Mercredi 8 juillet 2009
Pour ceux qui ne l'auraient pas vu... ça se poursuit... c'est un peu fou...non ?
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Dimanche 28 juin 2009

Petit exercice de style à partir d'un débat lancé par Babel et que vous retrouverez-ici :

... le pb avec myspace c'est que si on n'y a pas d'espace, on ne peut pas y laisser de commentaire, mais si la réflexion vous intéresse, il prendra vos apports et les mettra lui-même en commentaire. Ce texte est déjà là-bas, sous publication anonyme, simplement parce qu'il n'y a aucun sens pour moi à ce que les lecteurs de là-bas sachent que je suis ici.

Emma. l'a déjà tenté, cela ne sert strictement à rien. Le net est compartimenté et hierarchisé de façon presque inéluctable. Du genre : "dis moi où tu t'exhibes et je te dirai qui tu es."

 


2009 : Je publie mes sécrétions sur un blog. J’écris pour raconter ce que je vois, ce que j’entends, ce qui me heurte ou m’amuse. C’est un goutte à goutte un peu terrifiant. Mon corps en est la molette en plastique, vaguement jaune, un peu pâle parfois quand je me relis et que la tension me rigidifie légèrement. Le liquide vient du cerveau où s’est fiché un cathéter planté à même la peau fine, palpitante, de ma tempe. Le résultat en est un effet un peu bleuté comme une ancienne maladie du sang. Puis, il traverse le cœur, surgit dans le conduit que représente ma main et se prolonge dans l’encre du stylo. Le bleu devient noir, sombre, épais, compact, dense. Il s’écoule.
J’écris pour donner la parole à l’autre, le muet, l’anonyme, l’enfoui dans la foule. Je crois bien au fond de moi, que je crie. Une souffrance. Murmure à peine audible, isolé dans la multitude. Ça sort de moi. Ça ne prévient pas. Dans un certain sens, sur la page du blog, le vide devient alors réflexion, voire repli dans les méandres de la matière synthétique, reflet intérieur vidé à l’extérieur. Je suis là sans être là. 
Au tout début, j’avais beaucoup de choses à me dire et puis le flux s’est ralenti. Dans le conduit transparent, souvent catarrheux, par instants traversé d’îles spumeuses, rarement translucide, je vois la vie qui s’écoule. Ça crachote, je règle mon écoulement. Et puis plus rien, silence total. Je me dis parfois que je suis ce tube creux. Faussement imperméable. J’écris pour être lue. Oui, je crois vraiment que j’écris pour être lue et entendue. 

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Samedi 27 juin 2009


PS : Je suppose que comme moi, vos yeux ont été inondés de R.I.P dès que vous avez voulu ouvrir votre écran de télé ou d'ordi, twitter et cie... Je n'ai rien contre qui que ce soit, mais je n'aime pas les apitoiements mondiaux, encore moins les idoles.
R.I.P : Rest in Peace.

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Samedi 20 juin 2009



Au hasard des rues encombrées

Apparaissent poussés par le vent

Les arnaqueurs aux lèvres rouges

Souliers vernis, paroles fines

Et crêpes de dentelle crème...

 

Accaparant les beaux trottoirs

En pensées des plus invisibles

Paupières à demi fermées

Ils confient leurs mots parfumés

Au clair-obscur de leur esprit.

 

On les voit marcher, tête basse

Verbe altier, fouettant les hauts murs

De leurs longs doigts gantés de frais

Fin gilet de peau entr’ouvert

Superbes et suaves tueurs.

 
Mollesse de l’âme, cœurs compacts

Aux faibles épaules affaissées

Un énorme scrupule iridescent

Leur tient de bouton de cravate

Tableau ravissant…

Ils sourient.

 


15 juin 09

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Samedi 30 mai 2009


Pour différentes raisons, techniques et professionnelles, je suis à la baille.
Alors, merci à Emmanuelle de m'avoir posé une question silencieuse.
Je reviens un de ces jours.
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Dimanche 17 mai 2009

Vieille photo
...Sur les champs ce jour-là, une publicité dans un magasin de luxe... le sol, les passants, les machines...
De quoi laver le plus beau des linges sales...reflets de notre monde.



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Mercredi 13 mai 2009

 

Le vendredi soir, la mère préparait les sacs de couchage, les rechanges et la glacière.

A la fin d’une série de minutieux préparatifs, un gros tas de petites choses (très sérieuses et très bien agencées) prenait place près de la porte d’entrée. Alors, la mère s’en retournait vers d’autres occupations moins délicates et se mettait paisiblement à penser aux deux belles journées qui venaient.

Pourtant, chaque fin de semaine c’était presque la même chose. A peine tournait-t-elle le dos que des ombres furtives glissaient entre les murs de la maison. Dans une silencieuse agitation un ballet muet se jouait sur une musique inaudible, dans l’obscurité qui enveloppait le couloir familier. Chaque nouveau passage occasionnait un dépôt et par conséquent un léger accroc au gros tas bien ordonnancé de la mère.

À vingt heures, le plus petit y coinçait légèrement sa pelle, son râteau et un sac de billes en terre, couvrant pieusement le tout d’un seau écarlate retourné et posé de guingois. Trente minutes plus tard, les jumeaux envahissaient l’espace à leur tour. Les deux grands entassaient de concert leurs palmes noires cerclées de deux masques bleu-turquoise aux élastiques un peu durcis par le sel de mer, créant sur le seau du petit un cabosse disgracieuse. Le recoin paisible le dissimulait aussitôt. Deux heures encore et, le père avant d’aller se coucher se contentait de soupirer tout en poussant du pied le monticule pour y joindre la boîte d’hameçons et les longues cannes à tiges télescopiques.

Heureuse de ce qui se préparait, la famille, conciliante, au matin du samedi, transportait le tout jusqu’au coffre de la vieille voiture dans de grandes vociférations rieuses et de maladroites justifications (pour le seau du petit).

Il ne faut pas croire qu’il y avait quelque chose de luxueux dans cette possibilité de partir tout un week-end. Non, chaque fin de semaine, quelque chose de très simple se renouvelait. Ils traversaient la lagune et rejoignaient le bras de mer permettant ainsi à chacun des membres de se réinventer pendant deux jours en Robinson de fortune.

L’endroit était une vraie merveille. Un cabanon de vieilles planches. Une bicoque surélevée sur le sable très blanc, un peu aveuglant entre de larges palmes vertes, d’un vert très tendre, ajourées comme des fibres de raphia teinté. Dès la moitié du parcours, elle se profilait au loin.

On ne tenait plus en place, ça chahutait, ça criait, la coque tanguait et le père râlait pour le principe.  

A l’arrivé, la mère décadenassait la porte grise et vérifiait si rien n’avait été chapardé. D’un regard aigu, elle repérait le brasero bricolé qui mettait des heures à s’embraser, la poche d’eau douce qui se réchaufferait au soleil, les quatre matelas protégés par des moustiquaires.

Au sol quelques paires de claquettes, au mur, accrochés à des clous, les maillots usés. Voilà tout ce dont ils avaient besoin.

Il faisait chaud. La mère s’entêtait bien à vouloir les faire se couvrir la tête mais elle abandonnait assez vite, personne ne s’en souciait. Les corps étaient tannés depuis longtemps. On ne craignait pas grand-chose. On pêchait à la traîne, on plongeait en apnée ou bien l’on se contentait de passer en rase-motte, tuba vissé aux lèvres au-dessus du fond sous-marin un peu inquiétant (toujours pour le petit).

Les enfants ne s’occupaient de rien. Les cahiers et les devoirs étaient oubliés, les lois furieuses qui allaient avec aussi. Deux jours d’entière liberté, deux jours voués à la nature.

Le voyage commençait au moment où la petite embarcation se décollait lourdement du ponton. Les paroles étaient remplacées par le vrombissement du moteur de la coque en plastique. Tous inspiraient joyeusement l’odeur un peu enivrante de l’essence répandue en quelques gouttes épaisses sur le sol granuleux qui brûlait les yeux (sauf le petit qui plongeait dans les jupes de la mère, suffoqué par l’écœurante émanation).

 

Ce samedi-là, dans le bleu délavé, un calao transperça le ciel alors qu’ils embarquaient dans le bateau. Le cri étrange de la bête déchira l’espace et puis s’évanouit. La mère frissonna et vérifia une dernière fois qu’elle n’avait rien omis. Les gilets, la bouée de sauvetage, l’eau si précieuse dès qu’on emporte des enfants avec soi.

 

En vérité bien lui prit de vérifier à deux fois ce jour-là la présence de la lourde bouée de plastique dur.

Le dimanche soir, le bateau heurta un bille de bois qui flottait entre deux eaux. La mère, les enfants, le père, tous eurent à peine le temps de s’y accrocher que déjà le bateau coulait.

Les mains croisées et emmêlées à s’en griffer la peau, ils dérivèrent toute la nuit, chantant, riant, pleurant, le père donnant des claques au petit pour que ce dernier ne s’endorme pas.

Au petit matin, exténués, l’eau les rejeta sur la plage.

Ils ne se donnèrent même pas la peine d’alerter les secours. Ils s’endormirent. Sans musique. Ils leur suffit une fois de plus d’être vivants ensemble. C’était ça leur petite musique. Leur petite valse à cinq temps.

 

 

 

Pour les impromptus.


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Mercredi 13 mai 2009
Je suis repliée.




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Dimanche 10 mai 2009

Je fais tourner les textes...


Cette photo gentiment prêtée pour mon texte © provient d'une petite merveille de site qui s'appelle La photo du jour, je vous conseille vivement de le visiter en vous rendant


            J'ai eu du mal à arriver jusque là. Il m'a fallu du temps. Je suis mort sous le sapin. Dans les bras de ma mère, dehors, dans le froid. Un drôle de fait d'hiver dans les faits d'hiver. C'était un sapin peu ordinaire. Un grand, très grand et très noir. Sur les longues branches la neige était pliée en gros tas. Ça ressemblait aux piles de linge blanc dans l'armoire de ma grand-mère. Elle l'a pris pour abri croyant bien faire. Nous étions perdus… faut la comprendre. Aucune lumière, la nuit était tombée très vite. Elle a cherché celui qui pourrait me protéger.  J'avais si froid que déjà je ne pouvais plus lui parler. Elle m'a glissé tout contre sa peau, si douce, si lisse, a refermé ses bras, m'a bercé comme un nouveau-né. Mais je n'ai pu attendre les secours. Je suis mort sous le sapin.

Je ne suis pas là pour vous faire pleurer. Je suis là pour elle. Pour elle qui m'a perdu et qui a tout fait pour me sauver. Mais il faisait froid, et puis il faisait nuit. La nuit d'hiver, celle qui arrive toujours trop tôt pour ceux qui sont dehors. Et même quand il y a des lumières, elles ne servent plus à rien pour eux. Ils ne les voient même pas. Que pourraient-elles bien éclairer ?

Alors si j'ai mis du temps à arriver jusque là, c'est parce qu'elle ne voulait pas me laisser partir. J'étais prisonnier. Prisonnier de sa tête où elle tente en vain de me garder au chaud depuis si longtemps maintenant. Au début elle a voulu mourir. Mourir dehors comme elle était déjà morte dedans, le jour de la promenade. Mais, elle a pas réussi alors elle a appris à survivre. Je l'entendais dire que le regard des autres la consumait. Pour quelqu'un qui avait failli mourir de froid, c'était quand même pas juste. Moi j'avais essayé de lui dire que j'allais bien, que j'étais bien là où j'étais, y avait rien à faire, elle m'entendait pas.

Aujourd'hui tout a changé. Il se passe quelque chose de nouveau . Je vais enfin pouvoir lui dire qu'il faut pas qu'elle s'en veuille autant. Mourir de froid, c'est dur, mais à croire tout ce que j'entends et tout ce que je vois… je suis loin d'être le seul à qui c'est arrivé. Sauf que les autres, ils ont pas  eu de maman pour les serrer dans les bras, et elle était loin de ressembler à une promenade, leur vie.

Rien que cette semaine, dans la  région de Khénifra au Moyen-Atlas, ce sont dix enfants et deux femmes qui sont morts de froid. Je les ai tous vus arriver. Ça faisait comme les petits ronds de fumées que mon papa, il faisait, avec sa cigarette, les jours de fête. Douze petites âmes serrées et intimidées qui se déplaçaient en jetant des coups d'oeil de tous les côtés. Elles sont montées direct. Pas ici, bien sûr. Ici, c'est la salle d'attente. Ça fait bien longtemps que j'attends moi.  Non je les ai juste vues qui traversaient devant mes yeux. De toute façon, moi, maintenant je sais que je vais repartir. C'est bientôt mon tour et ma maman, je vais me débrouiller pour aller lui dire tout le bien que je pense d'elle. Il me reste encore quelques minutes pour me décider et choisir.

Faut que je trouve quelque chose de facile mais qui me laissera un peu plus de temps cette fois-ci.

Alors sûrement pas un papillon, ni une mouche, encore moins un brin d'herbe. Un flocon de neige ? Non merci. Manquerait plus que j'atterrisse sur un homme en train de mourir de froid, comme à Paris,  place de la Concorde, ou à Marseille, dans les quartiers nord.. ..

Non, non, moi je vais revenir dans du solide. Je vais un être un tas de petits cailloux. Une poignée de petites choses noires ou grises, douces au toucher, lisses comme des bonbons à suçoter et quasiment indestructibles. Le minéral, j'aime bien. Je pourrai rouler, glisser, crisser… me glisser entre ses doigts, être manipulé dans tous les sens…et voici que de nouveau j'aurai un tas de choses à faire ….Chauffer, réchauffer, rafraîchir, caresser, lisser, apaiser, tiédir… et même que je pourrai me glisser dans ses poches…

Comme ça, si un jour elle se perd de nouveau, elle n'aura plus qu'à me parsemer le long du chemin, sous les grands sapins noirs.. pour revenir…. Et puisque grâce à moi, cette fois-ci, elle ne se sera pas perdue, et puis je suis sûr qu'elle pensera à me mettre dans une jolie coupelle sur sa table de nuit. Alors, je veillerai toujours sur elle. Parce que moi, mon prochain tour sur terre, j'ai l'intention qu'il soit drôlement long.

décembre 07

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Vendredi 8 mai 2009

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Vendredi 8 mai 2009



A nulle autre pareille,

La peau de mon amant

A la finesse du pétale de coquelicot.


Sa pâleur m'enivre

Et je m'y noie.


C'est un fil d'acier très pur

Qui relie

Mon coeur à son coeur

Mon esprit à son esprit

Mon âme à son âme


A nulle autre pareille

La force de mon amant

A la solidité du tronc de chêne.


Il est un rempart

Qui protège

Mon esprit et son esprit

Mon âme et son âme

Mon coeur et son coeur


Des corps calcinés et grisés

Abandonnés dans le fossé.

La douleur est partout.


13 décembre 07
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Vendredi 8 mai 2009

Il ne lui avait rien dit tout compte fait Ce n’était pas facile de lui exprimer ce qui le touchait. Parce qu’il avait toujours l’impression de se répéter. Une fois encore, il avait échoué. Ses bonnes résolutions se désagrégeaient aussi vite qu’elles le pouvaient. C’était juste une question de temps. Le temps que les choses se fassent. Cela faisait une semaine qu’il était auprès d’elle.

La veille, une horloge interne s’était mise en route et il sentait qu’il se déchirait au fil des minutes. Ça  s’égouttait au vent d’avril entre les aigrettes des pissenlits et les pappus des cirses des champs qui s’en allaient colorier de blanc les lisières de la chaussée.  Il savait qu’il devrait de nouveau partir. Et ses pieds se traînaient alors que sa joie à être  avec elle se grisait peu à peu de mélancolie. Ça l’énervait, elle, terriblement. Elle le houspillait, lui démontrait l’absurdité de ses états d’âme. Elle était là, elle.. Elle existait ! Mais que pouvait-il vouloir de plus ? Il soupirait. Fins et pâles, ses mots raisonnaient dans les bruits du jardin et la conversation s’abattait. Elle avançait à grands pas, il suivait péniblement dans son dos. Elle travaillait, il se taisait.

La sensation le heurtait parfois aussi de plein fouet. À peine finissait-il de sourire ou de rire qu’une nouvelle émotion cette fois pénible et profonde s’entêtait à détruire son bonheur fugace.

C’était la peur. La peur de tout perdre, ou plus simplement de ne plus atteindre celle qu’il aimait tel qu’il existait au moment où il la quittait.

Elle pensait qu’il en faisait vraiment un peu trop avec son vague à l’âme. Une marée banale qui revenait comme la vraie sur les étendues boueuses de fausse-eau. Ça sentait un peu mauvais tout ça. Elle levait les bras au ciel. Il la contemplait. Elle avançait toujours, agitée par mille petites activités plus importantes les unes que les autres, insignifiantes à ses propres yeux, lui qui n’y comprenait rien.

La suivant dans son innocent sillage, il s’était demandé ce qui pouvait encore le retenir et lui faire emprunter de façon constante la route qui le menait à elle.

Alors qu’il la rejoignait, une dizaine de canetons s’étaient glissés dans la mare et un héron cendré dérangé par sa présence avait pris son envol et entamé une courbe plane au-dessus des étangs, attendant de pouvoir revenir à son liteau.

Il s’était remis en marche puis avait de nouveau stoppé. Au milieu du chemin, un énorme lièvre se prélassait à humer les odeurs de printemps. Il avait bien dû patienter cinq minutes avant que ce dernier se décide à soulever son gros derrière.

En arrivant, il lui avait tout raconté et elle était partie chercher son appareil-photo, s’y était rendue sur la pointe des pieds, mais tout déjà avait disparu.
Ce matin, figé contre le mur, le chat de la voisine l'épiait.. Il ne l'avait pas vu et la bête l'observait alors qu’à genoux il l’aidait à fignoler son jardin de grand-mère..Elle avait désorganisé tout ce qu’il lui avait préparé la dernière fois qu’il était venu lui rendre visite. Elle se moquait bien de son travail à lui. Elle ne suivait que sa fantaisie. Quelques mèches de cheveux lui coupaient la joue comme deux virgules d’encre noire. Elle les écarta d’un geste rapide et deux traces de terre brune remplacèrent les virgules. Il approcha ses doigts et chassa l’humus friable.

Elle lui avoua que l’avant-veille, on l’avait de nouveau surveillée. Sentant une présence, elle avait relevé la tête et avait découvert un peu effarée, un petit chien noir à collier rouge assis sur son cul qui la regardait. Elle n’avait pu lui dire depuis combien de temps. Elle avait simplement poussé un cri. C’était étonnant, non ? Tout lui plaisait ici. Elle riait. Tant de vie et d’agitation, tant de bruit et de silence délicatement intercalés. Encore la veille, des escargots sur son vieux tour de maison... avec leur trace luminescente dans la nuit qui tombait. Qui pouvait vouloir renoncer à cela ?

Il se taisait. Il aurait aimé lui faire voir comment était son cœur. Il était tordu. Tordu à l’idée de la quitter une nouvelle fois, elle et son jardin anglais, un peu étrange, coupé de l’ailleurs douloureux.

 

 

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Vendredi 8 mai 2009
Une fois n'est pas coutume...
Un peu de pub pour deux sites que je viens de trouver.
Je n'ai pas l'habitute de mettre beaucoup de liens sur ma page... quand je le fais je laisse la possibilité de découvrir ou pas... mais là, j'aimerais quand même les mettre en avant.
Le premier raconte une histoire de voyage...
ça s'appelle L'homme qui...
ça se trouve : là.
le deuxième rapporte des dialogues de chats. Ce sont des pages un peu philosophiques.. un peu humoristiques... à vous de voir, ça n'a peut-être l'air de rien comme ça, mais non seuleument c'est bien écrit mais ça laisse un vraiment bon goût dans les mirettes...
ça se trouve  : là.

Bonne visite.


PS : n'attendez pas trop la suite de Mon coach personnel.  Je mets de côté pour quelque temps.
J'ai besoin de réfléchir.
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Mercredi 6 mai 2009

La vie c'est comme une plaque de métal dans le dos, glissée entre la chemise et la peau.

Au moment du départ il faut juste accepter l'idée qu'on va vous la retirer. C'est comme chez le docteur, faut pas se contracter, faut y mettre de la bonne volonté.

Au moment où un sac plastique vous étouffe et qu'on vous inonde d'un litre de whisky pour faire croire à une odieuse mascarade, à quoi peut-on penser ?

Je vois des yeux exorbités, ou étonnés… mais qu'importe, je ne le saurai jamais.

 

La vie c'est comme un souffle chaud qui vous glisse dans le cou.

Au moment du départ, il faut juste fermer les yeux très fort et inspirer une dernière fois pour en garder l'odeur.

Au moment où la coque du bateau censé venir vous sauver de la chute que vous venez de faire (parce que ce jour là, pressé, vous n'avez pas mis votre gilet de sécurité) – vient vous fracasser une dernière fois la tête, à quoi peut-on penser ?

Je vois des yeux effarés, ou désemparés… mais qu'importe, je ne le saurai jamais.

 
La vie c'est comme un vieux livre dont on tournerait indéfiniment les pages. Au moment du départ, on n'en a plus besoin, on le connaît par cœur, il faut juste accepter de le poser sur une petite table en sapin.

16 août 2007

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Mercredi 6 mai 2009

Je réédite... comme ça, pour le plaisir de vous faire lire autre chose.

Je crois que je vais mettre la fille de Cracovie en attente.


             1. Ça fait quelques mois maintenant que l’on se croise. Au tout début, je l’ai à peine remarqué. Un homme parmi les autres. Ni plus, ni moins. Je ne voyais que le bas de son pantalon et ses chaussures un peu vieilles, à peine cirées. Pour ses vêtements, cela dépendait du temps qu’il avait fait la veille et du jour de la semaine dans lequel on se trouvait plongés, lui et moi. Le vendredi, c’est différent. Le gouvernement a imposé une tenue décontractée et la population après tant d’années de soumission, s’est une nouvelle fois adaptée aux caprices des dirigeants. Qu’importe . Le temps du trajet, je plante mes yeux dans le cuir de ses chaussures et je me raconte leur histoire. J’aime bien. Il semble y avoir pour moi tant de signes de lui dans ce simple choix. Quelquefois j’entrevois ses mains. Elles dépassent sagement des manches de la chemise et reposent sur ses cuisses. Fines, nerveuses, soucieuses, ce sont des mains qui ne donnent pas envie de les toucher. Il ne porte aucune alliance. Alors, j’apprends à les aimer. La radio grésille. Dix jours maintenant que tout a commencé et personne n’a semblé réaliser ce qui se passait. Le gouvernement a laissé faire.

Chaque matin, je prends le 30 B, l’arrêt se trouve au coin de Saint Stephen Street. Lui, il doit monter un peu avant, pas très loin. Ça paraît évident parce que quand j’arrive, il n’a jamais la meilleure place. C’est presque plein d’hommes et de femmes. Quelques enfants se pressent contre les cuisses accueillantes de leurs mères, d’autres sont collés à même leur peau, le nez effrontément niché dans leur cou. Ça grouille et pourtant c’est presque silencieux. Il est six heures et le jour est de nouveau là. Chacun est rivé à la journée qui va se dérouler. Plaque contre laquelle on ne peut pas lutter. Nous sommes le flot des travailleurs mécaniques, levés aux aurores, pendus au pass plastifié dont le cordon nous enserre le cou. Paradoxe. Sésame qui nous rend libres et nous asservit. Pouvoir entrer et s’activer dans le compound le temps d’une journée de douze heures. Interdiction formelle d’y pénétrer avant ou d’y traîner après sans devoir rendre de sacrés comptes. Sinon, c’est l’avertissement. Hier, on a annoncé quinze morts et chacun enfonce le cou dans les épaules de peur d’être mal identifié.

2. Ici prendre le bus n’est pas un choix écologique, c’est une nécessité vitale. Personne ne s’amuse à le dépasser d’une foulée allongée pour entretenir sa forme comme dans les publicités qui parfois traversent l’écran planté au milieu de la cour familiale. Les bus sont bondés. Ça penche à droite dans les virages. Les gens lèvent les yeux au ciel, ils sont habitués. C’est une question de simple équilibre. On apprend vite. J’en vois qui arrivent à dormir, histoire de rattraper ce que la nécessité leur vole. Il n’y a pas de travail pour tout le monde. Qui irait se plaindre d’avoir trouvé un poste de gardien ou de cuisinière même si le salaire ne permet pas de vivre. Il faut se débrouiller. On compte les uns sur les autres, on s’endette. A chaque jour suffit sa peine. Il est impossible de se projeter. Dimanche, Dieu nous guidera. Il sait, Lui. Ça ne peut pas continuer comme ça. Les gens sont fous, c’est le Diable qui s’empare d’eux. J’ai décidé qu’aujourd’hui, je vais lui parler.

Dans un bus, le meilleur endroit, c’est celui où l’on n’a pas mal au cœur, le point d’où l’on englobe d’un seul regard circulaire la presque totalité des voyageurs. C’est comme dans un bateau, il faut trouver le lieu central, celui qui offrira la meilleure stabilité et oscillera le moins possible. Le plus dur, c’est d’être coincé derrière le dos du chauffeur. Pour peu que cela soit l’heure de pointe, voilà que parfois je me retrouve complètement à l’écart du monde, au risque d’être étouffée et enterrée vivante dans un cocon de chair humaine. Ni visibilité, ni possibilité de s’échapper par la vitre. Mes yeux ne voient presque plus et seul mon nez est encore sollicité par les parfums. Forts, violents, variés. Ce qui ne devrait s’adresser qu’à soi-même, cette politesse et cette délicatesse de notre civilisation devient alors une arme redoutable. Je retiens mon souffle attendant mon arrêt. Mais la plupart du temps, je sais me faufiler et ainsi je continue mon observation silencieuse. Au détour d’un croisement, je vois un groupe de jeunes excités qui se déplacent en courant. Mon cœur tressaute. Je ferme les yeux.

3. Je pense que je suis invisible pour lui. C’est un homme simple. Depuis le début de la semaine, il porte le même imperméable gris, un peu froissé. On est en période hivernale. Il ne fait pas très chaud. À travers la vitre salie, j’entrevois ceux qui n’ont même pas de quoi se payer un ticket de bus. Ça marche dans tous les sens. Des vêtements bon marché sur le dos, trouvés aux fripes. Quelques vestes à capuches, des sweat-shirts délavés et étirés. Parfois, on serait étonné de savoir que derrière tel vêtement, se trouve une grande marque européenne qui termine sa vie ici. Versace sur une peau de pauvre. Contre sa poitrine, il serre un vieux cartable au cuir rouillé et taché. Il est terriblement maigre.. Ses cheveux gris folâtrent les jours de grande pluie. Il a dépassé la quarantaine, sa peau est claire, j’imagine qu’il est étranger. C’est difficile de lui donner un âge. De temps à temps j’arrive à croiser ses yeux. Mais son regard est un regard intérieur. Un de ces regards qu’on n’accroche pas. Inutile d’être une belle fille. De toute façon je ne risque rien. Je reste persuadée qu’il ne m’a jamais vue. Même si un arrêt brutal me projetait contre lui, il se contenterait de s’excuser et reprendrait aussitôt son monologue silencieux. Je fais partie des filles invisibles. De celles qu’on ne regarde jamais parce qu’elles n’ont rien d’extraordinaire. Ni leur silhouette, ni leurs vêtements ne peuvent  les faire se détacher de la masse. Je ne suis  pas certaine non plus qu’on m’écouterait si je décidais de prendre la parole. Aucune lumière ne rejaillirait sur celui qui prendrait quand même le risque de me pendre à son bras. Si je ne pousse pas un peu le destin, je crains bien qu’il ne me voie jamais. Je crois que je l’aime. Ce matin, le gouvernement a annoncé qu’il déployait les forces armées dans la ville. Je n’ai encore rien vu.

4. Notre itinéraire se poursuit. On longe le grand boulevard. Aux abords des quartiers résidentiels, les premiers passagers abandonnent le bus. Les paupières font un minimum de mouvements pour trouver leur chemin puis dans leur mutique silence, les ombres colorées s’empressent de franchir les barrières de contrôle après s’être fait reconnaître. Une légère agitation. Au cœur de l’étroit espace social, chacun se repositionne, prend de nouvelles distances.

Je nous vois comme des animaux capables de se battre si l’un d’entre eux franchissait cette sorte de limite qu’on appelle la limite de courtoisie. A l’égal de ceux qu’on appelle les animaux sauvages, nous sommes des monstres en puissance, prêts à s’entre dévorer. Nous n’avons de frères que le nom. La réalité dépasse la fiction et les jours qui viennent de s’écouler viennent de le prouver une nouvelle fois, si cela était nécessaire. Le prix des aliments de base a augmenté, certains – les plus pauvres parmi les pauvres – ont accepté de travailler pour des salaires encore plus bas que ceux qu’on alloue honteusement le reste du temps. Deux événements qui permettent d’affirmer que la limite a été franchie. Ceux qui faisaient semblant de supporter les malheurs dans lesquels on les enferre, ont cru de nouveau avoir trouvé la solution à toutes leurs souffrances. Les poitrines se sont gonflés, les mains sont sorties des poches, les regards se sont ouverts comme des projecteurs braqués dans la nuit.

Armement pour êtres désarmés. Ça tranche et ça coupe, ça chasse et ça lynche. Dans toute la ville, la colère s’agglutine en masses indistinctes. Les voix s’élèvent, il faut courir vite ou mourir. Dans les beaux quartiers, on ne dit rien, on laisse faire, on attend de voir si ça calmera le peuple. Le gouvernement a fermé les yeux le temps qu’il fallait. C’est si facile de lâcher un peu de lest quand on sait qu’on maintient fermement la laisse. Le lion ignore la limite, il se croit libre et rugit sur l’autre bête pour protéger son territoire. Rarement, il se retourne contre son dresseur. Les barreaux de la piste sont devenus invisibles, usés par les prières.

J’ai peur pour lui. Je sais qu’il n’est pas d’ici. Un teint clair comme on dit de ceux qui se rapprochent le plus des blancs. Le bus repart. Quelques mètres et le voilà qui pile net. Des pneus enflammés barrent la route. Dans la brutalité de l’arrêt, ce que j’avais imaginé se produit. Je suis propulsée contre lui, son sac tombe et je me retrouve plaquée contre son buste.

5. C’est un bouquet d’odeurs qui m’accueille. Ça sent le charbon un peu mouillé, le bois fumé, la cigarette froide. L’imperméable semble avoir absorbé tout ce qui peut se consumer sur cette terre. Mon nez détecte aussi l’encre et la mine de plomb. Je regarde le cartable projeté au sol. La fermeture a tenu, rien de ce qu’il contient ne s’en est échappé. J’en suis encore à me faire la réflexion alors que mes mains agrippent la toile du vêtement et s’y enfoncent. Tout va très vite. Je touche ce qui doit être son ventre. Le contact est rapide. Le trouble instantané. J’ai senti la dureté des muscles. Trop tard. Je retire les mains immédiatement tout en levant les yeux. Surpris, il me regarde. Je l’affronte. Il était temps. Il me demande si ça va. Je secoue la tête pour le rassurer et le remercie. On n’a pas le loisir d’aller plus loin.

Au même moment les battants des portes s’ouvrent. Le vieux bus semble à chaque fois y perdre son âme. Il y a des cris, une bousculade s’ensuit. Les passagers reculent, c’est comme une vague qui reflue. La horde envahit tout. Dans l’air moite, je discerne les foulards rouges noués autour du front. Tee-shirts aux manches déchirées. Épaules dénudées sur les scarifications. La plupart ont été taillées brutalement dans l’ivresse de l’alcool et entretenues au sel pendant des semaines. Les chairs en sont sorties creusées aussi efficacement que par une coulée d’acide. Je reconnais des signes, je lis des mots que je ne comprends pas. Mais je le sais, ce sont des mots de haine. Aucune raison de se tromper. D’autres conflits en d’autres lieux, ici ou là,  rien de nouveau. Tout  se répète. Les yeux sont rougis par la drogue et la bière ; rétrécies par le manque de sommeil, les pupilles roulent de droite et de gauche. Les gencives saignent du noir. Les cœurs palpitent anarchiquement. Cognements répétitifs que l’on perçoit sans avoir besoin de tendre l’oreille. Les voilà enfin de nouveau chasseurs. Oubliés les travaux dégradants. Les ancêtres réapparaissent. Machettes tenues au-dessus des têtes, ils sont en alerte. Ça crie des ordres, ça crache par terre. Une vieille qui s’est avancée vers la porte ouverte est immédiatement conspuée et injuriée copieusement. On la bouscule. On la force à se rasseoir. Son pagne est arraché. Son corps nu est dévoilé en partie. Les hommes en colère n’ont plus de respect pour celle qui pourrait être leur grand-mère. Elle injurie à son tour ces fils qui ne peuvent être que des fils de pute. Un coup donné par un des plus jeunes la fait taire. Avoir attendu des années la liberté pour être encore ainsi traitée, et Dieu n’y pourra rien aujourd’hui non plus. La peur me tétanise. Je ne bouge plus. Je prie le ciel pour que l’homme n’appartiennent pas à l’ethnie pourchassée. Ça serait trop bête, trop injuste. Je veux de l’amour. Je veux du plaisir. Je veux lui parler encore. De tout, de rien, mais je sais que j'appelle la vie de toutes mes forces.  Des jours et des jours, des nuits et des nuits, entière à ses côtés. Je veux mon corps dans son corps emmêlé. Mes hanches par ses mains soutenues et sollicitées. Les agresseurs remontent la travée centrale et cherchent leurs proies. Quelques personnes tentent de les raisonner. Les coups fusent et s’écrasent sur les visages qui soudain deviennent gris. Mon peuple asservi courbe encore la tête. Quand la violence est interne, la peur l’emporte. Les plus sages n’auront pas plus gain de cause que la vieille femme. La bande se moque des appels à la raison. Elle a attendu trop longtemps. Inutile de s’insurger. A quelques centimètres de l’homme, je ne ressens que du dégoût. Ma bouche est sèche. Voilà ce à quoi on nous conduit une nouvelle fois.  Il ne nous reste peut-être que quelques minutes.

6. Autour du bus immobilisé, la foule observe ce qui risque d’arriver. Les vendeurs de rues ont quitté leurs étalages. Les marchandises sont rangées en petits tas le long de la route, abandonnées à la poussière. Pourtant, personne n’ira se risquer à les dérober. La sentence tomberait aussitôt. Une proie pour une autre. Le peuple se venge sur le peuple. Et un lourd passé de pneus jetés autour de corps - comme des torches caoutchouteuses - traverse mon esprit. Je vacille. J’ai chaud. Ma peau ruisselle. Je sens les gouttes glisser entre mes omoplates. Dans l’habitacle, la lumière a baissé, plus un souffle d’air ne circule, l’atmosphère devient irrespirable. Les plus curieux sont plaqués à même le verre. Je discerne des mains en éventail. Étonnante couleur -un peu pâle et rosée - de l’intérieur de nos paumes. Mes yeux se perdent dans les sillons de nos vies. La misère ciselée à même la pulpe des pouces. Quelques petites taches oblongues et graisseuses en seront bientôt les simples traces. Tous ces visages me sont inconnus. Mes oreilles bourdonnent. Ce sont des gémissements et des soupirs au creux des sièges plastifiés. J’ai l’impression d’avoir été plongée dans un monde de déments. Les yeux exorbités, les bouches ouvertes, les mains tendues. Sous les assauts, le bus ne tiendrait pas longtemps. Moyen - âge du XXI ° siècle. Folie humaine.  Je pressens qu’il faut que ça se termine. D’une façon ou d’une autre. Il se passe quelque chose que je ne maîtrise pas et que je dois tout simplement vivre.

Tout au fond de moi, un chant monte. C’est le chant de ma mère et de mes sœurs, le chant de mes tantes et de mes grands-mères, de toutes les femmes qui m’ont précédée et de toutes celles qui m’entourent. C’est le chant des morts, celui qui dit que nous sommes un tout, ici ou là, maintenant, hier ou demain. Je ne peux m’empêcher de fredonner. Le chant dit le fil continu, déroulé, enroulé et circulaire. Le chant dit que je ne dois pas me soucier de ce qui va arriver. Même en cherchant bien, je ne trouverai pas plus de sens à notre disparition qu’il y en aura eu à notre apparition. Pourquoi pleurer notre vie terrestre . Le ciel nous appartient.

Je lutte contre l’engourdissement. Je suis une femme moderne, je suis éduquée, je veux vivre. Mon sort ne peut être relié à mon peuple ou à cet homme, là, à mes côtés. Je sais que s’ils le prennent, ils me prendront aussi. C’est ainsi. Où sont les forces armées déployées dans la ville . Pourquoi ne sont-elles pas où elles devraient être . On commence à parler de nous sur les ondes. Le cri de colère dépasse les frontières et vient se mêler aux flots qui charrient les cadavres anonymes des grands chambardements...

Ils sont remontés jusqu’à nous. Un des plus jeunes pointe son doigt et lui demande d’où il vient, qui il est, ce qu’il fait ici. Alertés, les autres se rapprochent et nous encerclent. Je les vois. Je les sens. Leurs peaux sont luisantes de sueur. Ce sont ceux qui se disent mes frères. Je suis leur sœur. Leur sœur de couleur. Nous sommes noyés dans un unique continent. Les autres ne savent pas nous identifier. Nous restons pour le reste du monde indifférenciés. Pourtant, nous nous sommes répartis et tous les codes de nos comportements trahissent nos origines. Je peux presque à coup sûr identifier la zone d’où provient chacun de nos assaillants. Mais je n’en ai pas le temps. Mon chant se tait. La peur prend toute la place.

Mes jambes se mettent à trembler si fort que je sens à peine qu’il m’encercle la taille et me tire vers lui. Sans baisser ni les yeux ni la voix, il dit que je suis sa femme, que nous habitons ici, qu’il est professeur et travaille à l’université catholique du centre-ville. Il ajoute qu’il a oublié ses papiers. Le groupe gronde. Sa diction est impeccable, pas une trace d’accent alors même que sa couleur de peau devrait le trahir. J’accuse le coup, mais aussi vite que je me suis échappée dans ma pensée, un flot de paroles continu enfle ma langue et déborde à grands traits. Je confirme ce qu’il vient de dire et cherche à ma taille, glissés dans un petit bout de tissu noué, mes papiers d’identité. Je suis bien d’ici, je ne suis pas une étrangère, je suis née à …. de parents maternels nés dans le village de …..et de parents paternels nés un peu plus loin, à …. Toute ma lignée est là, regroupée dans ces quelques lignes noires.

Ils me fixent, hésitent. L’homme m’enserre encore un peu plus fort. Ma peur les soulage.

Alors, je prends les mains qui m’entourent le ventre et les plaque encore un peu plus fort. Je sais qu’il peut sentir les fins liens de perles autour de mon bassin. C’est ma mère qui, la première fois, les a liés pour me protéger.  Depuis ma naissance, il n’y a que leur taille et leurs couleurs qui ont changé. À chaque nouvelle période de ma vie, j’ai dénoué et remplacé les lacets de perles. Seuls les hommes qui m’aiment ont la chance de les apercevoir.

Celui qui semble être le chef fait signe de laisser tomber. Les machettes prêtes à lui sabrer le visage terminent leur course au fond du bus sans avoir trouvé de quoi assoiffer leur colère. La porte arrière est béante. La foule dépitée s’entrouvre et laisse passer le groupe qui dévale les marches. Ils se remettent à courir. 

 

 

 

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