Je réédite... comme ça, pour le plaisir de vous faire lire autre chose.
Je crois que je vais mettre la fille de Cracovie en attente.
1. Ça fait quelques mois maintenant que l’on se croise.
Au tout début, je l’ai à peine remarqué. Un homme parmi les autres. Ni plus, ni moins. Je ne voyais que le bas de son pantalon et ses chaussures un peu vieilles, à peine cirées. Pour ses
vêtements, cela dépendait du temps qu’il avait fait la veille et du jour de la semaine dans lequel on se trouvait plongés, lui et moi. Le vendredi, c’est différent. Le gouvernement a imposé une
tenue décontractée et la population après tant d’années de soumission, s’est une nouvelle fois adaptée aux caprices des dirigeants. Qu’importe . Le temps du trajet, je plante mes yeux dans
le cuir de ses chaussures et je me raconte leur histoire. J’aime bien. Il semble y avoir pour moi tant de signes de lui dans ce simple choix. Quelquefois j’entrevois ses mains. Elles dépassent
sagement des manches de la chemise et reposent sur ses cuisses. Fines, nerveuses, soucieuses, ce sont des mains qui ne donnent pas envie de les toucher. Il ne porte aucune alliance. Alors,
j’apprends à les aimer. La radio grésille. Dix jours maintenant que tout a commencé et personne n’a semblé réaliser ce qui se passait. Le gouvernement a laissé faire.
Chaque matin, je prends le 30 B, l’arrêt se trouve au coin de Saint Stephen Street. Lui, il doit monter un peu avant, pas très loin. Ça paraît
évident parce que quand j’arrive, il n’a jamais la meilleure place. C’est presque plein d’hommes et de femmes. Quelques enfants se pressent contre les cuisses accueillantes de leurs mères,
d’autres sont collés à même leur peau, le nez effrontément niché dans leur cou. Ça grouille et pourtant c’est presque silencieux. Il est six heures et le jour est de nouveau là. Chacun est rivé à
la journée qui va se dérouler. Plaque contre laquelle on ne peut pas lutter. Nous sommes le flot des travailleurs mécaniques, levés aux aurores, pendus au pass plastifié dont le cordon
nous enserre le cou. Paradoxe. Sésame qui nous rend libres et nous asservit. Pouvoir entrer et s’activer dans le compound le temps d’une journée de douze heures. Interdiction formelle
d’y pénétrer avant ou d’y traîner après sans devoir rendre de sacrés comptes. Sinon, c’est l’avertissement. Hier, on a annoncé quinze morts et chacun enfonce le cou dans les épaules de peur
d’être mal identifié.
2. Ici prendre le bus n’est pas un choix écologique, c’est une nécessité vitale. Personne ne s’amuse à le dépasser d’une foulée allongée pour
entretenir sa forme comme dans les publicités qui parfois traversent l’écran planté au milieu de la cour familiale. Les bus sont bondés. Ça penche à droite dans les virages. Les gens lèvent les
yeux au ciel, ils sont habitués. C’est une question de simple équilibre. On apprend vite. J’en vois qui arrivent à dormir, histoire de rattraper ce que la nécessité leur vole. Il n’y a pas de
travail pour tout le monde. Qui irait se plaindre d’avoir trouvé un poste de gardien ou de cuisinière même si le salaire ne permet pas de vivre. Il faut se débrouiller. On compte les uns sur les
autres, on s’endette. A chaque jour suffit sa peine. Il est impossible de se projeter. Dimanche, Dieu nous guidera. Il sait, Lui. Ça ne peut pas continuer comme ça. Les gens sont fous, c’est
le Diable qui s’empare d’eux. J’ai décidé qu’aujourd’hui, je vais lui parler.
Dans un bus, le meilleur endroit, c’est celui où l’on n’a pas mal au cœur, le point d’où l’on englobe d’un seul regard circulaire la presque
totalité des voyageurs. C’est comme dans un bateau, il faut trouver le lieu central, celui qui offrira la meilleure stabilité et oscillera le moins possible. Le plus dur, c’est d’être coincé
derrière le dos du chauffeur. Pour peu que cela soit l’heure de pointe, voilà que parfois je me retrouve complètement à l’écart du monde, au risque d’être étouffée et enterrée vivante dans un
cocon de chair humaine. Ni visibilité, ni possibilité de s’échapper par la vitre. Mes yeux ne voient presque plus et seul mon nez est encore sollicité par les parfums. Forts, violents, variés. Ce
qui ne devrait s’adresser qu’à soi-même, cette politesse et cette délicatesse de notre civilisation devient alors une arme redoutable. Je retiens mon souffle attendant mon arrêt. Mais la plupart
du temps, je sais me faufiler et ainsi je continue mon observation silencieuse. Au détour d’un croisement, je vois un groupe de jeunes excités qui se déplacent en courant. Mon cœur tressaute.
Je ferme les yeux.
3. Je pense que je suis invisible pour lui. C’est un homme simple. Depuis le début de la semaine, il porte le même imperméable gris, un peu
froissé. On est en période hivernale. Il ne fait pas très chaud. À travers la vitre salie, j’entrevois ceux qui n’ont même pas de quoi se payer un ticket de bus. Ça marche dans tous les sens. Des
vêtements bon marché sur le dos, trouvés aux fripes. Quelques vestes à capuches, des sweat-shirts délavés et étirés. Parfois, on serait étonné de savoir que derrière tel vêtement, se trouve une
grande marque européenne qui termine sa vie ici. Versace sur une peau de pauvre. Contre sa poitrine, il serre un vieux cartable au cuir rouillé et taché. Il est terriblement maigre.. Ses
cheveux gris folâtrent les jours de grande pluie. Il a dépassé la quarantaine, sa peau est claire, j’imagine qu’il est étranger. C’est difficile de lui donner un âge. De temps à temps j’arrive à
croiser ses yeux. Mais son regard est un regard intérieur. Un de ces regards qu’on n’accroche pas. Inutile d’être une belle fille. De toute façon je ne risque rien. Je reste persuadée qu’il ne
m’a jamais vue. Même si un arrêt brutal me projetait contre lui, il se contenterait de s’excuser et reprendrait aussitôt son monologue silencieux. Je fais partie des filles invisibles. De celles
qu’on ne regarde jamais parce qu’elles n’ont rien d’extraordinaire. Ni leur silhouette, ni leurs vêtements ne peuvent les faire se détacher de la masse. Je ne
suis pas certaine non plus qu’on m’écouterait si je décidais de prendre la parole. Aucune lumière ne rejaillirait sur celui qui prendrait quand même le risque de me pendre à
son bras. Si je ne pousse pas un peu le destin, je crains bien qu’il ne me voie jamais. Je crois que je l’aime. Ce matin, le gouvernement a annoncé qu’il déployait les forces armées
dans la ville. Je n’ai encore rien vu.
4. Notre itinéraire se poursuit. On longe le grand boulevard. Aux abords des quartiers résidentiels, les premiers passagers abandonnent le
bus. Les paupières font un minimum de mouvements pour trouver leur chemin puis dans leur mutique silence, les ombres colorées s’empressent de franchir les barrières de contrôle après s’être fait
reconnaître. Une légère agitation. Au cœur de l’étroit espace social, chacun se repositionne, prend de nouvelles distances.
Je nous vois comme des animaux capables de se battre si l’un d’entre eux franchissait cette sorte de limite qu’on appelle la limite de
courtoisie. A l’égal de ceux qu’on appelle les animaux sauvages, nous sommes des monstres en puissance, prêts à s’entre dévorer. Nous n’avons de frères que le nom. La réalité dépasse la fiction
et les jours qui viennent de s’écouler viennent de le prouver une nouvelle fois, si cela était nécessaire. Le prix des aliments de base a augmenté, certains – les plus pauvres parmi les pauvres –
ont accepté de travailler pour des salaires encore plus bas que ceux qu’on alloue honteusement le reste du temps. Deux événements qui permettent d’affirmer que la limite a été franchie. Ceux qui
faisaient semblant de supporter les malheurs dans lesquels on les enferre, ont cru de nouveau avoir trouvé la solution à toutes leurs souffrances. Les poitrines se sont gonflés, les mains sont
sorties des poches, les regards se sont ouverts comme des projecteurs braqués dans la nuit.
Armement pour êtres désarmés. Ça tranche et ça coupe, ça chasse et ça lynche. Dans toute la ville, la colère s’agglutine en masses
indistinctes. Les voix s’élèvent, il faut courir vite ou mourir. Dans les beaux quartiers, on ne dit rien, on laisse faire, on attend de voir si ça calmera le peuple. Le gouvernement a fermé
les yeux le temps qu’il fallait. C’est si facile de lâcher un peu de lest quand on sait qu’on maintient fermement la laisse. Le lion ignore la limite, il se croit libre et rugit sur l’autre
bête pour protéger son territoire. Rarement, il se retourne contre son dresseur. Les barreaux de la piste sont devenus invisibles, usés par les prières.
J’ai peur pour lui. Je sais qu’il n’est pas d’ici. Un teint clair comme on dit de ceux qui se rapprochent le plus des blancs. Le bus repart.
Quelques mètres et le voilà qui pile net. Des pneus enflammés barrent la route. Dans la brutalité de l’arrêt, ce que j’avais imaginé se produit. Je suis propulsée contre lui, son sac tombe et je
me retrouve plaquée contre son buste.
5. C’est un bouquet d’odeurs qui m’accueille. Ça sent le charbon un peu mouillé, le bois fumé, la cigarette froide. L’imperméable semble avoir
absorbé tout ce qui peut se consumer sur cette terre. Mon nez détecte aussi l’encre et la mine de plomb. Je regarde le cartable projeté au sol. La fermeture a tenu, rien de ce qu’il contient ne
s’en est échappé. J’en suis encore à me faire la réflexion alors que mes mains agrippent la toile du vêtement et s’y enfoncent. Tout va très vite. Je touche ce qui doit être son ventre. Le
contact est rapide. Le trouble instantané. J’ai senti la dureté des muscles. Trop tard. Je retire les mains immédiatement tout en levant les yeux. Surpris, il me regarde. Je l’affronte. Il était
temps. Il me demande si ça va. Je secoue la tête pour le rassurer et le remercie. On n’a pas le loisir d’aller plus loin.
Au même moment les battants des portes s’ouvrent. Le vieux bus semble à chaque fois y perdre son âme. Il y a des cris, une bousculade
s’ensuit. Les passagers reculent, c’est comme une vague qui reflue. La horde envahit tout. Dans l’air moite, je discerne les foulards rouges noués autour du front. Tee-shirts aux manches
déchirées. Épaules dénudées sur les scarifications. La plupart ont été taillées brutalement dans l’ivresse de l’alcool et entretenues au sel pendant des semaines. Les chairs en sont sorties
creusées aussi efficacement que par une coulée d’acide. Je reconnais des signes, je lis des mots que je ne comprends pas. Mais je le sais, ce sont des mots de haine. Aucune raison de se tromper.
D’autres conflits en d’autres lieux, ici ou là, rien de nouveau. Tout se répète. Les yeux sont rougis par la drogue et la bière ; rétrécies par le
manque de sommeil, les pupilles roulent de droite et de gauche. Les gencives saignent du noir. Les cœurs palpitent anarchiquement. Cognements répétitifs que l’on perçoit sans avoir besoin de
tendre l’oreille. Les voilà enfin de nouveau chasseurs. Oubliés les travaux dégradants. Les ancêtres réapparaissent. Machettes tenues au-dessus des têtes, ils sont en alerte. Ça crie des ordres,
ça crache par terre. Une vieille qui s’est avancée vers la porte ouverte est immédiatement conspuée et injuriée copieusement. On la bouscule. On la force à se rasseoir. Son pagne est arraché. Son
corps nu est dévoilé en partie. Les hommes en colère n’ont plus de respect pour celle qui pourrait être leur grand-mère. Elle injurie à son tour ces fils qui ne peuvent être que des fils de pute.
Un coup donné par un des plus jeunes la fait taire. Avoir attendu des années la liberté pour être encore ainsi traitée, et Dieu n’y pourra rien aujourd’hui non plus. La peur me tétanise. Je ne
bouge plus. Je prie le ciel pour que l’homme n’appartiennent pas à l’ethnie pourchassée. Ça serait trop bête, trop injuste. Je veux de l’amour. Je veux du plaisir. Je veux lui parler encore. De
tout, de rien, mais je sais que j'appelle la vie de toutes mes forces. Des jours et des jours, des nuits et des nuits, entière à ses côtés. Je veux mon corps dans son corps emmêlé. Mes
hanches par ses mains soutenues et sollicitées. Les agresseurs remontent la travée centrale et cherchent leurs proies. Quelques personnes tentent de les raisonner. Les coups fusent et s’écrasent
sur les visages qui soudain deviennent gris. Mon peuple asservi courbe encore la tête. Quand la violence est interne, la peur l’emporte. Les plus sages n’auront pas plus gain de cause que la
vieille femme. La bande se moque des appels à la raison. Elle a attendu trop longtemps. Inutile de s’insurger. A quelques centimètres de l’homme, je ne ressens que du dégoût. Ma bouche est sèche.
Voilà ce à quoi on nous conduit une nouvelle fois. Il ne nous reste peut-être que quelques minutes.
6. Autour du bus immobilisé, la foule observe ce qui risque d’arriver. Les vendeurs de rues ont quitté leurs étalages. Les marchandises sont
rangées en petits tas le long de la route, abandonnées à la poussière. Pourtant, personne n’ira se risquer à les dérober. La sentence tomberait aussitôt. Une proie pour une autre. Le peuple se
venge sur le peuple. Et un lourd passé de pneus jetés autour de corps - comme des torches caoutchouteuses - traverse mon esprit. Je vacille. J’ai chaud. Ma peau ruisselle. Je sens les gouttes
glisser entre mes omoplates. Dans l’habitacle, la lumière a baissé, plus un souffle d’air ne circule, l’atmosphère devient irrespirable. Les plus curieux sont plaqués à même le verre. Je discerne
des mains en éventail. Étonnante couleur -un peu pâle et rosée - de l’intérieur de nos paumes. Mes yeux se perdent dans les sillons de nos vies. La misère ciselée à même la pulpe des pouces.
Quelques petites taches oblongues et graisseuses en seront bientôt les simples traces. Tous ces visages me sont inconnus. Mes oreilles bourdonnent. Ce sont des gémissements et des soupirs au
creux des sièges plastifiés. J’ai l’impression d’avoir été plongée dans un monde de déments. Les yeux exorbités, les bouches ouvertes, les mains tendues. Sous les assauts, le bus ne
tiendrait pas longtemps. Moyen - âge du XXI ° siècle. Folie humaine. Je pressens qu’il faut que ça se termine. D’une façon ou d’une autre. Il se passe quelque chose que je
ne maîtrise pas et que je dois tout simplement vivre.
Tout au fond de moi, un chant monte. C’est le chant de ma mère et de mes sœurs, le chant de mes tantes et de mes grands-mères, de toutes les
femmes qui m’ont précédée et de toutes celles qui m’entourent. C’est le chant des morts, celui qui dit que nous sommes un tout, ici ou là, maintenant, hier ou demain. Je ne peux m’empêcher de
fredonner. Le chant dit le fil continu, déroulé, enroulé et circulaire. Le chant dit que je ne dois pas me soucier de ce qui va arriver. Même en cherchant bien, je ne trouverai pas plus de sens à
notre disparition qu’il y en aura eu à notre apparition. Pourquoi pleurer notre vie terrestre . Le ciel nous appartient.
Je lutte contre l’engourdissement. Je suis une femme moderne, je suis éduquée, je veux vivre. Mon sort ne peut être relié à mon peuple ou à
cet homme, là, à mes côtés. Je sais que s’ils le prennent, ils me prendront aussi. C’est ainsi. Où sont les forces armées déployées dans la ville . Pourquoi ne sont-elles pas où elles
devraient être . On commence à parler de nous sur les ondes. Le cri de colère dépasse les frontières et vient se mêler aux flots qui charrient les cadavres anonymes des grands
chambardements...
Ils sont remontés jusqu’à nous. Un des plus jeunes pointe son doigt et lui demande d’où il vient, qui il est, ce qu’il fait ici. Alertés, les
autres se rapprochent et nous encerclent. Je les vois. Je les sens. Leurs peaux sont luisantes de sueur. Ce sont ceux qui se disent mes frères. Je suis leur sœur. Leur sœur de couleur. Nous
sommes noyés dans un unique continent. Les autres ne savent pas nous identifier. Nous restons pour le reste du monde indifférenciés. Pourtant, nous nous sommes répartis et tous les codes de nos
comportements trahissent nos origines. Je peux presque à coup sûr identifier la zone d’où provient chacun de nos assaillants. Mais je n’en ai pas le temps. Mon chant se tait. La peur prend toute
la place.
Mes jambes se mettent à trembler si fort que je sens à peine qu’il m’encercle la taille et me tire vers lui. Sans baisser ni les yeux ni la
voix, il dit que je suis sa femme, que nous habitons ici, qu’il est professeur et travaille à l’université catholique du centre-ville. Il ajoute qu’il a oublié ses papiers. Le groupe gronde. Sa
diction est impeccable, pas une trace d’accent alors même que sa couleur de peau devrait le trahir. J’accuse le coup, mais aussi vite que je me suis échappée dans ma pensée, un flot de paroles
continu enfle ma langue et déborde à grands traits. Je confirme ce qu’il vient de dire et cherche à ma taille, glissés dans un petit bout de tissu noué, mes papiers d’identité. Je suis bien
d’ici, je ne suis pas une étrangère, je suis née à …. de parents maternels nés dans le village de …..et de parents paternels nés un peu plus loin, à …. Toute ma lignée est là, regroupée dans ces
quelques lignes noires.
Ils me fixent, hésitent. L’homme m’enserre encore un peu plus fort. Ma peur les soulage.
Alors, je prends les mains qui m’entourent le ventre et les plaque encore un peu plus fort. Je sais qu’il peut sentir les fins liens de perles
autour de mon bassin. C’est ma mère qui, la première fois, les a liés pour me protéger. Depuis ma naissance, il n’y a que leur taille et leurs couleurs qui ont changé. À chaque
nouvelle période de ma vie, j’ai dénoué et remplacé les lacets de perles. Seuls les hommes qui m’aiment ont la chance de les apercevoir.
Celui qui semble être le chef fait signe de laisser tomber. Les machettes prêtes à lui sabrer le visage terminent leur course au fond du bus
sans avoir trouvé de quoi assoiffer leur colère. La porte arrière est béante. La foule dépitée s’entrouvre et laisse passer le groupe qui dévale les marches. Ils se remettent à
courir.
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