il perçut le soupçon d’un souffle. La voix reprit :

-  J’ai toujours peur de mourir. Il n’y a pas un matin, pas un soir où je n’y pense. Quand j’étais plus jeune, j’étais persuadée que je mourrais à dix-huit ans. C’était un pari que je m’étais fait. Un pari à un seul parieur … Une sorte de vision romantique. Paf, comme ça !  A dix-huit ans, je devais mourir ! Je comptais les jours. Il fallait que cela arrive. Cela me donnait un tas de raisons valables pour faire tout ce qui me passait par la tête. Tout. Sans aucune limite.. C’était mon destin. Un destin différent des autres. J’étais appelée. Une sorte d’élue à la façon juive, férocement convaincue. Entièrement tournée vers elle-même. Un mur tout autour. Je devais vraiment m’ennuyer pour penser un truc pareil…Dans mes projections, je visionnais  des images très belles…  Une mort délicate. Juste ce qu’il fallait pour que cela se déroule bien….. Vingt-sept ans plus tard, je me dis que je  n’aime pas trop raconter cette histoire, mais que je ne peux pas en faire abstraction non plus…

Une nouvelle fois, la voix s’atténua. Il y eut un nouveau silence.

- Et puis, mes dix-huit ans sont venus et il ne s’est rien passé. Et rien, c’est strictement rien !  Un anniversaire à mourir d’ennui. Un gâteau, des bougies et un vide sidérant qui m’attrapait par les chevilles et qui s’apprêtait à ne plus jamais me laisser en paix. J’avais attendu l’inimaginable …  à cet âge…… or la mort, saleté de saloperie, me le refusait à moi ! Moi qui l’en avait priée…me faisant ce jour-là, le premier d’une longue suite de  ses plus beaux tours de cochon !  Je me retrouvais condamnée à vivre alors que  ça commençait déjà à me faire drôlement mal…

Pourtant si ce jour-là, la mort s’est dégonflée, mon désir de mourir s’est maintenu... C’était en moi, comme gravé…

La voix tinta en un petit ricanement….

- Je crois que je n’aurais pas dû jouer avec ça.  Aujourd’hui, ça me donne un peu des frissons toutes ces conneries.. . J’ai quarante-cinq ans demain et à l’intérieur, j’ai quinze ans. Je ne suis même pas sûre d’avoir atteint cette haie de l’adolescence qu’on passe à cet âge-là, peut-être suis-je encore un peu plus jeune que je le crois…Il n’y a rien d’original, je pense qu’on est tous un peu pareils. L’enveloppe est là, c’est certain… ça a même tendance à m’affoler cette vieille enveloppe qui se dégrade tout doucement …Pourtant à l’intérieur c’est encore tout neuf ! le cœur, l’esprit, les désirs… les envies… l’amour… ce sont comme des plumes légères, des bulles et des rêves… ceux de mes quinze ans justement.…

On m’a confié que quand on apprend qu’on va mourir (comme si on ne le savait pas avant !), il paraît qu’on passe par un tas de sentiments différents bien codifiés : le déni, l’étonnement, la colère, la rage et puis la plupart du temps une forme de résignation… alors  on commence à ranger ses affaires.  Oui, demain, c’est mon anniversaire.  Vaudrait mieux que je commence à ranger. Je vais avoir quarante-cinq ans.

Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Communauté : Les mots dans tous leurs états
Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /Mars /2009 21:30

En entrant dans le couloir, il aperçut le chapeau qu’il lui avait offert l’été précédent. Il se trouvait suspendu à la patère,  le long du mur. Il s’avança, déposa ses clefs sur le meuble de l’entrée et contempla la ribambelle de coccinelles délicatement reproduites sur le liseré. La paille s’était assouplie. Elle se soumettait à la caresse dans la lumière douce du bronze ancien. Le couloir sentait bon. Il avait toujours aimé cette odeur.

Une porte donnait sur sa chambre. Le lit en était vide. Il observa la lourde couverture. Elle tenait absolument à son couvre-lit, quelle que soit la saison. Il détourna les yeux. Près du placard, une paire de bottes crottées. Aux semelles, quelques feuilles sombres, aspirées par ses marches forcenées. Il inspira puis expira. Elle avait dû faire un peu de jardinage. Il avança. Un bouquet de lilas mauve se trouvait coincé sous son bras. Il portait entortillé au bout de ses doigts graciles la ficelle dorée d’une boîte à gâteau. La cuisine se tenait au bout du couloir. A son entrée, la lumière du jour enveloppa sa grande silhouette dégingandée. De longues parois de verre cernées de plomb laissaient entrer un bout de jardin. Se saisissant du vase planté au milieu de la table, il entreprit d’ouvrir le robinet de l’évier immaculé. Il le remplit consciencieusement puis y plongea les fleurs.

Malgré son absence, il identifiait soigneusement son odeur. Ça sentait la tempête et la mer, les algues et le vent joyeux. Il vérifia ensuite qu’il n’avait pas oublié les bougies. Huit. Huit petits paquets. Soulagé, il inspira de nouveau dans un grand mouvement de poumons. Sa joie ne connaissait plus de bornes. Un sourire lui barrait le visage. On lui aurait donné quinze ans à peine.

Enfin, il entendit des rires et des piaillements au fond du jardin. Il plia son buste maigre, plissa un peu les yeux et l’aperçut près du potager.

Son corps léger s’encadrait dans la petite porte en bois. Elle tenait une conférence aux merles à bec jaune. Le cœur joyeux, heureux comme un enfant, il ouvrit la porte-arrière et partit à la rencontre de sa mère.

 

Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /Mars /2009 15:56


PS: Je ne retrouve pas le texte... il a pourtant déjà été édité... Faudrait que je range un peu !


3 février 2008

 

 

 

Ce matin-là, le brouillard ne se leva pas. Une fois le réveil éteint, Helena entreprit de chausser les minuscules claquettes qui lui servaient de mules et se dirigea vers la cuisine. Les murs, laqués d’un rouge profond, s’illuminèrent brutalement quand elle activa l’interrupteur. Trois globes laiteux éclairèrent la longue pièce. Comme à son habitude, elle put alors, d’un seul regard, saisir les éclats fragmentaires de sa vie.

Fragiles cadres noirs qu’un seul coup de vent -un peu tapageur- déséquilibrait. Il fallait toujours penser à alterner l’ouverture des portes de la cuisine. Faute de quoi, le vent de mer, brutal et arrogant s’empressait de s’y engouffrer. Autrefois séparées par des murs dans l’archaïque organisation architecturale, le nouvel agencement les avaient transformées en sorties de plateau. Elles étaient devenues partie prenante de la grande scène de la vie. Agencement théâtral, côté cour et côté jardin. Désormais, la moindre ouverture simultanée équivalait à créer un couloir de vent destructeur, tragique pour ceux qui figés au mur, s’entêtaient à vouloir encore participer alors que le temps les avait à jamais immobilisés dans un passé révolu. Sans vraiment en prendre conscience, elle songea à l’effet que cela lui faisait, au moment où ils heurtaient bruyamment le sol. Elle avait en horreur tous les signes qu’elle ne pouvait concevoir que comme de mauvais augures. Mais les photos poursuivaient leur contemplation. C’était pour elle, dans le vide de la pièce, autant de présences étranges et silencieuses.

Le temps qu’elle reproduise la suite de petits gestes étiquetés quotidiens, la nuit poursuivit encore quelques minutes son entêtant envoûtement. Par la fenêtre, seules de frêles silhouettes figées par les nappes de brume répondirent à son coup d’oeil matinal. Depuis dix mois maintenant, l’isolement dans lequel elle vivait lui convenait parfaitement.

Mais demain serait un autre jour. Elle repensa à cette phrase si célèbre qu’elle s’était appropriée une bonne fois pour toute. D’un geste joyeux elle envoya valdinguer deux sucres au fond de sa tasse et tout en restant debout appuyée contre le rebord de la table en vieux chêne, elle entreprit de beurrer (avec un bon gros beurre salé des Charente) une épaisse tartine de pain complet. Elle adorait le contact des petits cristaux de sel sur sa langue. Une fois la machine à café enclenchée, elle s’assit et entreprit d’ouvrir son courrier. Le calendrier annonçait sa date – vendredi 8 février.

C’était le matin qu’elle aimait faire cela. Le matin seulement. Le soir était réservé à la lecture et à l’écoute. Les livres et la musique étaient devenus ses seuls interlocuteurs accrédités.  Plaisir toujours renouvelé, sans aucun regret. Pourquoi se mentir. Pas d’atermoiement inutile et stérile, sa liberté recouvrée était une des choses les plus surprenantes que la vie lui avait offert ces derniers temps. Le veuvage lui allait bien. Elle avait maigri, un peu rajeuni (mais était-ce possible une fois la cinquantaine bien installée), avait changé de coiffure, pas de coiffeur..

La vie avait de nouveau un petit goût acide, un petit goût de neuf qui lui agaçait les dents sans la faire souffrir, un petit goût d’inconnu et de pied de nez.

Elle mit de côté les quelques rares factures qui arrivaient encore par la poste et suspendit son tri quand elle soupesa une nouvelle fois l’enveloppe blanche qu’elle avait écartée instantanément la veille. L’écriture parfaitement connue était à elle seule un appel à la vie. Elle sourit et s’égara quelques minutes dans une sorte de songe éveillé. De nouveau,

ce week-end là, la maison allait retentir de cris et de bruits vivifiants. Elle savourait à l’avance les sursauts que lui occasionneraient le claquement intempestif des portes. Elle se figura les petits bisous qui viendraient poisser son cou et la douceur de ses gestes qu’elle ajusterait soigneusement les tabliers de fortune aux petites tailles des enfants poudrés de farine. Déjà elle savait qu’elle sortirait la plus belle de ses nappes, celle avec les cerises brodées.

D’un geste interrogateur, elle tourna puis retourna obstinément entre ses doigts l’objet qui venait déranger son quotidien puis consentit enfin à décacheter l’enveloppe.

Elle adorait les lettres. Elle avait toujours pris un plaisir insensé à imaginer le contenu des unes et des autres. Les lettres d’amis, les lettres d’amour, toutes ces lettres accumulées dans sa mémoire et dont pour certaines elle avait appris des passages par cœur afin d’en mieux savourer les arabesques délicates. Alors, dans le vide que représentait toute forme de hasard – masse liquide d’une fausse transparence, elle lut le message. Pierre lui annonçait qu’il viendrait, si cela ne la dérangeait pas, lui rendre visite ce week-end là.

 

Pierre, son frère. C’était lui tout craché, cette façon de s’introduire dans un présent immédiat. La lettre arrivait alors que peut-être, il se trouvait déjà au bout du chemin, à quelques pas d’elle. Ce ne serait pas la première fois. Sa demande n’attendait aucune réponse. Qu’elle soit là ou pas, disponible ou non, il viendrait. Chaque annonce donnait lieu à un petit rituel qu’elle avait eu, au fil du temps, l’obligation de décoder. Une venue annoncée par lettre était un bon signe. Un signe joyeux. Elle en était déjà certaine. Parfois elle avait dû composer avec d’autres signes bien plus délicats. C’était une rose rouge abandonnée devant la fenêtre de la cuisine, un ruban de velours accroché à la plus haute branche du pommier, un disque glissé dans la boîte aux lettres, une paire de ciseaux pendue au portail du jardin. Autant de présages insolites qui devenaient la promesse d’une visite impromptue que son mari n’avait jamais pu apprécier. Immanquablement son arrivée produisait des vagues, et plus d’une fois, c’est seule dans son lit qu’elle avait dû entamer sa nuit. Ces jours-là, Martin préférait dormir dans un autre lieu. Il abandonnait la place, entreprenait une retraite stratégique. Le frère et la sœur en même temps, c’était un combat perdu d’avance. Elle n’avait pas cherché à lutter. L’affection qui les unissait était au-delà des mots. Elle n’y pouvait rien. Pierre surgissait comme un tourbillon au gré de la marée. Les portières claquaient et à peine l’accueillait-elle qu’il la saisissait dans ses bras et l’embrassait comme un amant impatient.

Dans la cuisine qui commençait à se nimber de la pâle lumière de février, elle soupira. Il allait falloir composer entre les enfants, les petits enfants et cet homme qui n’avait jamais su grandir.

Elle débarrassa la table et saisissant un petit bout de papier, elle dressa la liste de ce qu’il lui faudrait pour nourrir toute son insatiable tribu.

Pierre, Pierre et son amour envahissant. Il s’était pourtant stabilisé, ne ressemblant en rien du coup à l’image stéréotypée que l’on se faisait d’un frère aimant trop sa sœur. Il avait épousé une chouette fille qui lui avait donné deux enfants. Un boulot stable dans le monde du théâtre. Une situation plutôt enviable parce que rare. Elle lui procurait des revenus suffisants qui le mettaient à l’abri de la précarité que subissaient la plupart des gens du métier.

Un strudel, elle ferait un strudel. Avec de vieilles pommes qu’on ne trouvait plus dans les supermarchés et de la cannelle, oui, une bonne cannelle que les enfants lui avaient rapportée de Ceylan.

 

Pierre, Pierre et sa soif d’elle. A tout jamais inassouvie. Il avait toujours été incapable de prendre une décision importante sans tout d’abord lui en référer. Il n’attendait pas vraiment de réponse,  mais il la voulait, là, toujours sur le pont. D’une écriture fine, elle ajouta du veau et des carottes, elle ferait une blanquette. C’était bien une blanquette à l’ancienne. Ça n’avait besoin de personne, ça mijotait doucement sur la vieille gazinière. Elle n’aurait plus qu’à donner le petit coup de main pour la sauce, au dernier moment. Elle n’oublia pas d’ajouter les citrons pour pouvoir blanchir la viande. Mais elle se refusa à inscrire le mot « champignons » sur la liste qui commençait à s’allonger. Tous savaient qu’elle détestait les champignons. Un mauvais goût et un parfum qui lui révulsaient l’estomac et la faisaient paraître plus pâle.

Pierre avait neuf ans cette année-là et elle treize à peine. Il la suivait déjà partout. Cela ne la dérangeait pas. Elle avait été habituée dès sa naissance à le prendre en charge. Chambre commune, amis communs. Elle s’amusait de le voir traverser, nu, la chambre enfantine où déjà les corps cherchaient à percer les mystères du plaisir. Parfois, il se pendait au lit gigogne, et elle ne pouvait s’empêcher de hocher la tête d’un air contrit tout en se demandant ce qu’il deviendrait. La nuit, les confidences se faisaient plus douces, moins abruptes et, bercée par toutes les histoires qu’il lui inventait, rien que pour elle, elle imaginait leur vie comme autant de merveilles à venir.

Ce jour-là, les parents avaient décidé qu’on ferait une grande promenade. Le père avait chargé le pique-nique dans la  4 L, un vieux plaid ferait office de nappe. La mère, comme à son habitude, n’avait rien décidé et suivait la tête ailleurs, plongée dans ses pensées. La mère, on se demandait toujours comment elle avait pu faire pour mettre au monde deux enfants si robustes. Elle passait sa vie à rêver, un livre à la main, à la façon d’une petite liseuse qui n’aurait jamais voulu vieillir. Helena réalisa soudain qu’il était évident que Pierre ressemblait de plus en plus à leur mère.

L’entrée, lui posait un problème. Elle se demanda quelle entrée pourrait convenir à tous. Il n’était pas question de ne pas faire plaisir. A sa table, on se devait d’être ravi et chacun devait avoir envie de revenir. Une règle d’or à laquelle il n’y aurait aucune dérogation.

Elle opta pour une soupe de fanes de radis qu’elle complèterait avec du pâté et du saucisson.

Il lui faudrait passer réserver le gros pain de deux qui trônerait en signe d’union au milieu de la table.

 

Rassurée par ses choix, elle reposa la liste, saisit sa tasse et entreprit de savourer son café. Elle avait un peu de temps devant elle, le minuscule supermarché du village n’ouvrait pas avant huit heures.

Un panier à la main, chacun s’était égayé dans la nature cet après-midi là.

Il lui sembla une fois encore entendre les grands bois qui résonnaient de loin en loin. C’était une succession d’appels brefs. Seule une attention précise pouvait permettre d’identifier dans l’excitation générale, l’origine et la localisation des voix. Tu en as…. Oui et toi… Ici, ici, venez vite…Mais très vite, les enfants, déjà fatigués,  avaient traînaillé d’une souche à l’autre, tiraillés entre l’ennui et l’envie de participer aux recherches. C’est alors qu’au détour d’un bosquet un peu plus compact, ils avaient découvert une étroite bande de mousse épaisse. Fascinés, ils s’y étaient sans un mot et d’un seul mouvement, abandonnés. Une fois allongés, Pierre s’était tourné et dans des rires étouffés, elle s’était emboîtée contre son dos, genoux pliés.  Ils avaient formé une unique tache lumineuse perdue dans le vert liquide.  Enfants égarés, petits poucets démultipliés, ils gisaient à terre, comme absorbés par la forêt. Autour d’eux les frondaisons pareilles à de grandes algues marines, réfractaient la lumière. Le jeu avait dès lors consisté à cligner des yeux tour à tour pour filtrer les rayons du soleil et déceler ce qu’ils percevaient de leur avenir. Cela avait duré longtemps. Elle ne se souvient plus vraiment. Elle reconstruit pas à pas, au fur et à mesure de la remontée des images. Kaléidoscope un peu usé de sa mémoire.

Dans la cuisine, elle ne bouge plus. Son regard seul, erre sur les portraits, traces joyeuses de leur enfance.

Son frère sentait bon. Le corps menu et musclé lui avait donné un terrifiant sentiment de puissance. Elle s’était senti mère alors qu’elle n’était même pas encore femme. Au fil des minutes, elle avait glissé ses bras de part en part du corps aimé. Une fois son frère délicatement enlacé, elle avait ensuite faufilé ses mains au creux des siennes dans un geste ultime d’abandon. Il s’était alors retourné et l’avait embrassée.

Le retour fut rapide. La mère et le père devant, les enfants derrière silencieux. Épuisés, ils ne mangèrent pas et allèrent immédiatement se coucher.

C’est elle qui les trouva le lendemain.

Reposant sa tasse, elle ne put encore s’empêcher d’avoir un pincement au cœur en repensant aux formalités qui avaient suivi le décès de ses deux parents. Pierre et elle furent mis sous la tutelle d’une tante. Ils eurent une adolescence sans soucis. Choyés, aimés, rassurés, ils se mirent à pousser aussi droits que les grands arbres qui les avaient abrités ce jour-là.

 

Cependant, parfois, elle se demande encore ce qui se serait passé si elle n’avait pas été si fatiguée par tout cet amour pour Pierre, ce soir-là. Elle qui n’aimait pas les champignons, elle aurait sûrement insisté pour qu’on lui prépare autre chose. Et la mère, épuisée, aurait cédé et choisi un plat familial, comme elle, aujourd’hui.

Elle sourit, haussa les épaules et regardant la lettre, elle se dit qu’il fallait encore qu’elle se fasse belle, il ne tarderait pas à arriver.

 

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Communauté : Au fil des mots
Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /Mars /2009 15:34




Moi j’aime bien me promener dans les supermarchés. J’y vais à pied, c’est plus économique. Quand je reçois les documents publicitaires, je regarde les prix et je prends des notes. Je me suis acheté un carnet pour ça. Au début, je m’y perdais un peu, mais ensuite, j’ai fait des parties et maintenant je peux aller directement à mes petites affaires.

Chez Usimo, c'est pas cher. Je paie et je reviens dans l’après-midi. Il y a plus de soleil. Les jours où j’ai vraiment envie de me faire plaisir, je me contente d’un échange, mais la plupart du temps je rapporte et je demande un remboursement. Ça m’occupe. Une fois je râle sur la qualité, une fois parce que j’ai trouvé moins cher chez Touniprix.  Je n’ai pas encore réussi à entrer en contact avec le directeur, mais j’ai lié une amitié avec le chef du rayon charcuterie.

Maintenant, quand il me voit arriver il me fait du « Bonjour Madame Lefranc » long comme le bras. Je me demande s'il n'a pas un petit béguin pour moi.

L’autre jour, je lui ai demandé comment ça se faisait que je ne trouvais plus la marque du saucisson « Cochonor », le saucisson en or comme on dit sur l’étiquette. C’est difficile à croire, mais il a pris du temps et il a discuté avec moi. J’aime bien les supermarchés, c’est humain, on crée des contacts. C’est ce que je me tue à répéter à Roger qui ne veut jamais m’accompagner. Le chef de rayon a reconnu avec moi que Cochonor, c’était vraiment le meilleur ! À la fin, on a formé tout un petit groupe. Deux ou trois dames se sont mises à parler avec nous des mérites de la marque.

Le directeur en personne est venu voir s'il y avait un problème rapport à l'attroupement. Alors, le jeune homme m’a présentée.

Ils m’ont assurée que j’étais une cliente attentive, qu’il en faudrait plus des comme moi. J’en ai été tout émue.

Depuis que Roger m’a acheté l’internet, c’est encore mieux.

J’ai appris à faire fonctionner les moteurs de recherche. Dès que je vois une différence de prix, hop, je note et j’enfile mon manteau. Tout en galopant vers le supermarché, je mets en place ma stratégie. Mais à vrai dire, ma petite gâterie à moi, c’est le courrier. Le « maileu » comme ils disent. J’ai réussi à trouver le nom du chef de rayon de chez Usimo et c’est à lui que je m’adresse.

Au début j’ai eu un peu de mal à le croire mais j’ai reçu une lettre dans la journée. Je leur avais parlé d’une poêle que je m’étais achetée mais qui n’avait pas fait ce que je pensais qu’elle devait faire. Je ne suis pas beaucoup allée à l’école mais j’ai du style, moi, alors je les peaufine mes "maileux".  Le plus incroyable, c’est que dans les premiers temps, ils m’ont répondu. Chaque semaine un message, chaque semaine une réponse. Alors peu à peu, j'en ai envoyé deux par semaines... puis chaque jour... enfin au tout début, un seul quand même...c'était amusant tous ces petits messages qu'on s'envoyait... Bon, je n'avais quand même pas que ça à faire mais fallait bien que je reste polie avec eux.

Petit à petit, j’ai pris goût au courrier. Les jours d’hiver, c’était quand même plus pratique.  Madame Lefranc par ci, Madame Lefranc par là… Je crois qu’ils m’aiment bien. Après quoi, je me suis concentrée un peu plus sur ma nouvelle tâche. Je me suis mise à leur signaler toutes les erreurs que je trouvais en me promenant ici ou là. Alors pour ne pas que je leur cause du tort, quelquefois , ils m’ajoutent des points sur ma carte de fidélité. Parfois pas.

Depuis quelque temps, je ne sais pas ce qu’il se passe, mais je présume que les communications ne fonctionnent plus. Ils ne répondent plus. Je dois envoyer mes messages plusieurs fois par jour. Ils doivent être débordés. Je vais aller voir cet après-midi. Ils ne sont sûrement pas au courant.

Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 13:09

Il l'a rencontré par hasard. Il ne sait pas comment. C'est venu comme ça, dans sa boîte email. Ça disait « nouvelle a peut-être lire ». Y avait déjà une faute d'orthographe, ça commençait plutôt mal. Et pourtant il est allé voir et est tombé comme sous le charme.

Trop facile. Belle gueule et mots comme des rictus tordus en dérive permanente. Une écriture obsessionnelle et mal fagotée. Mais une écriture quand même. Riche et saignante comme une bonne viande rouge. Il n'aime pas la viande.

C'était comme des insultes proférées par un enfant au travers d'un pare-brise arrière de voiture, un dimanche soir sur le périf.

Il ne doit pas être le seul à l'avoir reçu, c'est ce qu'il se dit ce matin en ouvrant une nouvelle fois son courrier. Il aimerait en savoir un peu plus, et en même temps regrette déjà. Il aimerait savoir qui a reçu, qui a lu, qui a détesté. Il ne sait rien et ne saura pas grand-chose, il le sait déjà au fond de lui.

La vie le pousse d'abandons en abandons, de renoncements en renoncements. Exactement ce que d'habitude, il condamne lui-même dans ses textes. Il se sent fatigué de toutes les dernières semaines qui se sont écoulées. Il aspire à se retrouver et à recouvrer un semblant de paix. Il  ne sait même plus comment il est entré dans cette spirale et ne sait pas encore comment il va en sortir. Il compte les jours. Il sait que c'est sa seule chance. Son coeur est soumis à rude épreuve et il lutte contre les leurres. Sale lumière pour sales phalènes. Il sait que personne ne se connaît, que chacun se cache sous des masques permanents et variables comme la réfraction de la lumière sur les grands marais.

Et pourtant à chaque fois il succombe. Y pourtant rien de vrai. C'est un monde de pulsions. Certains salissent les mots en les employant n'importe comment. D'autres font semblant. Mais lui il veut y croire. Il est comme ça. Presque pur parfois. Trop ambivalent pour qu'on lui accorde quelque crédit que ce soit. Les mesquineries sont partout, les sensibilités exacerbées pour certains, émoussées pour d'autres.

Il sait qu'il ne devrait pas passer sa vie à alterner les moments de calme et les moments où il est « border line ». Mais c'est comme ça, il n'y peut rien. Il n'aime pas calculer La vie lui offre parfois des portes grandes ouvertes dans lesquelles- s'il le souhaite- il peut s'engouffrer. La plupart du temps il résiste et il arrive à les longer sans se faire happer par les spirales combien tentantes des vibrations intimes et musicales. Pourtant il sait aussi que, peut-être, ce sont ces portes ouvertes et offertes qui sont comme des signes. Luttes sourdes contre le sentiment éternel de solitude ou de lassitude devant toutes ces choses qui ne changent pas. Seulement il n'est pas ce qu'il prétend être.  Il pense au fond de lui qu'il est un arnaqueur de plus, rien d'autre. Son calme est un faux semblant, comme sa douceur ou ses sourires. Il est né en colère. Le monde qui l'entoure le désole et le met à terre. Souvent il cherche parfois à hurler plus fort, juste pour faire taire le monde autour de lui.

La violence se tapit et elle le ronge en attendant son tour.  Alors il se tord en permanentes souffrances et ses explosions terrifient ou apitoient ses adversaires. Rien ni personne ne pourra y changer quoi que ce soit, sauf peut-être l'être qui partage son existence et ramasse les morceaux de temps en temps.

Il voudrait tout prendre et s'y perdre le temps d'un mirage. Mais il referme la boîte aux lettres sagement et sait qu'il ne le fera pas. C'est pas le jour, ni l'endroit, encore moins le moment.

Il se sent un peu vieux.

24 août 2007

Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Communauté : Ménagères de moins de 50 ans
Jeudi 12 mars 2009 4 12 /03 /Mars /2009 22:51


Depuis des heures, elle est debout derrière son comptoir. Elle s’est déchaussée. Un escarpin à bout pointu git de traviole planqué à ses côtés. Avec méthode, elle se frotte les orteils contre l’arrière de son bas fumé. Tout à l’heure, l’agent commercial de chez N. lui a offert une boîte de chocolats. Elle l’a glissée sous le meuble. Elle attend qu’il y ait un peu moins de clients. Il est gentil M. Martin. Ça fait cinq ans qu’il leur rend visite. Maintenant, elle sait qu’il se rend directement au troisième niveau pour saluer ses vendeuses préférées. Elles sont au rayon coiffure. Il est représentant indépendant en petit matériel, produits et accessoires. Lors de leur première rencontre, elles ont tout de suite vu, Anita et elle qu’il devait être sympa et agréable. Germaine dit qu’il a une classe folle. C’est vrai qu’il porte beau ; une gracieuse mallette en cuir et neuf mois sur douze, il est vêtu d’un trois quarts en velours foncé.
Parfois, elle se demande ce que ça lui ferait de changer d’homme. Si Robert mourait, combien de temps lui faudrait-il avant d’accepter qu’un autre homme ne la prenne dans ses bras, ne se glisse dans son corps ? Ça doit être quand même bizarre de recommencer tout le tintouin. Les crampes dans le ventre et l’envie permanente d’être avec l’autre. Elle ne sait même plus l’effet que ça fait. Il lui en reste juste le souvenir, pas les sensations. Si elle devait subsister sans homme, ça serait comme être enterrée vivante.
L’étage est surchauffé. En ces périodes de fêtes, le chauffage a été monté pour tenter les clients qui se gèlent à l’extérieur. Elle a beau avoir mis un léger tee-shirt de soie noire, elle craint que son fond de teint ne laisse une vilaine trace sans qu’elle s’en aperçoive.
Elle a vraiment besoin de prendre un chocolat, mais le chef de rayon va encore lui tomber dessus c’est certain. Elle a mal aux pieds. Ses talons sont trop hauts, ses escarpins trop étroits. Ce matin, Anita lui a demandé si elle accepterait de sortir avec elle samedi soir. Elle ne sait pas si c’est une bonne idée. De toute façon, ce soir-là, elle ne peut pas, elle doit garder les enfants de sa fille.
Elle s’adosse légèrement au tabouret qui se trouve derrière le comptoir. Les clientes ne le voient pas. Les vendeuses n’ont pas l’autorisation de s’en servir. Le règlement devient de plus en plus strict. Plus personne n’a son mot à dire. Les licenciements ont écrasé les voix les plus tenaces.
Elle, elle est restée. Il a juste fallu qu'elle mémorise les groupes et leur comportement. Stage de formation obligatoire. Mise à niveau. Niveau de quoi, bon dieu ?
En gros, elle a appris à encourager les petits achats fréquents des personnes âgées, et à répondre aux recherches des produits « mode » par les adolescents. La liste est longue. Quand le responsable du rayon leur a fait passer les tests de formation, (alors même qu’elle avait déjà eu ses cinquante ans) il y en a bien eu pour quarante pages. Elle y est allée le cœur noué dans ses tripes, mais tout s’est déroulé correctement.
La semaine précédente, sa fille l’avait préparée et de toute façon elle avait toujours été bonne à l’école.
L’après-midi touche à sa fin.
Même si elle maîtrise désormais la plupart des techniques.  Elle sait choisir avec soin sa tenue vestimentaire et son niveau de langage (comme si elle ne l'avait jamais su ...). Mais elle est consciente que son attitude du jour lui vaudra les foudres du chef s’il la surprend déchaussée et encore plus s’il la voit enfourner un énorme chocolat.
Quand même, elle ne va pas les laisser fondre. Elle jette un coup d’œil anxieux au papier mordoré.
[...]
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Communauté : Ménagères de moins de 50 ans
Mercredi 11 mars 2009 3 11 /03 /Mars /2009 22:16

 

 

Je passe des heures à contempler mes ongles. Assise bien droite sur ma chaise. Les pieds posés  à plat sur le sol. Je ne fais pas un bruit. J’essaie de m’oublier. Mais mon corps, sans que je le veuille, s’impose à moi et sous la chaise mes jambes commencent à s’agiter. Un petit moulinet de la cheville, puis un autre. Un plus large du genou, puis un autre. J’écarte les orteils de mes pieds. Je forme de larges éventails au travers desquels passe le soleil du petit matin. Hier, j’ai réussi à chiper un petit flacon de vernis et j’ai peint méticuleusement mes ongles en noir. C’est très joli. Mais je pressens que cela ne va pas durer longtemps. Inquiète, je plaque mes mains contre mes cuisses et leur demande d’être sages. Dans quelques minutes peut-être, on va m’appeler. Si on me voit bouger, je suis sûre que cela va aggraver les choses. Mon sac de classe, à terre, attend mon bon vouloir. Il est énorme. Par peur qu’on me confisque les seules affaires qui m’appartiennent, j’y ai tout entassé. En vrac. Il pèse des tonnes. Mais je n’ai aucune volonté. Juste celle d’échapper une fois encore à la longue liste de choses qu’on va me demander de faire et qui m’empêchera aujourd’hui de me rendre à l’école. Le sac attendra. De toute façon c’est à peine si je sais lire et écrire. Je suis fatiguée. L’école, c’est juste bon pour voir mes copines. Enfin, le peu que j’aie et celles qui comprennent ma langue. Je me débrouille entre le pidgin et le twi. Pas trop le français. Faut dire que quand ma maman est morte, j’avais à peine six ans. J’ai fait des otites à répétition mais personne ne s’en est aperçu alors je n’ai pas appris à reconnaître les sons. Il y a quelques semaines la vie m’a fait une vacherie de clin d’œil. Ma grand-mère est morte. Enfin, j’allais pouvoir souffler. Le jour des funérailles, j’ai rêvé de mon père. Il venait me chercher. Mais il n’est pas venu. Je suis restée toute seule dans la maison, avec la vieille. Mon père, je ne sais pas où il est. On m’a dit qu’il est aux Etats-Unis. Moi, je sais bien qu’il est mort comme ma maman. Autrement cela ferait longtemps qu’il serait venu me chercher.

Laver, ranger, balayer, j’ai cru que tout ceci allait s’arrêter. Fini aussi, les courses incessantes à l’autre bout de la ville pour aller acheter pour trois fois rien ce que j’aurais pu trouver plus près mais plus cher. La consigne est  claire. La somme donnée très petite et à peine suffisante si je ne marchande pas sévèrement. De toute façon, les coups de bâtons et de savates suffisent à me rappeler à l’ordre.  C’est plus facile qu’apprendre à lire. Mon problème, c’est que j’avais oublié que ma grand-mère avait une soeur. Et donc tout a recommencé. Je suis revenue au point de départ. L’autre jour à l’école, on m’a demandé si je savais ce que signifiait mon prénom. Je n’ai rien répondu parce que je ne le sais pas. J’ai juste souri doucement en baissant les yeux. Je m’appelle Destinée.

 

11 AVRIL 08

 

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /Mars /2009 20:06



Ceci est un vieux texte. Mais c'est un texte que j'aime bien pour un tas de raisons... il se trouve également qu'en le rééditant pour mémoire, il me rappelle à l'ordre, dans un certain sens.

L'ordre de la réalité ou comme dirait l'autre - à son "principe"-.

 


Voici donc le texte :


Hier j'ai reçu un message qui était entrecoupé d'une image. Elle faisait signe. Un peu plus bas, dans le corps du texte, un deuxième signe apparaissait. Alors j'ai pensé ça :
Les messages entrecoupés. Images. Références. Allusions.


et puis j'ai écrit ça....
Il y avait un lien. Je l'envoyais dès lors dans l'espace.

"Elle a longtemps utilisé ICQ. Ce dernier lui semblait avoir le mérite d’afficher en temps réel ce que chacun était en train d’écrire. Une conversation à part entière, simple, naturelle, économique. Elle ne sait pas si c’est encore ainsi. Cela remonte à longtemps. A ses débuts, les yeux fixés sur le noir de l’écran, elle n’y avait pas accordé une véritable attention. Elle regardait d’un air vague s’afficher les mots, les phrases, attendant dans sa globalité le propos. Étonnée, elle avait peu à peu réalisé que le procédé lui permettait de suivre  le cheminement de pensée de son interlocuteur invisible. Cela relevait parfois de la fascination.. Alors que les uns et les autres continuaient à s’apprivoiser, elle a commencé à observer plus attentivement, cherchant à décoder ce que les mots seuls ne disaient pas. Les caractères s’affichaient petit à petit,  mais voilà que les mots avant même d’être écrits dans leur intégralité disparaissaient.  Entêtée, elle s’accrochait au curseur qui repartait dans les prémisses même de l’affirmation. Le noir sur la page devenait silence et réflexion. Elle attendait. L’autre hésitait. Cela lui donnait l’impression vertigineuse d’être enfin  au plus proche de l’intime. Du moi de l’autre. Intérieur étrange auquel personne n’a jamais accès. Parfois même pas soi-même. Toutefois, consciente des limites de son raisonnement, elle n’avait jamais oser émettre l’hypothèse que cela pouvait concerner la pensée tout court. Autour d’elle, elle avait cherché à partager sa découverte mais il lui était très difficile de transcrire une pareille sensation. Les déroulements, les enroulements de ce qui se passait là sur l’écran. C’est quand elle a, elle-même, commencé à tricher avec ce petit jeu de va-et-vient, qu’elle l’a définitivement abandonné. On peut toujours faire dire n’importe quoi aux mots et aux blancs entre les mots, même si c’est en noir que cela se passe. Aujourd’hui, seul lui reste en tête le bruit du steamer à vapeur pour lequel elle avait opté et qui annonçait l’ouverture et la fermeture des sessions."


Ce à quoi je pensais en fait, c'était aux signes que consciemment ou inconsciemment celui qui parle envoie à l'autre.
Ainsi me semble-t-il qu’on me rappelle sans cesse au principe de réalité quand on me joint une photo prise en webcam ou qu’on me précise - I quote : "déco by the dame que je love beaucoup".

Voilà les signes auxquels je faisais référence.

Oui - pour la photo, parce qu'en effet comme je l'évoque avec les noirs et les blancs, les enroulements et les déroulements sur la page, on peut faire dire n'importe quoi aux mots et que je m'entête à l'imaginer (celui qui m’avait envoyé le mail) comme une sorte de B.P érudit. Non que B.P soit le fan de ma vie mais parce qu'il est le seul que je connaisse dans la catégorie littéraire... les autres ne sont que des noms ou des titres au haut des livres, et je n'ai jamais eu la chance de toucher du doigt ce monde...(devrais-je dire cet univers ?).

Et oui - parce que -  deuxièmement, je pense savoir de moi combien peu m'importe celui qui se trouve dans un certain sens physiquement dans la vie matérielle puisque je ne m'attache en fait qu'aux seuls mots et propos.

Le fait est que l'échange en devient riche et fréquent. D'où peut-être sa volonté innocente et/ou raisonnable de me rappeler son existence réelle. Et en même tant comment ne pas apprécier cette délicatesse-là ?

Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Communauté : Ménagères de moins de 50 ans
Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /Mars /2009 08:55



Qu'importe où se tient ma maison
et à quoi elle ressemble
s’il s’y trouve quatre murs
et au milieu
les objets et les photos,
le lit et l'assiette,
le drap bordé de couverture
et la simple soupe fumante ;

Qu'importe ce qu'est ma maison
et à quoi elle ressemble
si l’on y voit la porte qui protège
la fenêtre sans volet clos
et au milieu du carreau
le cœur à la peinture
qui laisse entrevoir la douce chaleur ;

Qu'importe la taille de ma maison
et à quoi elle ressemble
s’il fait bon y abandonner ses peines
et si je m'y sens protégée
du retour des prédateurs....

Toute maison est bonne à prendre - pour un temps - quand elle est mienne.




*** Pour les impromptus....
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Communauté : Poé-vie
Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 21:25

Martin l’avait entraînée dans un coin obscur du couloir. Son entêtement tenait du prodige :

- J’ai toujours cru aux histoires d’amour. Il n’y a aucune raison à ce que je ne puisse pas y croire. Maintenant, il est certain que je suis incapable de te dire ce que c’est que l’amour ! Tu m’aimes, toi ? Allez, dis-le-moi que tu m’aimes ! …

Ouvrant grand les bras, il poursuivit son envolée :

- Ha ! l’amour…l’amour ! Un sentiment étrange mille fois ausculté, comprends-tu ? De définition en définition, chacun cherche à savoir si ce qu’il a entre les mains en est ou pas. Être ou ne pas en être....Imagine...

Il tendit vers elle les paumes de ses mains osseuses :

- On passe notre temps à planter notre nez sur les scarifications noires inscrites au cœur de la page et puis on relève les yeux et on compare. Le dictionnaire n’indique rien ! Et rien ne ressemble moins à l’amour que l’amour…

Jeanne le regarda effarée et haussa les épaules. Le saisissant par la manche, elle le tira vers la sortie.

- Tu es ivre, allez viens, on se tire.

La soirée annuelle s'était prolongée. Une fois de plus, elle avait mal tourné. Certains en avaient profité pour régler leurs comptes. Un joli monde que le monde du bureau. Une pelote d’intrigues et de frustrations, un filet d’intérêts aux mailles invisibles. Un grand clash avait eu lieu. Le chef du personnel, un pauvre type qui n’avait jamais réussi à atteindre les objectifs qu’il s’était fixés, avait essayé de les monter les uns contre les autres à coups de rumeurs diffusées comme des tumeurs malignes. Il lui suffisait d’avoir un peu de monde autour de lui et il réussissait presque à tous les coups. Jeanne avait l’impression d’être la seule à voir au travers de ce type malsain. Elle avait beau se promettre qu’elle ne dirait rien, il y avait toujours un moment où sa bouche s’ouvrait malgré elle et lâchait un flot de paroles incontrôlables.

C’était toujours pareil. Martin que tout ceci ennuyait à mourir, buvait un coup de trop et aussitôt il embrayait sur son sujet favori. Jeanne se laissait faire, préférant oublier ce que signifiaient les mésententes chroniques liées à son quotidien professionnel. Martin était son confident. Elle lui devait bien ça.

Elle, son obsession, c’était la violence. Toute forme de violence. Verbale, physique, psychique. La veille encore, alors qu’elle se rendait à son travail, elle avait croisé un chien hagard. Son cou était une plaie à vif. Des petits malins lui avaient attaché une ficelle à l’encolure. Ça devait remonter à longtemps. Il avait dû échapper à ses propriétaires. La bête avait grandi et était devenue de plus en plus sauvage. Le collier de fortune avait entaillé la chair et creusé une ulcération purulente.

Jeanne avait eu le réflexe de stopper son véhicule. Mais alors même qu’elle faisait le geste, elle savait que l’animal ne se laisserait pas approcher et qu’il signait lui-même sa condamnation. Ici, la fourrière n’existait pas, encore moins les services vétérinaires municipaux. Le cœur serré, elle avait remis la voiture en marche.

Arrivés sur le parking, Jeanne ouvrit la porte à Martin qui s’avachit aussitôt sur le siège passager et entreprit de choisir une fréquence radio satisfaisante. Avant d’actionner le démarreur, elle le regarda. C’était un homme doux, paisible. Jeanne ne l’avait jamais vu chercher à faire du mal ou à blesser quelqu’un. Ses prises de parole se résumaient à de grands discours métaphysiques sur la nature des choses et la profondeur des êtres. Rien de très concret au sens pratique du terme ; du coup, ses positions n’entraînaient que de légers haussements d’épaules et quelques sourires navrés. Jeanne, elle, provoquait des tempêtes à chaque fois qu’elle s’entêtait à dire ce qu’elle pensait. De fait, tout les opposait. Elle n’avait jamais su comment leur amitié était arrivée. Il avait bien fallu à un moment ou à un autre qu’ils trouvent quelque chose pour les lier ainsi. Jeanne se demanda si Martin avait eu un jour ou l’autre des espoirs la concernant. Elle sourit à l’évocation du corps de Martin sur le sien et enclencha la première. Le parking était plongé dans le brouillard.

Martin plaqua sa tête contre la vitre de la portière et sembla captivé par les reflets de lumière démultipliés par les molécules de brouillard accrochés à la chaussée mouillée. Jeanne repensa à la soirée.

Dans les premiers temps, les conflits avaient reposé sur des zones de pouvoir, ils étaient désormais passés dans le désaccord de personnes et de valeur. C’était à qui l’emporterait sur l’autre au regard d’une partie du public qui prenait un malin plaisir à les voir s’entre-déchirer à coup de phrases assassines ou de forages souterrains. Les groupes étaient formés depuis plusieurs mois, pourtant aucun n’avait de chef. Jeanne imaginait cela comme des nappes de brut et de fuel en dérive à la surface de l’océan. L'importance relative des courants par rapport au rôle du vent dépendait avant tout des conditions météorologiques et du comportement de ces nappes dans le milieu. Or, chacun d’entre eux à leur manière représentait une force naturelle et tous avaient une fâcheuse tendance à se laisser emporter par les mouvements dominants.

Au moment où elle s’engageait dans la grande avenue, Martin reprit la parole :

- Tu n’as pas été très fine, ce soir, non ?

Jeanne prit le temps de la réflexion et scruta la nuit au travers du pare-brise.

-  Non… pas vraiment.

Un silence suivit sa réponse.

- Mais bordel tu vois comment ils sont ? Tu acceptes ça, toi ? C’est quand même incroyable de ne pas réussir à s’entendre !

Tout en râlant, Jeanne hochait la tête et vérifiait mécaniquement si la voie était libre.

- Je n’en peux plus de toute cette violence… Je veux partir, Martin. Je dois trouver autre chose, démarrer un truc, je ne sais pas moi, mais un truc différent… Je réalise que je ne suis plus capable d’accepter cela. J’en arrive à croire que ce sont tous des minables mais peut-être est-ce tout simplement est-ce moi qui ai changé… Toute cette violence me détruit, Martin…

Sa voix s’était réduite à un filet. Martin tourna la tête. Elle lui jeta un bref coup d’œil, l’obscurité ne lui permit pas de déceler l’expression de son visage.

- Qu’est-ce que tu veux faire ? Garder des chèvres sur un haut plateau ? Tu n’es pas faite pour ça.. Regarde-toi Jeanne… Tu aimes te battre, tu aimes avoir raison. Tu leur dirais quoi à tes chèvres, hein ? Qu’il faut changer le monde ? Qu’il faut détruire l’espèce humaine ? Incapable de protéger ce à quoi elle tient le plus ? Y a pas de bataille sans violence, y a pas de victoires sans cadavres, Jeanne.

Martin se redressa sur son siège et contempla lui aussi le ruban noir qui défilait. Jeanne se demanda où il pouvait aller chercher des sentences aussi péremptoires. Elle sourit et détendit la crispation de ses mains sur le volant.

Jeanne dégagea sur la voie de droite et ralentit. Les lumières de la ville disparaissaient peu à peu. On ne voyait presque plus rien. De temps en temps, au détour d’un virage, les phares faisaient naître des images un peu effrayantes. Le temps d’un éclair, son regard croisa celui de deux bêtes aux grands yeux paisibles. Dans le froid de l’hiver, elles avaient été comme oubliées, à l’écart de l’hivernage. Deux filets de brume tendre et laiteuse sortaient de leurs mufles collés l’un à l’autre. Jeanne eut un frisson et accéléra légèrement.

- Je n’en sais rien, moi ce que je veux faire… rugit Jeanne, le menton coincé dans le col roulé de son pull. Tu crois vraiment qu’on peut le savoir comme ça, du jour au lendemain ? Regarde donc autour de toi… Tu sais ce que j’ai vu hier ? Une affiche vantant le microcrédit. En France ! le microcrédit ! Pour permettre à ceux qui n’en ont pas les moyens de le faire ….de renouveler leur paires de lunettes ! Y avait un visage de petit vieux sur la pub… un petit vieux tout bête… ça me rend dingue un paradoxe pareil. Les vitrines croulent sous les trucs à pas de prix et on te propose un procédé de misère comme si on était dans un pays en voie de développement. 

Martin s’agita et plaça sa main sur la cuisse de Jeanne en signe d’apaisement.

- Relax, Jeanne.. tu vas pas tenir à ce rythme. Tu devrais prendre des vacances.

La pression se fit plus soutenue. Jeanne aimait bien la façon dont Martin aspirait sa colère. Elle enviait les grandes accolades américaines. De grandes tapes dans le dos, des embrassades fraternelles qui lui semblaient plus franches que les bises un peu ridicules et désagréables des petits français.

 

La voiture s’engagea dans l’allée. La terre était humide et grasse. Elle collait aux chaussures. Jeanne longea la maison et arrêta le véhicule. Martin n’avait pas retiré sa main. Il s’était endormi.

 

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Communauté : Ecrire
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés