Dimanche 18 mai 2008

C'est la quantité d'amour reçu dans son enfance qui nous permet d'aimer. Plus on a été aimé, plus on est capable d'aimer... et inversement.


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Mercredi 14 mai 2008
Amoureux au Père Lachaise - Paris.


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par Soleildebrousse publié dans : photo du jour communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 14 mai 2008

 

Quand j'ai pris ce boulot, je bossais sur la commune depuis une année. Parfois, je faisais les marchés, mais le plus souvent, je donnais un coup de main aux maraîchers quand c'était la saison. Journalier, ça s'appelle. Je traînais. Je picolais un peu, et de temps en temps, je me trouvais une petite nana sympa. Mais sans boulot fixe, on n'allait jamais très loin, elle et moi. Les petits salaires au jour le jour, c'est pas une bonne base pour fonder une famille. Alors, faut bien avouer qu'avant je glandouillais pas mal.
Maintenant je sais que c'est seulement parce que j'avais pas trouvé ma vocation, comme on dit.
Ma mère, elle a toujours cru en moi. Elle voulait que j'aille loin. Elle me poussait à tenter ma chance et me soutenait à tous les coups.  Faut dire que la première fois que je l'ai tentée ma chance, j'ai raté les tests de la SNCF et qu'il m'en est resté un mauvais goût au fond de la bouche. Un petit goût de fer, même. Alors la bière, ça me calmait. Et ça a continué ces conneries. Après la SNCF, c'est l'armée qu'a pas voulu de moi. Inapte, ils ont dit. Ma pauvre mère, elle en maudissait tous les chefs qu'étaient pas capables de comprendre son petit. Des bons à rien, qu'elle disait, des qui ont de la merde dans les yeux pour pas voir comment qu'j'étais doué et qu'j'aurais pu leur faire de grandes choses….
Qu'importe, l'année suivante, je me suis pointé à l'ANPE et on m'a expliqué qu'il fallait d'abord être employé communal et qu'après en fonction des libérations de poste, on pouvait espérer récupérer le gros lot. Enfin le gros lot, c'est façon d'parler, parce que je peux vous le dire que depuis que je l'ai pris mon poste, c'est pas tous les jours la fête.
Mais je vais trop vite, faut d'abord que je vous explique tout.
Donc, c'est l'ANPE qui m'a sauvé en fait. Une fois mes deux mois d'essai écoulés, j'ai obtenu un contrat à durée déterminée. Six mois renouvelable. C'était pas la fortune mais c'était mieux que les marchés. Y'en a eu une au moins qu'a été heureuse ! J'ai même dû passer à la photo devant la grille d'entrée. Elle trône sur le buffet de la cuisine, à côté de celle de mon frère, le pauvre. Je dis le pauvre, vu qu'il est décédé depuis la saloperie d'accident de bagnole qui l'a emporté à pas même vingt ans. Faudra quand même que je pense à lui dire de le changer. Le buffet ! pas mon frère…Maintenant que je peux lui donner un petit coup de main, à ma mère. J'en ai vu des biens chez Maxi. Moi, je dis toujours qui faut récompenser ceux qui croient en vous. C'est pas que je roule sur l'or mais au moins j'ai une paye fixe et je touche 1116 euros net par mois. Je peux même compter sur la prime annuelle qu'ils m'ont dit. Je l'ai pas encore eue et je sais pas trop à quoi elle correspond, mais quand même ça me fera plaisir de voir ça sur ma fiche.  Le gars que j'ai remplacé, il a pas pu me dire à combien que ça se montait, vu qu'il est toujours là mais que je peux plus lui causer. Bref, vous comprenez pourquoi que je suis fier comme « Dartaban », qui disait mon père. Comprenez, en plus, j'ai une mission. C'est marqué noir sur blanc sur le contrat : Ouverture et fermeture - Surveillance et  travaux - Nettoyage et entretien  et maintenance des abords - Renseignement des familles et des professionnels - Veiller au respect du règlement - Représenter la collectivité.
Voyez, c'est pas rien quand même. En quelques mois, je me suis fait un sacré petit paquet de connaissances. Je serre les mains, je fais même des bises. Les petites vieilles, à ce petit jeu, de kiss kiss la vie, c'est les meilleures, parce que ça aime qu'on les reconnaisse. Et puis je suis pas si mal que ça. Je suis un beau brin de gars et pas fainéant à la tâche. J'ai toujours rêvé de commander. Des trains, des hommes ou des convois, quelle différence ? Six mois que je suis aux commandes, et je fais presque partie des familles. Un brin de convivialité et de bonheur, ça se repousse pas. Surtout ici. Faut voir qu'au fil du temps, eh bien, ce sont toujours les mêmes personnes qui passent. Même parfois des familles entières.
Pourtant, c'est pas tous les jours drôle, ha ! ça, non ! En dehors des jours de peine, y a les tensions intrafamiliales, comme qui dirait.

Depuis que j'ai pris mes fonctions, j'en vois de toutes les couleurs. Et pour sûr, pas que du noir. Je vais vous dire, moi, certains enterrements, faut du doigté pour les gérer. Parfois c'est parce qu'en y en a qui veulent pas qu'un des membres y assiste, puis des fois c'est parce qu'ils se disputent le caveau. Mais le Raoul, y vous règle tout ça en deux fois moins de temps que le macchabée il lui a fallu pour passer de l'autre côté. Moi, je vérifie les titres des concessions et je calme les cortèges. Rien que la semaine dernière, y en a un qu'a voulu absolument que j'ouvre le caveau parce qu'il voulait lui-même donner le coup de pioche. Mais je connais mon droit, on me la fait pas, j'ai bien lu les deux pages qu'étaient agrafées à mon contrat !  C'est une pratique réglementée que je leur dis. Et même très réglementée et strictement réservée aux compagnies habilitées. Je vous confie ça sérieusement mais ces jours-là, je prends un ton comme il faut, pas trop dur quand même ! Je me suis essayé devant la glace. Au début, j'étais pas très à l'aise, faut me comprendre. Maintenant, on peut dire que ça va. En dehors, des jours où je fais les enterrements, la surveillance, c'est ce qui me prend le plus de temps. V'là que non seulement, faut que je compte avec ceux qui veulent dessiner sur les tombes, mais les pires c'est ceux qui me piquent les plaques funéraires ou qui s'amusent à les déplacer. Rien que l'autre jour, après la nuit du dimanche, tout était chamboulé. J'ai dû reprendre le plan pour remettre tout le monde à sa place.

Le plan, c'est sacré ici, vous pensez bien. Parfois, y a des gens qui sont pas venus depuis longtemps. Je les reconnais tout de suite. Ils me tournent autour un bon bout de temps. Puis, ils se pointent et ils me confient « Vous sauriez pas où elle est ma grand-mère ? ». Je leur demande comment qu'elle s'appelle, et hop, je m'en vais chercher mon plan et je leur trouve en deux minutes. J'ai mémorisé tout le monde par ordre alphabétique, vu  que j’ai du temps. Ben oui, même si je me retrouve avec un salaire régulier, les filles, ça leur dit pas trop d'épouser un gardien de cimetière. Alors c’est loin d’être gagné si on regarde de ce côté.

Alors en fin de compte, ceux que je préfère, c'est les amoureux. Oh, ici, c'est pas le parc, mais c'est presqu'aussi beau quand vient le printemps. Même les fleurs changent de couleur, elles sont toutes belles et les filles, et bien elles viennent en jupe, y en a même qui portent des chapeaux et j’en mettrai pas ma main à couper mais allez voir, vous, que les morts, ça les rend pas plus gais, hein ?
Allez, j'ai encore de l'espoir. La semaine prochaine, la mairie m'envoie de l'aide. Je crois bien que c'est une femme.

14 mai 08

 

 

par Soleildebrousse publié dans : NOUVELLES communauté : Plaisirs d'écrire
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Mercredi 14 mai 2008
Je n'ai pas le temps d'écrire, alors je joue à ouvrir les yeux au bon moment. Pour apprécier, il faut savoir observer...


par Soleildebrousse publié dans : photo du jour communauté : Gros plan sur la poésie
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Samedi 10 mai 2008
L'harmonie n'est pas toujours difficile à trouver, il suffit d'ouvrir les yeux .

par Soleildebrousse publié dans : photo du jour communauté : La marelle des plumes
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Mardi 6 mai 2008

 

La dernière portière claque et la voiture démarre lentement sur la chaussée glissante. On dirait qu’ils y mettent les formes.

Je me tiens au fond, plaquée contre la banquette arrière, et je croise une dernière fois son regard. Elle a l’air d’un petit canard dont on aurait ébouriffé le duvet blond. Elle est maigre et ridiculement petite pour son âge. Ses cheveux repoussent à peine. Ils sont doux et dorés comme ceux d’un nouveau-né. C’est la dernière image que j’emporte avec moi. Elle se tient sur le trottoir, plantée sur son scooter. Son regard est confiant. Pourtant, le premier flic qui passe va se mettre aussitôt à contrôler son identité. J’en suis presque sûre. Ça le fait à chaque fois et je ne peux m’empêcher de faire grincer un sourire sur mon visage défait. Je la regarde encore. Rien ne laisse entendre que peut-être un jour elle sera une femme qu’on aura envie de prendre dans les bras. Il pleut. On s’arrache. Je laisse ma main plaquée sur la vitre. Je compte mentalement les gouttes de pluie. Ça glisse froidement. Des petites, des moyennes, des grosses. Ça gonfle, ça s’étire comme un pendu au bout d’une corde, et puis ça explose en arrivant sur le caoutchouc d’isolation. Mon nez coule. Je renifle. Mes yeux déchirent l’espace qui m’éloigne d’elle. Mes lèvres doivent être blanches. Je suis un bloc de crispation. Mais mon cœur reste bizarrement silencieux. Je ne sens rien.

On m’éloigne d’elle et plus jamais rien ne sera comme avant. Voilà, c’est comme ça que ça se passe. Ils me disent que rien n’est grave. Quelques centaines de kilomètres entre elle et moi, c’est pas la mer à boire. L’amitié à nos âges, ça vaut pas grand-chose. On nous surveille juste du coin de l’œil pour voir jusqu’où on s’est entichées. On ne sait jamais avec les filles et leurs sentiments. Les filles, ça a la peau douce et ça se touche. Les mains se frôlent et on joue à rouler -corps enserrés- dans la chambre des parents. Toute absence est bonne à prendre pour nous. On est inséparables. La clope au bec, le soir dans le petit lit étroit, on projette notre vie comme toutes les mômes de notre âge. On parle des garçons, on parle des profs, on parle de sexe et de comment ça sera la première fois. On est des têtes brûlées, on se met dans des situations pas possibles. On vole, on triche, on se fout du monde entier. On est punies plus souvent qu’à notre tour. Mais on rit, on pleure et on recommence dès que la porte s’entrouvre et qu’on peut s’envoler. Autour du cou, je porte sa médaille de baptême avec son prénom et sa date de naissance, gravés par un type que je ne connais pas et offerte par une marraine dont je me moque royalement. Voilà, c’est fini.

Au tout début on s’est écrit, on s’est revues et puis on a fait tout ça de moins en moins souvent. J’ai cru mourir. Mais je ne suis pas morte. Quelques années plus tard, dans une rue, je l’ai revue. On était étudiantes. Elle n’avait pas changé. Pas grandi, pas grossi. Mais elle était en vie. Je descendais de mon appartement. Je suis tombée dessus. On a parlé. Elle m’a dit qu’elle reviendrait me voir la semaine suivante.

Alors j’ai dit oui et puis j’ai vidé mon minuscule studio et j’ai déménagé quelques jours plus tard.

Aujourd’hui, il ne me reste que sa médaille. Toutes mes recherches n’ont abouti à rien.

 

Dimanche 4 mai

 

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Vendredi 2 mai 2008


Ó Mlle- Lûne

par Soleildebrousse publié dans : photo du jour communauté : Ménagères de moins de 50 ans
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Mercredi 30 avril 2008

Les dernières poignées de mains furent échangées, et quelques cartes de visite opportunément glissées dans les agendas encore ouverts. La réunion se terminait plus tôt que prévu. A 11 H 30, contrairement à ce qui avait été programmé, tout était déjà fini. Il se retrouva étonnamment libre.

On était à la mi-juillet. Son avion n’était prévu que le lendemain aux premières heures et personne aujourd’hui ne l’attendait. Il récapitula mentalement ce qu’on était en droit d’attendre de lui en ce vendredi. Quelques rapports à consulter, une dizaine mails à envoyer, deux ou trois contacts à établir. Du boulot pour quelques heures, c’était certain. Encore hésitant sur la conduite à tenir, il réalisa pourtant qu’il lui était impossible d’envisager de retourner à son hôtel. La chaleur de cette fin de matinée était déjà rédhibitoire. Vaincu par la réalité mais nullement abattu, il dénoua sa cravate, retira la veste qui dénonçait trop ouvertement sa fonction et la glissa dans l’anse de son sac d’ordinateur. Qu’importe si la matière luxueuse en sortirait froissée - quelque chose de particulier s’ouvrait à lui, de façon inattendue et il entendait bien en profiter. En son for intérieur une petite voix lui annonçait que la journée pourrait bien prendre un tour inhabituel mais qu’il était le seul à pouvoir en décider. Alors il opta pour l’aventure. Peu importait ce que sa conscience lui chuchotait. Il s’accordait la journée et renvoyait au lendemain le mouvement mécanique du quotidien. Il lui suffirait de mettre les bouchées double. Sa disparition ne provoquerait aucune inquiétude dans le monde professionnel. Encore un peu anxieux, il poursuivit son plaidoyer en considérant que l’après-midi aurait très bien être occupée par le séminaire auquel il venait d’échapper. Enfin satisfait par l’alliance qu’il venait de conclure avec lui-même, il dégagea toute forme de culpabilité et entreprit de se promener dans cette ville qu’il ne connaissait pas ou si peu. [...]

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Mercredi 30 avril 2008

II -
             Le long du canal du quai la Fontaine, il choisit un petit bistrot et se dépêcha de déjeuner. La ville était encore agitée mais il savait que bientôt août viendrait modifier son rythme comme celui de toutes les grandes villes. Il ne resterait que quelques hommes d’affaires égarés et des nuées de touristes entoupinés de marmaille poisseuse. Pour l’instant tout était encore entre deux eaux. Les filles étaient belles. Les garçons déjà bronzés. Quelque chose fourmillait dans l’air. Peut-être était-ce dû à l’odeur entêtante des fleurs de tilleul qui lui agaçait l’esprit. Il se sentait des envies confuses sans bien comprendre d’où cela lui venait. Lorsqu’il eut avalé son café, il reprit sa marche tranquille le long du canal et se retrouva devant les doubles grilles du jardin. Pour avoir un peu feuilleté les brochures de sa chambre d’hôtel, il savait qu’il se situait au pied du mont Cavalier. En levant la tête il pouvait apercevoir la tour Magne. Tout autour son œil absorba une profusion de grands cèdres, de pins et de marronniers d’inde. Il s’avança et franchit le seuil.

             En ce tout début de l’après-midi, il se déplaça dans les allées du jardin inférieur, contemplant les statues, s’accoudant aux balustres pour observer les cygnes au bec menaçant. Quelques tout petits enfants accompagnés de leur mère ou de leur grand-mère, délivraient de fragiles découpes de pain dur, et les cygnes mollement s’en venaient honorer leurs minuscules oblations. Les graviers déposés dans les allées réfractaient la lumière et la plupart des promeneurs plissaient les yeux sous l’insoutenable intensité. Il dépassa une rangée de baraques à ballons. Des cerfs-volants pour enfants en forme de chats ou de coccinelles pendouillaient lamentablement contre les parois déjà brûlantes. Un peu plus loin, deux ou trois âniers ne cherchaient plus depuis longtemps à faire concurrence à la beauté des lieux. Seul maître au jardin, le ciel sans nuage paraissait vouloir tout  écraser de la puissance de son bleu de Rome antique.

            Maintenant poussé comme par une force invisible, il entreprenait l’ascension vers les terrasses supérieures. Sans pouvoir discerner quoi que ce soit de compréhensible, il entendit des bribes de voix au travers de l’enchevêtrement un peu magique des petits chemins dessinés par un l’architecte à l’humeur bucolique. Intrigué, il se dirigea vers l’écho. Au détour d’un buisson de myrte, sous les arcades de pierre luisante d’une enclave taillée à même la pierre, il aperçut la source de la ville, dédiée à Nemausus. Sous la grotte, une femme se tenait. Autour d’elle, quelques passants attentifs, de ceux pour qui le temps ne compte pas. [...]

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Mercredi 30 avril 2008

III-

 

Il n'y avait plus beaucoup de place. Il contourna une poussette qui encombrait l'étroit chemin et quand il put s'avancer, il réalisa que c'était une vieille femme. Quelques feuillets à la main, elle lisait à haute voix des poèmes sur le jardin. Ça parlait de jardiniers et de roses. C'était court, léger, ça ne portait pas à conséquence. Chacun de ceux qui s'arrêtaient pouvait en emporter quelques bribes sans avoir à chercher le sens secret des mots. Elle leur offrait un cadeau inestimable. C'était de ces petites surprises de la vie qui n'ont pas de prix. Une amitié, un partage, un jeter de dés un peu abîmés mais toujours efficaces à modifier le cours du hasard. Le gobelet avait été maintes fois lancé et voilà qu'aujourd'hui pour eux, pour ceux qui voulaient bien suspendre le cours de la vie, les mots se tamponnaient au creux des murs. Ça retombait en cascades, harmonie calée sur le son feutré de l'eau qui filtrait au creux de la pierre. C'était un don. Il se mit à penser immédiatement au Petit Prince de Saint Ex. Qui était le renard, où était la rose.  Qui cherchait à apprivoiser, qui souhaitait être apprivoisé. Là, ce jour-là. La voix de la vieille femme était claire, sans traces du temps passé à psalmodier les mots. Il poursuivit son observation discrète. La chevelure décolorée, coupée plutôt court et d'un blond très pâle à la façon des années trente lui retombait de chaque côté du visage. Coquetterie de jeune fille, sa peau, malgré la chaleur, avait été poudrée. Il pensa à l'odeur de riz et vit de fines coulures sur le mouchoir que régulièrement elle portait à ses joues. Quelques rides mais pas plus que ça, songea-t-il. Il était incapable de lui donner un âge. Il soupçonnait simplement un âge très avancé. Et soudain, la douceur de cette femme qui n'était plus désirable l'atteignit comme un coup qu'il aurait reçu en heurtant une personne inconnue. Un peu nerveux, il essuya sa nuque et s'éloigna rapidement du petit groupe. Il se retourna une dernière fois. De dos, on aurait pu croire à une jeune fille. Le corps s'était maintenu ferme et menu.

 

par Soleildebrousse publié dans : NOUVELLES communauté : Les mots dans tous leurs états
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